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Journal Spécial des Sociétés
Entretien avec Daniel Kadar, co-managing partner de Reed Smith à Paris
Publié le 21/01/2020

Le 5 novembre dernier, dans le cadre de la European Pro Bono week, le cabinet d’avocats Reed Smith a organisé au sein ses locaux le premier Paris Pro Bono Day. Composée d’ateliers et formations sur des thèmes juridiques à destination des ONG et d’une conférence plénière consacrée aux axes de coopération entre ONG, entreprises et avocats (succès, enjeux, challenges) et à la loi PACTE, cette journée a permis de mettre en lumière le rôle du pro bono et sa mise en pratique. Daniel Kadar, co-managing partner chez Reed Smith, répond à nos questions sur le sujet.



Pouvez-vous nous rappeler brièvement ce qu’est le pro bono ?


Le pro bono, c’est littéralement agir dans l’intérêt public. Pour l’avocat, cela veut dire exercer son métier, c’est-à-dire permettre l’accès au droit, défendre et/ou conseiller, sans facturer son client car c’est dans l’intérêt public, et sans en retirer de rémunération.


Il faut noter que le pro bono n’est donc pas tout à fait comparable avec l’aide juridictionnelle, puisque, dans le cas de ce second système qui est contrôlé au niveau des juridictions, certes le client ne paie pas, mais l’avocat est (souvent très mal) rémunéré.


C’est aussi différent de ce que l’on appelle le « low bono », qui est le fait pour un avocat ou un cabinet d’accepter de travailler sur des dossiers d’intérêt public au bénéfice d’organismes souvent privés (fondations, fonds de dotation) qui, au vu de leurs ressources, peuvent avoir accès au droit, mais qui, au regard de leur mission d’intérêt public, bénéficieront de tarifs très avantageux.


 


Pourquoi avoir voulu organiser cette première journée consacrée au pro bono ?


Le Paris Pro Bono Day est la première journée consacrée au pro bono dans le cadre de la semaine européenne du pro bono. Cette manifestation regroupe de très nombreux cabinets, internationaux comme français, et qui sont actifs dans le pro bono sur la place de Paris.


Reed Smith est, au niveau mondial, très engagé sur le pro bono : nous avons travaillé en Haïti dans les camps de réfugiés après les terribles séismes, nous avons monté des partenariats public/privés sous la houlette de la Présidence de la République pour un projet de reforestation à grande échelle, rassemblant, le plus possible, les acteurs locaux, français et étrangers. Par ailleurs, nous agissons depuis des années maintenant dans les camps de réfugiés du Moyen-Orient à la suite des guerres civiles qui déchirent cette région du monde et ont conduit à des déplacements massifs de population. Dans le cadre de ces projets, nous travaillons tous bureaux confondus. à Paris, nous avons de nombreuses actions locales et partenariats associatifs depuis plus de dix ans maintenant. Nous avons donc pensé qu’il était naturel pour nous d’accueillir et organiser cette première édition à Paris, en partenariat avec l’Alliance des Avocats pour les Droits de l’Homme (AADH) dont nous sommes membres.


 


 


« La première condition que nous avons identifiée pour que chacun puisse s’investir dans le pro bono dans un cabinet d’affaires comme le nôtre a été, tout simplement, de l’encourager ».


 


 


Comment, au sein du cabinet Reed Smith, ces actions bénévoles se sont-elles mises en place ?


Tout d’abord, je crois qu’il faut dire qu’un client pro bono est un client du cabinet comme les autres. La seule différence est qu’il ne paie pas nos honoraires. Nous intervenons selon nos domaines de spécialité en apportant notre savoir-faire pour répondre aux problématiques, parfois techniquement très ardues – comme pour les autres dossiers d’ailleurs. Nous avons choisi nos partenaires à Paris, parfois depuis de nombreuses années, et je pense notamment à l’association Enfance et Partage, car au début, ils ont été surpris de nous voir leur proposer de travailler ensemble, tant le mécénat de compétences était peu pratiqué. Nous avons aussi associé nos administratifs en leur permettant d’agir en support technique de cette association. Aujourd’hui, nous avons d’autres partenariats en place, tels qu’avec Rose Up, une association qui accompagne et défend les intérêts des malades du cancer de façon absolument remarquable et innovante, ou la Fabrique écologique, un think tank environnemental. Nous travaillons main dans la main avec l’AADH dans le cadre de nombreux projets, parfois internationaux, qui permettent de mettre en commun nos compétences avec d’autres cabinets ou des juristes d’entreprise. Nous essayons aussi d’associer les étudiants des masters avec lesquels nous avons des partenariats. Outre ce mécénat de compétences, nos administratifs – avec les avocats qui le souhaitent – courent La Parisienne, et, pour le Challenge contre la Faim, se transforment en Pères Noël verts avec le Secours Populaire, et s’investissent dans de nombreuses autres initiatives dans la cité, y compris environnementales, comme la Semaine du Développement durable, pour laquelle notre cabinet a récemment été primé.


 


Concrètement, comment cela se passe-t-il ? Comment le cabinet s’organise-t-il ?


La première condition que nous avons identifiée pour que chacun puisse s’investir dans le pro bono dans un cabinet d’affaires comme le nôtre a été, tout simplement, de l’encourager. Ceci se fait chez nous de façon d’abord institutionnelle : nos avocats, et notamment nos collaborateurs, peuvent comptabiliser 140 heures dans l’année comme heures de pro bono équivalentes à des heures facturables qui comptent dans leurs objectifs. Ce n’est pas rien, cela représente un mois complet de travail, et c’est le message que nous souhaitons faire passer à nos collaborateurs ! Ensuite, nous avons fait l’effort avec notre comité pro bono à Paris (ndrl : Audrey Augusto et Nicolas Walker qui en font partie, ont été essentiels dans cet exercice) d’aller voir nos avocats un à un pour leur demander les causes qui leur étaient chères, afin que nous puissions, aussi bien dans le cadre de l’AADH, mais aussi dans le cadre de nos partenariats associatifs, identifier très rapidement celles et ceux qui pourraient rapidement constituer une « task force » sur un dossier donné. Inciter et répondre aux attentes en interne nous permet, je pense, de mieux répondre aux besoins de nos clients pro bono.


 


Le pro bono révèle aussi les valeurs défendues par le cabinet. À ce titre, quels sont les domaines qui sont, chez Reed Smith, davantage soutenus ?


Les valeurs du pro bono, ce sont toutes les valeurs universelles que nous portons en tant qu’avocats par notre serment. C’est pour cela qu’elles nous sont aussi proches : les libertés, l’égalité des droits, la protection des enfants, des minorités, des malades, la protection de ces droits fondamentaux, mais aussi de l’environnement. Avec le pro bono, nous travaillons sur l’essentiel, et nous y travaillons de façon différente, parce que nos clients ne sont pas nos interlocuteurs habituels car nous échangeons beaucoup plus intensément : nous travaillons ensemble, quel que soit notre cabinet d’origine, et nous faisons, je crois, des rencontres que nous ne ferions pas ailleurs. C’est un grand enrichissement.


Reed Smith est signataire de la charte Law Firm Pro bono Challenge du Pro bono Institute. Pouvez-vous nous en dire plus ?


Fondé en 1996, le Pro bono Institute est une organisation à but non lucratif basée à Washington. Elle est connue comme étant le premier (et le seul) « groupe de réflexion pro bono » au monde, tant pour les cabinets d'avocats que pour les services juridiques des sociétés et définit les normes du pro bono.


Plusieurs cabinets internationaux et grands groupes sont membres du Pro bono Institute. Reed Smith est l'un des membres fondateurs de cette organisation.


La Charte Law Firm Pro Bono Challenge publiée par le Pro bono Institute (PBI) établit des normes quant à la quantité de travail pro bono que les cabinets d’avocats ont à fournir. Ces normes sont assez ambitieuses. Reed Smith adhère bien sûr à ces normes mais va plus loin. L’une des normes prévoit ainsi que 3 % des heures facturables soient dédiées au pro bono. Notre incitation visant à comptabiliser 1 mois sur 12 en heures pro bono équivalent facturables va bien au-delà !


En termes de chiffres justement, que représente le pro bono pour vos cabinets ?


Voici les statistiques de 2018 pour Reed Smith au global, c’est-à-dire pour nos 29 bureaux à travers le monde :    


Nombre d’heures en moyenne effectuées par les avocats en pro bono : 35 heures


Participation : 65 %


Nombre d’heures total : 57,268


Valeur estimée : 30 millions de dollars US.


Concernant les statistiques de 2018 pour la région Europe, Moyen-Orient, Asie :


Nombre d’heures en moyenne effectuées par les avocats en pro bono : 30 heures


Participation : 56 %


Nombre d’heures total : 17,418


Valeur estimée : environ 8 million d’euros.


 


Comment imaginez-vous ces actions évoluer dans les années à venir ?


C’est un point très important. Le pro bono a fortement gagné en visibilité en France et, avec l’essor de la RSE qui prend une place de plus en plus importante dans le monde de l’entreprise, nous conduit – et doit nous conduire davantage – à envisager des partenariats au-delà du monde des avocats.


Des premières expériences nous ont amenés à travailler avec les services juridiques des entreprises, car la RSE est dans tous les esprits. Nous étendons cette réflexion aux cliniques juridiques et aux masters, parce que nos étudiants/stagiaires sont très réceptifs à ces enjeux sociétaux. Avec l’AADH, cette réflexion a été au cœur de l’organisation de ce premier Paris Pro Bono Day, car il faut encore faire tomber les appréhensions. Je suis en effet régulièrement interrogé sur la question de savoir si les cabinets d’avocats seraient « légitimes » en quelque sorte, à faire du pro bono. On m’a demandé plus d’une fois si c’était pour se donner bonne conscience. C’est comme si on demandait à un médecin si soigner un malade qui n’a pas les moyens de se faire soigner lui donnait bonne conscience. Il fait son métier, c’est tout. Il a prêté serment. Les avocats aussi sont tenus par un serment.


Plus généralement, je crois que nous avons beaucoup à apporter au pro bono et qu’au vu des besoins, il serait véritablement dommage de se priver de compétences et de l’exceptionnelle force de travail que représentent les cabinets d’affaires et les services juridiques. Je suis un fervent militant du rapprochement, par le biais de la RSE, de ces antagonismes. Nous pouvons ne pas être d’accord sur tout, mais nous le sommes souvent sur l’essentiel. La loi Pacte y incite d’ailleurs les acteurs économiques, et nous y avons vu une belle opportunité pour mettre celle-ci en exergue lors de notre deuxième conférence plénière pendant le Paris Pro Bono Day.


 


Propos recueillis par Constance Périn


 


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