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Journal Spécial des Sociétés
Pourquoi Agnès Sorel était-elle Dame de Beauté ?
Publié le 19/01/2020




On surnomme cette très belle femme née en 1422 la Dame de Beauté. Mais ce n’est pas en raison de sa beauté ! Tout au moins à l’origine. Agnès Sorel est Dame de Beauté car elle possède le château de Beauté-sur-Marne, proche de Vincennes et de son bois, surplombant la Marne non loin de Paris, demeure royale construite par Charles V vers 1375 que le roi Charles VII lui a offert.


Elle est donc en réalité la Dame du domaine de Beauté.


Il est vrai que si elle est devenue Dame de Beauté grâce au roi, c’est parce qu’elle est une femme d’une rare beauté. Le souverain affable et taciturne, sacré à Reims en 1429 grâce à Jeanne d’Arc, très pieux, se confessant souvent, allant à la messe tous les jours, n’a pu résister au charme de cette demoiselle d’honneur de l’épouse du duc René d’Anjou. Ses cheveux blonds, ses larges décolletés, ses fragiles épaules nues, son rouge à lèvre à base de fleurs de coquelicot, son teint sublime, sa peau claire ont fait craquer le chaste Charles VII qui, en 1443, sans barguigner, fait de cette jolie femme séduisante qui prend des bains de lait d’ânesse sa maîtresse puis sa favorite officielle, alors qu’elle a 21 ans et qu’il a 20 ans de plus qu’elle.


Les chroniqueurs médiévaux déplorent cette liaison et les tenues parfois extravagantes de la rivale de la reine, cette « ribaude » qui choque la Cour et qui fait de Charles VII un monarque débauché. Jean Jouvenel des Ursins, archevêque de Reims, rapporte que « la Reyne avoit moult de douleur en son cœur… ». L’évêque contemporain de Lisieux, Thomas Basin, très critique à l’égard de Charles VII dont il décrit l’élégante prestance malgré ses jambes trop maigres, mais auquel il reproche d’avoir « transgressé ce qui est honnêtement permis », écrit de son côté : « Au temps des trêves qui se firent entre lui et les Anglais, le roi se prit à aimer une assez jolie fille et belle garce qu’on appelait la belle Agnès » (ce chroniqueur, qui écrit en latin, utilise le mot de « muliercula », que l’on peut traduire, dans son sens péjoratif, par femme de plaisir, donzelle, garce…).


Cependant, la sublime Agnès, première « Première Dame » de l’Histoire de France, dont on ne saura jamais avec certitude si elle a influencé le roi au point de peser sur les orientations de la politique du royaume, meurt jeune, à l’âge de 27 ans, en Normandie, où elle vient d’accoucher d’une fille, la quatrième qu’elle a eue avec le monarque.


Une autopsie pratiquée en 2004 révèle d’une part qu’elle souffrait d’une ascaridiose, son tube digestif étant infesté d’œufs d’ascaris, infection que l’on traitait par le mercure, d’autre part qu’elle est morte d’une ingestion massive de mercure, ce qui laisse planer le doute quant à un éventuel empoisonnement. Mais s’il faut faire une enquête sérieuse sur un éventuel assassinat, les investigations risquent d’être complexes. Car de multiples personnages peuvent être suspectés. Tout d’abord le dauphin, futur Louis XI, hostile à la favorite de son père, qui l’a un jour poursuivie avec son épée, selon le témoignage du pape Pie II. Ensuite son ami Jacques Cœur, grand argentier du royaume, un temps soupçonné de vouloir s’emparer de ses biens. Ou encore Robert Poitevin, son exécuteur testamentaire, médecin, donc susceptible d’administrer légalement du mercure. Ou même sa cousine Antoinette de Maignelais, jalouse de ses prérogatives, et qui d’ailleurs va très rapidement la remplacer dans le lit du roi.


Et le décès accidentel par ingestion maladroite d’une grande quantité de mercure dans un but curatif n’est de toute façon pas à exclure.