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Journal Spécial des Sociétés
Covid : qu’en est-il de l’authenticité des diplômes des futurs chercheurs décernés par les universités ?
Publié le 01/08/2022 09:49
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Régulièrement décriée depuis l’apparition d’un contexte pandémique des moins stables, la valeur des diplômes continue de creuser l’écart entre réticents et convaincus. Si certains aménagements des modalités de contrôle des connaissances tendent à devenir anecdotiques, du fait du recul de l’enseignement à distance, ils n’en restent pas moins sources de questionnements, notamment au regard des aptitudes réelles des jeunes diplômés. Combinés à l’émergence de dispositifs de sélection à l’entrée de plus en plus spécifiques, ils apparaissent entre autres, aux yeux des plus sceptiques, comme d’importants facteurs de dévaluation des formations dispensées au cours des deux dernières années.

Si la question sème le doute au sein du milieu professionnel, elle semble également déstabiliser le milieu étudiant, notamment juridique. Mais force est de constater qu’en dépit de la crise sanitaire, existaient des spécificités inhérentes à la nature de certaines formations, qui permettent de garantir le statu quo en matière d’exigences académiques.

 


 

Le Master : un cursus pluridisciplinaire qui incite à la réflexion


La crise sanitaire a-t-elle eu une influence sur les méthodes de sélection des futurs étudiants ? Autrement dit, le fait d’examiner les candidatures d’étudiants issus de « parcours Covid » a-t-il incité les recruteurs à être plus méfiants ?


Pour Fouad Nohra, enseignant-chercheur et directeur du Master droit et politiques du développement de l’université Paris-Cité, « la sélection des étudiants s’opère à l’entrée du M1 sur plusieurs critères, notamment en relation avec l’excellence académique, certes, mais aussi avec l’originalité du dossier ». En effet, les enseignements de première année sont essentiellement juridiques, avec une formation lourde en droit international, très axée sur la technique juridique. Mais la deuxième année est pluridisciplinaire en ce qu’elle intègre beaucoup de matières éminemment politiques, économiques, qui sont accessibles aux étudiants originaires d’horizons très divers, explique l’enseignant-chercheur. « Cela s’explique par le caractère atypique du Master, qui repose sur la pluridisciplinarité », atteste-t-il.


« Il y a donc deux niveaux de sélection qui, à mon avis, n’ont pas été impactés par la crise sanitaire dans la mesure où nous recherchons avant tout à recruter une diversité de profils. Bien sûr, nous recherchons les meilleurs dossiers, mais nous accordons davantage d’importance à la motivation et aux projets de nos futurs étudiants, qui peuvent parfois compenser certains accidents de parcours, et ce depuis la création de cette formation », assure Fouad Nohra, qui estime en outre avoir paradoxalement constaté une hausse des résultats obtenus par les étudiants au cours de ces deux dernières années. « Cette formation incite beaucoup à la réflexion. L’objectif pour nos étudiants est essentiellement de dépasser le cadre de la technique juridique pure, et c’est la raison pour laquelle ils sont évalués à 90 % par le biais de travaux de recherche, sanctionnés pour certains d’entre eux par une soutenance à l’oral ». Et dans ce contexte, le présentiel ou distanciel importe peu, précise l’enseignant, « dans la mesure où les examens écrits ont été abolis depuis plusieurs années au sein de ce master. Partant du principe qu’ils forcent davantage à la restitution insipide qu’à la réflexion, ce qui compte à mes yeux est surtout la recherche, et la présentation orale, qui permet d’élargir le spectre d’évaluation, et limite grandement la possibilité de frauder aux examens. »

 


 

Une stratégie fondée sur la pérennisation, au détriment des aménagements


Toutefois, face aux bouleversements d’emploi du temps rythmés par le Covid, les enseignants ont-ils ressenti le besoin de se montrer plus attentifs aux éventuelles difficultés, scolaires ou personnelles, rencontrées par les étudiants ?


Pour Fouad Nohra, même « s’il est certain que beaucoup d’étudiants ont été fragilisés par l’appauvrissement brutal de leur univers personnel, l’objectif n’est pas tant de montrer à quel point les étudiants sont faibles ou forts par rapport aux critères donnés, mais de savoir comment mesurer réciproquement l’enseignement et l’évaluation, pour que celui qui a eu les moyens de s’approprier les méthodes d’enseignement puisse parvenir à un niveau de réussite suffisant ».


Il s’agit donc de mesurer l’évaluation à « l’échelle des moyens donnés », assure l’enseignant, qui croit à une pédagogie active basée sur la recherche personnelle, l’activité de recherche. « Nous souhaitons avant tout donner aux étudiants les moyens de construire leur propre réflexion à travers un travail d’analyse, et cela parce que le principal exercice de ce master est le mémoire. Il va mesurer la capacité de recherche de l’étudiant », affirme-t-il, assurant n’avoir apporté aucune modification substantielle à ses méthodes, et notamment l’usage de la vidéo, se prêtant aussi bien à un enseignement en ligne qu’à distance. « Je n’ai pas l’impression d’avoir été plus attentif aux difficultés, du moins, pas plus qu’à l’accoutumée. L’évolution de l’Université depuis une quinzaine d’année est très positive, soucieuse de la qualité et de la diversité des enseignements dispensés au sein des différentes formations mais également du bienêtre de ses étudiants, et ce quel que soit le contexte. »

 

 

 

Un faisceau d’indices convergeant vers l’authenticité


Si l’on se focalise sur les formations à vocation « recherche», notamment celle dirigée par Fouad Nohra, l’on constate que l’impact de la crise sanitaire se mesure essentiellement à l’échelle de l’étudiant, doublement mis à l’épreuve : bien qu’avide de démontrer ses capacités d’adaptation sur le marché du travail, il est désormais soumis à la défiance de nombre d’interlocuteurs, soucieux d’éviter les erreurs de casting. Pourtant, plusieurs pistes attestent de la stabilité du niveau et des attendus au sein de ces parcours, que le contexte pandémique ne semble pas avoir ébranlé outre mesure. Qu’il s’agisse des modalités de sélection à l’entrée, d’enseignement ou d’évaluation, visiblement inchangées, étudiants et enseignants sont parvenus à traverser la crise, guidés par un ensemble de lignes directrices intangible : pluridisciplinarité, maîtrise des enjeux et de la méthodologie de la recherche, et assimilation de connaissances théoriques solides, indispensables à la formation des chercheurs.


Dès lors, il convient de s’interroger sur la notion même de valeur d’un diplôme. S’agit-il de recenser une à une les qualités et garanties offertes à l’employeur, d’une part, et à l’étudiant d’autre part, à l’issue de sa formation ? Si tant est que l’on puisse adopter cette grille de lecture, il ne fait aucun doute qu’enseignement à distance et formation des chercheurs de demain puissent aller de concert, au bénéfice de l’épanouissement intellectuel et de l’insertion professionnelle.

 


Canelle Roseau,

Secrétaire Générale d’ELSA France


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