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Journal Spécial des Sociétés
Il a été candidat au trône de Grèce, a gagné des batailles mais raté son suicide, et son armée en déroute se réfugie en Suisse… Quel est ce général français vaincu par les Prussiens ?
Publié le 07/08/2019

Il est fils d’un colonel grec ami de Joseph Bonaparte ayant servi dans l’armée française et ayant été décapité par les Turcs. Il a fait Saint-Cyr, a participé au premier siège de Constantine, a été officier de zouaves, a été aide de camp de Louis-Philippe et a appartenu à la Légion étrangère. Il était ainsi noté par son commandant des tirailleurs et des spahis : « jeune officier d’une haute intelligence et de la plus haute impétueuse bravoure ».


Charles-Denis Bourbaki (1816-1897) porte l’impériale, cette barbichette mise à la mode par l’Empereur Napoléon III. Il s’est illustré en Crimée, avec ses chasseurs à pied et ses batteries d’artillerie lors de la bataille d’Inkerman où les russes perdirent 15 000?hommes. Il a affronté le froid lors du siège de Sébastopol avec ses chevaux qui n’ont guère eu besoin d’émouchettes. Patriote et chrétien charitable, il assiste à la messe en grande tenue.


En 1862, la Grèce, indépendante depuis une quarantaine d’années, connaît une période d’instabilité. Le roi Othon 1er, qui était monté sur le trône hellène à l’âge de 17 ans, est déposé et invité à quitter le pays. Très contesté, ce fils du roi Louis 1er de Bavière était sans descendance et refusait de se convertir à la religion orthodoxe. La France, l’Angleterre, la Russie, et… l’Assemblée de Grèce cherchent un nouveau souverain parmi les princes européens. Faute d’accord, Bourbaki, qui est d’ascendance grecque, est sollicité. Il décline la proposition, la considérant comme un trop grand honneur. C’est finalement un prince du Danemark, né Guillaume de Schleswig-Holstein, qui monte sur le trône de Grèce sous le nom de Georges 1er.


Bourbaki se consacre à l’armée et à la patrie. Il qualifie de « polichinades » les mauvais choix des officiers supérieurs. Perdant de nombreux soldats, il écrit à sa femme : « mourir sans larmes amies, mourir oublié, c’est mourir mille morts ».


Le 10?juillet 1870, la France, qui n’est pas prête à affronter un conflit militaire majeur, mais que Bismarck a provoquée en envoyant la fameuse dépêche d’Ems, déclare la guerre à la Prusse. D’un côté les fusils Chassepot, de l’autre les canons Krupp. Bourbaki commande la garde impériale. Les obus allemands vont bientôt s’abattre sur les hommes, les villes et les champs, comme en Moselle le 18?août à Gravelotte, où « ça tombe comme à Gravelotte ». Une bataille meurtrière qui préfigure la défaite de Sedan, où, le 2 septembre, l’empereur Napoléon III est fait prisonnier. Bourbaki prend la tête de l’armée de l’Est.


Le 9?janvier 1871, il met en déroute les Prussiens lors de la bataille de Villersexel, qui se déroule sur l’Ognon, affluent de la Saône. Même si, dans son esprit, il a préparé cette bataille aux petits oignons, il ne va pas profiter de sa victoire, car ses divisions souffrent de graves difficultés de ravitaillement. La neige, le froid, le manque d’hommes bien entraînés s’ajoutent aux privations de vivres.


Le ciel sombre et la neige commencent à former un gigantesque linceul sur son armée en déroute. Tandis que l’armée allemande reçoit des renforts, les chevaux français n’ont plus d’avoine et mangent l’écorce des arbres ou les caissons d’artillerie. Désespéré tant par l’état de ses troupes que par l’irresponsabilité du gouvernement et l’injustice, selon lui, manifestée par Gambetta, ministre de la Guerre, il se tire un coup de pistolet dans le front le 26 janvier 1871. Mais il n’est que blessé. La balle a pénétré dans le haut du crâne. Un médecin réussit à l’extraire. Bourbaki passe le commandement de son armée au général Clinchant.


Le 1er février 1871, l'armée de Bourbaki arrive en Suisse sous les ordres de Clinchant. Une convention, dite de Verrières, est signée entre ce dernier et le général en chef de l’armée suisse. Les 87 000?soldats français (ils étaient plus de 100 000?au départ), qu’on appelle les bourbakis, sont internés dans des camps helvétiques avec l’aide de du Comité international de secours aux militaires blessés, qui préfigure la Croix Rouge internationale.


Le général Bourbaki finit sa carrière comme gouverneur militaire de Lyon.


Son aventure inspire un élève facétieux de l’École Normale Supérieure qui se présente en 1880?sous le faux nom de général Bourbaki afin d’inspecter l’École. Cet épisode engendre la mise en place d’un groupe de mathématiciens, tous issus de l’ENS, qui, sous le nom de Bourbaki, va fonctionner jusqu’en 1998?et rédiger un traité de 40?volumes, dont un traité présentant les fondements axiomatiques de la théorie des ensembles.


Par ailleurs, l’expression « armée de Bourbaki » va rapidement désigner de façon très péjorative des groupes mal préparés, mal habillés, mal équipés, chez les pompiers, dans l’armée de terre, ou encore dans la police.


La déroute douloureuse de l’armée du général à la pistolade ratée inspire un peintre suisse, Édouard Castres, volontaire de la Croix Rouge, qui réalise en 1881?à Lucerne avec l’aide de douze jeunes artistes et quelques arpètes un gigantesque panorama circulaire de 122 mètres de long, installé dans un bâtiment spécifique. Cette œuvre met en exergue la situation désastreuse de la soldatesque française, le désarmement des régiments, la détresse des vaincus, l’intervention humanitaire qui suit les opérations militaires.


Bourbaki ? Un patriote valeureux en terrain conquis. Un vaincu malheureux quand le revers est acquis. Pour finir en sujet de croquis dans les mains d’un peintre au doigté exquis peignant ses hommes sans en être requis ! Laissant les spectateurs… ébahis !


 


Étienne Madranges,

Avocat à la cour,

Magistrat honoraire


 


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