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Journal Spécial des Sociétés
La célèbre charentaise désormais protégée !
Publié le 17/06/2019

En mars dernier, la charentaise, célèbre pantoufle de Charente-Périgord, a été homologuée indication géographique par l’INPI. Retour sur l’histoire du chausson le plus connu de France.




L’Institut national de la propriété industrielle (INPI) a homologué fin mars une nouvelle indication géographique : la « charentaise de Charente-Périgord ». Signe officiel de qualité et d’origine, l’indication géographique est une garantie d’authenticité pour les consommateurs et un moyen pour les fabricants de valoriser leurs produits et leurs savoir-faire. La charentaise est donc désormais protégée ! La charentaise ? « LA » pantoufle en feutre, célèbre pour sa chaleur et son confort, qui tire son nom de la région d’où elle est née, il y a… très longtemps.


À l’origine, elle était fabriquée à partir des rebuts de feutres utilisés pour les uniformes de la marine royale. La Rochelle et Rochefort, ports militaires, obligent ! Plus tard, ce sont les déchets issus de l’industrie du papier, très développée en Charente, qui faisaient l’affaire : les feutres à papier, en laine, deviennent imperméables après avoir servi au pressage et avoir absorbé l’eau de la pâte à papier. Les savetiers locaux, ces artisans qui raccommodent les vieux souliers, ont alors l’idée de récupérer ces feutres pour en faire des semelles souples et confortables.


C’est après la Révolution que l’on retrouve une trace officielle de leur fabrication dans les archives de l’INPI. Parmi les quelques 410 000 brevets d’invention déposés en France depuis 1791, plusieurs se rapportent au perfectionnement du savoir-faire, à la modernisation de l’outillage mais aussi à la confection de nouvelles matières. Ainsi, le 4 novembre 1868, un certain Pierre Delpeuch dépose un brevet pour la « fabrication d’un tissu, imitation broderie, tapisserie, servant à faire des pantoufles ».


20 ans plus tard, le 17 septembre 1888, Pierre Laffitte dépose le brevet d’une « chaussure avec ou sans talons, dite pantoufle Tonneinsquaise molletonnée ».


Mais la véritable charentaise, celle que tout le monde connaît mais que personne n’avoue porter, apparaît au début du 20e siècle. Le « cousu-retourné », technique originelle et historique de fabrication des charentaises, permet d’assembler à l’aide d’un fil de chanvre la semelle et la tige. Le chausson est ensuite retourné afin de prendre sa forme définitive, que l’on protège également grâce aux Dessins et Modèles, eux aussi conservés dans les archives de l’INPI, dont celui déposé par la société JEVA pour une « semelle de pantoufle ».


En 1907, un certain docteur Jeva invente le collage du feutre et crée des pantoufles aux couleurs vives et aux décors de type écossais. Après la Seconde Guerre mondiale, le succès vient avec James Rondinaud qui a l’idée de les exporter aux quatre coins du monde. Encore aujourd’hui, l’exportation est en pleine expansion et concerne l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Nord. Toutefois, le marché national reste la principale destination des charentaises.


Aujourd’hui, le positionnement de la charentaise évolue pour tendre vers le haut de gamme. La charentaise allie les volets tradition et innovation afin de s’adapter aux tendances et à la demande du marché. Le savoir-faire du « cousu-retourné » est encore entretenu par cinq entreprises, qui perpétuent la tradition régionale des savetiers et la fabrication de la charentaise historique, avec environ 300 000 paires fabriquées chaque année.


 


Steeve Gallizia,

Chargé de la valorisation des archives patrimoniales de l’INPI


 


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