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Journal Spécial des Sociétés
Entretien avec Marion Couffignal, nouvelle présidente de l’UJA de Paris
Publié le 14/07/2019

En juin dernier, l’assemblée générale de l’UJA (Union des jeunes avocats) de Paris a élu Marion Couffignal à sa tête. Cette dernière succède ainsi à Frédéric Perrin, dont elle était jusque-là la Première vice-présidente. Avocate au Cabinet Auber depuis 2012, Marion Couffignal représentera désormais les jeunes avocats parisiens pendant un an. Quelles sont les priorités de son mandat ? Et comment la nouvelle génération envisage-t-elle les changements qui chamboulent la profession ? Entretien.




Pouvez-vous nous présenter l’UJA de Paris ?


L’UJA de Paris est une association à vocation syndicale créée en 1922 qui accompagne au quotidien les jeunes avocats dans leur insertion dans la profession. L’UJA de Paris est un vecteur de réflexions et d’actions sur les questions de justice, d’égalité et de liberté, mais également sur le développement de l’activité des avocats. L’UJA est la première association d’avocats à Paris, tant par le nombre de ses adhérents que par celui de ses élus présents dans les institutions représentatives du barreau.


 


En juin dernier, vous avez été élue présidente de l’UJA Paris pour la période 2019-2020. Quels seront les axes prioritaires de votre mandat ?


Il me tient à cœur de travailler sur l’avenir de la collaboration, notamment au regard des attentes des plus jeunes, dont le rapport au travail s’exprime et se vit différemment des générations précédentes, mais aussi en raison des évolutions réglementaires comme la pluralité d’exercice, qui pourraient entraîner des mutations de la collaboration telle que nous la connaissons.


Nous poursuivons également bien sûr les travaux de la Commission installation et l’association, car l’UJA peut, et doit être un accélérateur d’avocats. Il en va de même de nos travaux sur l’égalité, avec le sujet du handicap qui sera abordé cette année.


La protection sociale de l’avocat est également un enjeu majeur que je souhaite placer au cœur de nos travaux, bien sûr dans le contexte de réforme des retraites que nous connaissons, mais aussi en raison des attentes tendant à plus de mobilité dans la vie professionnelle, notamment.


À ce titre, la promesse de campagne d’Emmanuel Macron qui consistait à ouvrir le bénéfice de l’assurance chômage aux indépendants, avait convaincu de nombreux jeunes avocats de mon entourage, préoccupés par le besoin de sécurité à une époque où les carrières ne sont plus aussi linéaires que par le passé.


En effet, de nombreux collaborateurs libéraux à Paris sont en réalité des professionnels indépendants mais économiquement dépendants. Ils s’interrogent sur leur capacité financière à quitter une collaboration qui ne leur correspond plus, à faire un bilan de compétences, à changer de voie pour embrasser un autre métier lorsque l’on sait que l’on ne pourra pas devenir associé mais que la structure au sein de laquelle on excerce n’offre pas nécessairement des perspectives de collaboration à long terme. Nous devons prendre ces préoccupations en compte dans notre réflexion, sans que cela signifie qu’il faille nécessairement rechercher une solution unique.  


Je souhaiterais également que l’UJA poursuive ses réflexions sur les nouveaux modes d’exercice de l’avocat, les besoins de droit existent, c’est à nous d’y répondre sans en négliger aucun, quel que soit le public. Par exemple, les besoins des PME qui n’ont pas nécessairement les moyens d’internaliser des compétences juridiques sont croissants, il nous appartient de développer des offres permettant d’y répondre.


La transition numérique de l’avocat est également un sujet fondamental sur lequel nous réfléchissons. Nous devons accompagner nos confrères vers un exercice digitalisé de la profession, mener une réflexion sur les nouvelles façons d’exercer notre métier qui apparaissent. La disparition de certaines tâches désormais automatisées, l’accès démocratisé à l’information, tout cela va nous permettre d’être plus efficaces au bénéfice de nos clients, de décaler notre plus-value vers ce qui fait le cœur de notre savoir-faire. Mais cette question ne va pas sans celle des modes de financement des cabinets d’avocat et de l’innovation des cabinets d’avocats, clé de voute de notre compétitivité. Le renforcement de l’avocat dans la société se fera par l’extension de ses offres de services, de son déploiement sur le territoire et de la communication sur les activités de l’avocat.


Enfin, il est temps que les entreprises d’avocats s’inscrivent comme des acteurs économiques responsables en matière de respect de l’environnement, nous allons donc réfléchir à l’empreinte carbone de l’avocat de demain.



« l’UJA peut, et doit être un accélérateur d’avocats ».



 

Que retenez-vous des actions de votre prédécesseur, Frédéric Perrin ?


Frédéric a été un président extrêmement dynamique, qui s’est battu avec fermeté contre le projet de loi Justice, et qui s’est beaucoup impliqué sur le projet de réforme des retraites. Il a également organisé un magnifique congrès de la FNUJA à Paris et mis en place les Labs UJA, évènements permettant aux jeunes professionnels de différentes professions de se rencontrer et dialoguer autour de thèmes de société.


 


Pouvez-vous nous en dire plus sur ce Lab ?


Nous y convions les jeunes professionnels qui nous entourent et tous ceux qui souhaitent partager ces réflexions avec les jeunes avocats y sont les bienvenus (huissiers, magistrats, experts-comptables, etc.).


Le premier thème était effectivement celui de l’engagement chez les jeunes qu’il faut veiller à préserver, pour que le renouvellement se fasse et que chacun puisse se sentir investi d’une parole, d’une responsabilité quant à son avenir dans notre profession et plus généralement dans la société.


D’autres thèmes ont été abordés, comme le bien-être au travail, et je sais que de nombreux autres professionnels y ont été particulièrement sensibles, nous reviendrons peut-être sur cette question, qui va de pair avec la conciliation de la vie professionnelle avec la vie privée, la souffrance au travail, car c’est un sujet fondamental.


 


Le 29 juin dernier, les jeunes avocats étaient présents, aux côtés du Conseil national des barreaux (CNB), pour la Marche des Fiertés. À l’heure où l’homophobie fait encore des ravages, quels messages souhaitiez-vous faire passer ?


Les propos et agressions homophobes sont intolérables et indignes. Les avocats n’auront de cesse de défendre les droits de tous celles et ceux qui sont stigmatisés, attaqués en raison de leur genre ou de leur orientation sexuelle. Je suis extrêmement fière d’appartenir à une profession dont l’institution représentative, le Conseil national des barreaux, malgré les attaques, n’a pas cillé dans l’affirmation de son attachement à l’égalité des droits. C’est grâce à ce courage et cet engagement que nous avons pu être présents à la Marche des Fiertés pour rappeler à nos confrères et à l’ensemble de nos concitoyens le droit à la différence, le droit d’être soi-même. C’est cet engagement de défendre chacun qui se manifeste dans le slogan « les avocats vous protègent » qui était inscrit sur le char du CNB.


 


L’égalité au droit est un sujet qui apparaît aujourd’hui prioritaire. Égalité hommes/femmes, droit et handicap… Quelles seront, dans ce cadre, les actions de l’UJA de Paris pour l’année à venir ?


Après un rapport sur les congés liés à l’accueil d’un enfant, adopté au mois de mai dernier, nous travaillons sur un rapport relatif au handicap.


Nous venons par ailleurs d’adhérer au collectif Ensemble contre le sexisme. 


L’égalité est un combat qui est cher à l’UJA et nous allons bien sûr le poursuivre. Les discriminations, quelles qu’elles soient, sont encore bien trop nombreuses, nous n’aurons de cesse de continuer à les dénoncer et à travailler pour proposer des solutions tendant à réduire les inégalités.


 


L’UJA de Paris a accueilli en mai dernier le 76e Congrès de la FNUJA. Que retenez-vous de cet événement ?


J’en retiens l’émulation intellectuelle des travaux en Commissions qui nous ont permis de confronter nos points de vue avec des confrères d’autres UJA. C’est ce qui fait la force de notre association, elle regroupe des confrères qui ont des modes d’exercice et des pratiques très différentes, c’est donc une immense richesse. Cela nous a permis d’aboutir à un certain nombre de motions sur des sujets variés (la collaboration, la mobilité internationale des avocats, le droit des étrangers, etc.). Au-delà du travail de fond, c’était une réelle émotion d’organiser ce congrès sous la présidence d’Aminata Niakate, qui est une femme de talent et d’engagement. 


 


Réforme de la justice, réforme du régime des retraites… La profession est en pleine mutation. Quel regard portez-vous sur ces transformations ? Et comment la nouvelle génération aborde-t-elle son entrée dans la profession ?


Les jeunes avocats veulent participer à tous les débats sur les réformes en cours car nous sommes avant tout une force de propositions. Nous voulons prendre part activement à toute réflexion permettant de dessiner l’avocat de demain et son environnement.


Malheureusement, force est de constater que la technique de « concertation » du gouvernement laisse peu de place à l’écoute et à la prise en compte des professionnels qui sont pourtant en première ligne sur le terrain.


Or, la justice en France a une part bien trop faible du budget de l’État. Certes, des améliorations peuvent être apportées, sur les outils, les méthodes, mais cela ne permettra jamais de compenser l’absence criante de moyens suffisants.


La réforme du régime des retraites est un sujet essentiel et j’invite tous les avocats à s’y intéresser de près. Les plus jeunes auraient tort de se dire que peu leur importe puisque la retraite est une échéance lointaine et incertaine, car celle du doublement de leurs cotisations à revenu constant, si les préconisations de Jean-Paul Delevoye, qui a été nommé Haut-commissaire à la réforme des retraites (HCRR), portent leurs fruits, va impacter considérablement leur niveau de vie à très court terme ! Cette réforme pourrait avoir des conséquences économiques excessives pour les avocats, dont le régime autonome remplit déjà les objectifs de solidarité visés par le gouvernement, il est donc essentiel que nous nous mobilisions tous pour refuser le régime universel et défendre les spécificités de notre régime de retraite.


Ce sont effectivement des questions qui pourraient rebuter la nouvelle génération, mais je ne le crois pas. Les jeunes avocats sont engagés, ils ont envie que leurs actions aient du sens, non seulement dans leur exercice professionnel, mais aussi en tant que citoyens. 


C’est ce que nous avons pu constater lors des États Généraux de la Profession d’Avocat. De nombreux jeunes ont participé aux groupes de travail, qu’il s’agisse d’élèves-avocats ou de confrères, ils s’intéressent à l’avenir de notre profession et ont envie d’apporter leur pierre à l’édifice, c’est à la fois rassurant et galvanisant.


 


Legaltech, open data… le numérique aussi apporte son lot de changements. Comment envisagez-vous l’avocat de demain ?


Je vois ces changements comme des opportunités formidables dont il faut se saisir. Les avocats ont la capacité d’avancer, d’évoluer, de se remettre en question, et nous sommes là pour les y aider.


L’avocat d’aujourd’hui et de demain est un entrepreneur, mobile, agile, créatif, attentif à son empreinte carbone et accessible, grâce aux outils du numérique. Son cabinet à l’avenir sera peut-être tout aussi bien dématérialisé qu’en vitrine, dans un immeuble haussmannien ou dans un espace de co-working. L’important est que, quels que soient son mode et son lieu d’exercice, il s’adapte continuellement aux besoins de ses clients et soit, collectivement, le premier interlocuteur pour répondre aux besoins de droits des entreprises comme des particuliers. 


 


Propos recueillis par Constance Périn


 


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