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CHRONIQUE. Un homme de 37 ans est jugé par la 23e chambre correctionnelle de Paris, ce lundi 18 novembre, pour une ribambelle de faits commis sous l’emprise de l’alcool et du crack. Au préjudice d’une femme qui vient témoigner à la barre.
Nicole est un
petit gabarit, mais elle puise sa force dans une volonté sans faille. 41 ans en
France ne lui ont laissé qu’une pointe d’accent américain qui détache ses mots,
imprime un tempo lent au récit incroyablement minutieux qu’elle fait de son
agression, survenue le 6 octobre.
Il est 20h20.
La sexagénaire se trouve dans ses locaux professionnels, ce dimanche - elle est
artiste graveur - quand un homme sonne. Elle ne se méfie pas et ouvre. Il
s’approche d’elle et tente d’attraper les clefs qu’elle tient en mains, mais
elle ne lâche pas. Il la tient par les épaules et l’entraîne vers le parking à
l’arrière de l’immeuble. « Je me suis dit que ça allait mal tourner
pour moi, alors je crie le plus fort possible, une dizaine de fois »,
raconte-t-elle. « Il m’encercle avec ses bras et ses jambes, il me fait
peur parce qu’il est très grand, je ne peux pas trouver d’issue. Personne de
l’immeuble ne vient m’aider », déplore-t-elle. C’est un habitant d’un
autre immeuble qui aperçoit la scène, chasse l’agresseur et enferme Nicole
derrière une grille pour la protéger. « Et le Monsieur s’est placé de
l’autre côté de la grille et s’est touché devant moi.
- Il a
sorti son...
- Non, il
l’a fait derrière la fermeture éclair. »
Puis, le
prévenu s’enfuit dans l’immeuble, sans les clefs, récupérées par le sauveur de
Nicole. Là, les policiers le cueillent. Quand ils arrivent, l’homme est juché
sur des poubelles et tape le mur avec un manche à balai. Ils le poursuivent
dans l’escalier, le tasent ; il continue avant de tomber et d’être immobilisé.
Il est dans
le box. Mahamadou, 37 ans, poursuivi pour vol avec violences, rébellion,
exhibition sexuelle, usage illicite de stupéfiants. En détention provisoire
depuis la fin de sa garde à vue, car son dossier a été renvoyé pour que soit
réalisée une expertise psychiatrique. Il est là, Mahamadou, et il écoute Nicole
en silence, qui finit son récit :
« Je
n’ai jamais eu peur dans ce quartier, depuis 40 ans que j’y vis, jusqu’à ce
jour. Je ne pense pas que cet individu doive être en liberté.
- Ah,
d’accord. Ce sera au tribunal d’apprécier.
- J’aime
beaucoup vivre ici. Je me demande vraiment pourquoi il m’a fait ça. »
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sois pas l’arbre qui cache la forêt »
« Vous
n’avez pas à vivre ça, je vous demande pardon »
Toute la
salle se tourne vers le prévenu. Le président demande : « Vous
reconnaissez les clefs ?
- Moi,
franchement je ne me souviens de rien du tout. Malheureusement - ce n’est pas
une excuse - j’avais pris alcool et drogue, ça faisait deux nuits que j’avais
pas dormi. J’ai appris les faits au commissariat. Je suis vraiment désolé.
- Vous ne
vous souvenez de rien ?
- Non.
- C’est
embêtant, ça. Et votre comportement avec les policiers ?
- Je sais
qu’ils m’ont tasé, après il m’ont assis, à partir de là je me rappelle un peu.
Peut-être que c’est l’altercation qui a fait que je suis revenu à moi.
- Donc
vous n’avez aucune explication à donner ?
- Ce n’est
pas un comportement normal, c’est sûr.
- Et vous
vous souvenez d’avoir résisté aux policiers ?
- Je me souviens avoir dit : ‘Pourquoi vous me frappez ? Je n’ai rien
fait.’ Ce n’est pas une excuse, mais j’étais très alcoolisé. Je m’excuse
auprès de toutes les personnes qui ont assisté à ça. De ce que j’ai entendu de
madame, ce n’est pas quelque chose de bien ce que j’ai fait. »
Mahamadou avait 1,24 g. d’alcool par litre de sang, environ 3 heures après les
faits.
« Je voudrais demander pardon à la victime, je voulais pas vous
terroriser. Malheureusement j’ai des problèmes de drogue, j’essaye de m’en
sortir. Mais vous n’avez pas à vivre ça, je vous demande pardon très
sincèrement, et j’espère que vous allez pouvoir passer à autre chose, parce
qu’à cause de moi vous êtes dans la peur. C’était pas ma volonté. »
Mahamadou
consomme du crack depuis dix ans. Il a arrêté plusieurs fois, puis replongé. Il
est ressorti de prison il y a peu et avait tout de suite entamé des démarches
de soins, interrompue par ces faits. De nombreuses condamnations sont inscrites
à son casier et il vit chez son père. Sa vie est faite « d’errance et
incarcération », dit le président.
« Monsieur
est un danger pour la société »
L’avocate de
Nicole monte au créneau : « C’est insupportable de défendre des femmes
pour des faits que vous avez commis ! (…) J’imagine que Monsieur N.
sera incarcéré, car Monsieur est un danger pour la société ; il y en a
marre qu’après 41 ans elle ait peur. Madame va dire à ses amis aux États-Unis
que la France n’est pas un lieu sûr, et ça c’est insupportable. » Elle
ne demande pas de réparation. Le prévenu étant assurément insolvable, elle ne
veut pas que ce soit le contribuable qui indemnise la victime.
En revanche,
l’avocate des policiers n’hésite pas à demander 500 euros pour chacun des trois
agents, bien qu’un seul des trois ait effectivement pâti physiquement de
l’attitude de Mahamadou.
Le procureur
énumère : « Atteinte aux biens, atteintes physiques, aux mœurs, à
l’autorité de l’État. La cause de tout ça, c’est la drogue. Quelle peine
peut-on prononcer ? » Il semble chercher. « La priorité, c’est
de garantir que ça ne se reproduise pas. » Il requiert 10 mois de
prison avec mandat de dépôt.
L’alcool, le
crack : l’avocate du prévenu est d’accord. Elle note sa bonne volonté et le
début de prise en charge, et concède des « infractions
désagréables » qu’il ne conteste pas, souligne-t-elle. « Il a
fait n’importe quoi », et elle voudrait bien qu’on ne le renvoie pas
tout de suite en prison et décide de soins.
Ce sera les
deux : 12 mois dont 4 avec sursis probatoire, obligation de soins
addictologiques. Mandat de dépôt pour la partie ferme. Un policier est
indemnisé à hauteur de 300 euros, la demande des deux autres est rejetée.
Julien Mucchielli
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