75e Congrès de l’Ordre des experts-comptables : une profession moderne et agile au service de l’économie


mardi 14 mars 2023 à 17:4111 min

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Les professionnels du chiffre ont organisé cette année, du 30 septembre au 2 octobre, une édition entièrement dématérialisée du Congrès de l’Ordre des experts-comptables, la crise sanitaire les ayant forcés à s’adapter. Les travaux et réflexions de ces trois jours ont été construits autour de la thématique « Management x Marketing x Marque : l’équation gagnante », une formule au service de la relance économique. Nous faisons ci-dessous le compte-rendu de la plénière « Une profession moderne et agile au service de l’économie », qui a dressé un portrait de l’expert-comptable, premier conseil des chefs d’entreprise, dans un environnement mouvementé.




Ce n’est donc pas à Bordeaux qu’a eu lieu la grand-messe de la profession comptable, comme cela avait été annoncé il y a un an déjà. Adieu cannelés et autres vins savoureux ! En plus de cela, les congressistes ont également dû se résigner à ne pas se voir physiquement, mais ce n’est que partie remise. En effet, l’an prochain, du 6 au 8 octobre, si tout va bien, le Congrès aura lieu dans la ville de l’illustre Montaigne.


Cette année en tout cas, pour faire oublier ces désagréments, les experts-comptables Frédérique Goigoux, Thierry Onno et Boris Sauvage, les trois rapporteurs généraux de ce congrès inédit, ont entièrement repensé l’organisation de ces trois jours. Ainsi, pour la première fois, une véritable chaîne, le Média Télé, dédiée au 75e congrès, a été mise en place.


Cette plateforme digitale était construite autour de quatre canaux de diffusion :


• Canal direct, le canal principal de diffusion en continu sur lequel ont été diffusés les plénières, les grandes conférences, les interviews… ;


• Canal thématique EC=M3, le canal de diffusion des ateliers thématiques. Il permettait de suivre, en direct et en rediffusion, les 12 ateliers profession en lien avec le thème du 75e Congrès que les rapporteurs généraux ont adapté au contexte de crise sanitaire, ainsi que les neuf ateliers solution ;


• Canal expert, le canal de diffusion des actualités et outils de la profession sous des formats flash (30 minutes) ;


• et le Canal partenaires qui regroupait les 148 partenaires du congrès. Dans cet espace, ces derniers ont répondu aux questions des internautes, via des pitchs de présentation, entretiens personnalisés, flashs partenaires, etc.


Les organisateurs du 75e Congrès ont également décidé de proposer cette année une expérience innovante en 3D dans un univers virtuel propice aux échanges : l'espace « Innovation et Découverte ». Celui-ci permettait de plonger dans un monde immersif en 3D en créant son avatar, et de découvrir les nombreuses animations proposées : la médiathèque virtuelle de l’Ordre, les solutions innovantes de la Digital Workplace, l’espace de networking pour échanger avec les autres congressistes, l’espace de rencontre avec les interlocuteurs des partenaires ou encore les cadeaux du 75e Congrès.


Bref, tout a été fait pour créer un évènement véritablement « placé sous le signe de l’agilité et de l’innovation », selon les termes de Charles-René Tandé, président de l’Ordre.


 

Charles-René Tandé

(© Claire-Lise Havet/Hans Lucas : http://www.clairelisehavet.com)



UNE PROFESSION MODERNE ET AGILE AU SERVICE DE L’ÉCONOMIE


Le vendredi 2 octobre, a été diffusée sur Canal direct la conférence « Une profession moderne et agile au service de l’économie ». Celle-ci était animée par Hedwige Chevrillon, journaliste et éditorialiste pour BFM Business, notamment. Sont intervenus Cendra Motin, députée, membre de la Commission des finances, Jean Bouquot, président de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes (CNCC), Charles-René Tandé, président de l’Ordre des experts-comptables, et Jean Arthuis, homme politique et ancien eurodéputé.


 


Une profession au service des entreprises


Avant de lancer la table ronde, Hedwige Chevrillon a tenu à revenir sur la rencontre filmée, organisée un peu plus tôt, entre Charles-René Tandé et Alain Griset, ministre délégué auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance, chargé des petites et moyennes entreprises. Tous ont ainsi pu écouter les remerciements du ministre adressés à la profession.


« C’est important d’avoir votre vision en ce moment » a déclaré le président de l’Ordre des experts-comptables à l’attention du ministre en ouverture de cet entretien. En effet, les petites entreprises ont été au cœur des évènements depuis le début de la crise sanitaire, il est donc essentiel d’avoir leur retour quant à l’aide dont elles ont pu bénéficier de la part de leur expert-comptable.


Comment le ministre a-t-il perçu le rôle de ces derniers durant la crise ? Quels échos lui ont été rapportés ?


« Je tiens à remercier la profession. J’y ai beaucoup d’amis, a-t-il commencé. Ce sont les premiers contacts des entreprises. Les experts-comptables vont de plus en plus être à la manœuvre pour accompagner les mesures gouvernementales. »


En effet, l’État va continuer, selon lui, à accompagner les entreprises : « On regarde secteur par secteur. Le ministère va regarder comment améliorer l’environnement économique des PME et faire en sorte qu’elles passent les évolutions numériques, notamment », a-t-il précisé.


Le ministre est en tout cas certain qu’il pourra s’appuyer sur l’expertise des comptables qui « savent très bien ce qu’ils ont à faire, et connaissent très bien leur travail. »


Concernant l’avenir des professions réglementées, celui-ci a botté en touche : « Elles sont réglementées, car elles ont des compétences. Il n’y a pas vraiment de problème avec ça. La réglementation ne change rien. Il y aura toujours de la libre concurrence, ça existera toujours. Les vraies évolutions concernent la transition numérique. »


Pour Alain Griset, qui a insisté sur ce dernier point, une des principales missions des experts-comptables dans l’avenir sera de conseiller les chefs d’entreprise pour leur permettre de faire ce saut vers le digital.


Au sujet du plan de relance lancé le 3 septembre dernier, qui donne une large part aux questions numériques et à l’écologie, pour le ministre, il faut d’abord que ce plan soit parfaitement compris par tous. Ensuite, il faut que celui-ci soit opérationnel le plus vite possible : « Dès 2021, on veut que 30 % de ce plan soit utilisé », a-t-il déclaré. Alain Griset a cependant admis que certains aspects étaient un peu plus difficiles que d’autres à mettre en œuvre : « sur l’activité partielle, il y a eu quelques difficultés au début, mais nous sommes le seul pays au monde à avoir fait ça dès le début », a-t-il tempéré.


Quoi qu’il en soit, sa préoccupation quotidienne, a-t-il confié, est de faire en sorte que les entrepreneurs aient une bonne connaissance de ce plan, et qu’ils puissent utiliser au mieux les mesures qui les concernent.


« Quand on est plongé dans une crise comme ça, c’est important de pouvoir compter sur les experts-comptables, a rebondi Charles-René Tandé. Il faut un corps de professionnels de qualité, compétent. Et ce qui compte aussi, c’est le retour des chefs d’entreprises. »


Et les témoignages allant dans ce sens sont nombreux. Comme l’a rappelé Hedwige Chevrillon, les organisateurs du congrès ont par exemple pu interroger Sébastien Lebeau, le dirigeant d’AT Industrie, qui s’est retrouvé en difficulté pendant la crise : « l’expert-comptable nous a beaucoup aidés. On a été dirigé vers des solutions comme l’activité partielle. Mais nous avons dû batailler pendant trois mois pour l’avoir, et ce fut grâce aux experts-comptables. Nous avons pris un mandataire ad hoc grâce également aux conseils de l’expert-comptable » a-t-il témoigné à distance.



Hedwige Chevrillon, Alain Griset et Charles-René Tandé 
(© Claire-Lise Havet/Hans Lucas : http://www.clairelisehavet.com)


La loi PACTE : un bouleversement pour la profession


Il reste que la profession a connu de grands bouleversements ces dernières années, notamment avec la loi PACTE. Dans quelles mesures celle-ci a-t-elle impacté le rôle des professionnels du chiffre auprès de leurs clients ?


Pour le président de l’Ordre des experts-comptables, cette loi a en fait permis un élargissement des missions (recouvrement amiable, mandat de paiement…). En outre, avec la facture électronique, ces derniers vont pouvoir tout dématérialiser : « ces nouvelles missions et la facture électronique, ce sont des choses en plus qu’on peut apporter aux entreprises » a-t-il affirmé.


Interrogée sur les changements subis par la profession, Cendra Motin a estimé qu’avec la loi PACTE, les experts-comptables étaient devenus des tiers de confiance : « Je salue une profession qui a su rebondir », a-t-elle déclaré. Selon elle, le rôle des experts-comptables va même être central dans le futur : « ils ont déjà fait des choses fantastiques en trois ans. Avec le prélèvement à la source, ils ont aidé 3 millions de clients » a-t-elle argumenté.


Pour Cendra Motin enfin, la profession doit rester une profession réglementée. Cela donne la garantie à l’État d’avoir quelqu’un sur qui il peut compter pour prélever les taxes et les impôts, mais aussi pour les entreprises d’être certaines que leur expert-comptable est surveillé par ses pairs, et donc qu’il ne va pas faire n’importe quoi.


Pour Jean Arthuis également, le rôle de l’expert-comptable est indispensable surtout « dans un monde où la crise risque de devenir la norme ». Dans les mois à venir, certaines entreprises ne pourront pas, par exemple, honorer leurs emprunts ou leurs fournisseurs. Il est hors de question cependant qu’elles se retrouvent toutes au tribunal de commerce. C’est là, selon l’homme politique, que doivent intervenir les experts-comptables : ils peuvent jouer un rôle auprès des créanciers, se porter garants de la viabilité d’une entreprise confrontée aux difficultés. Ils peuvent ainsi faire en sorte qu’une banque accepte d’étaler les remboursements de certaines entreprises pour éviter qu’elles ne se retrouvent devant le juge consulaire.


Au sujet des prêts garantis par l’État (PGE), le Conseil de l’Ordre des experts-comptables incite également les cabinets d’expertise comptable à faire un point maintenant avec leurs clients pour isoler le « coût Covid », et prendre des décisions. « Nous avons un rôle à jouer pour éviter les dépôts de bilan. Mais pour cela, il faut travailler en amont. Il faut mettre en place des dispositifs exceptionnels », a expliqué Charles-René Tandé.


C’est également le cas pour le commissaire aux comptes qui peut, selon Jean Arthuis, « devenir ce tiers qui va sécuriser les créanciers, le garant de la sincérité des comptes ».


Rebondissant sur ce terme de « garant », Jean Bouquot a rappelé que la confiance est en effet fondamentale pour la société, mais aussi au sein des entreprises, entre entreprises, entre donneurs d’ordre et fournisseurs, etc. « S’il n’y a plus de confiance, l’économie s’arrête ». C’est la raison pour laquelle, pour le président de la CNCC, le sujet du délai de paiement est un vrai problème en France. C’est même crucial car, contrairement à l’Allemagne par exemple, les entreprises ont beaucoup moins de fonds propres.


 


Experts-comptables et commissaires aux comptes, des rôles complémentaires


Hedwige Chevrillon s’est ensuite intéressée aux différences entre commissaires aux comptes et experts-comptables. Existe-t-il une rivalité entre ces deux métiers ?


Pour le président du Conseil national des commissaires aux comptes, l’expert-comptable apporte des solutions immédiates à l’entrepreneur. Quant au commissaire aux comptes, ses missions peuvent être semblables, mais il apporte avant tout un regard critique sur ce qui a déjà été fait. En outre, sa responsabilité est également pénale. Il a une responsabilité permanente, même après la clôture des comptes.


Les deux professions ont en tout cas à cœur d’anticiper par rapport aux textes concernant les difficultés des entreprises : « on est au contact des entreprises plus que jamais. Nous devons être là en permanence » a insisté Jean Bouquot.


Pour Cendra Motin, l’expert-comptable est là pour parler stratégie avec le chef d’entreprise, il est dans l’opérationnel. Le commissaire aux comptes, lui, regarde avec un peu de recul toute la situation et peut alerter les autorités en cas de nécessité.


Expert-comptable et commissaire aux comptes sont-ils des lanceurs d’alerte pour éviter les dépôts de bilan ? s’est interrogée la journaliste.


En réalité, a expliqué Jean Bouquot, le commissaire aux comptes ne va pas tout de suite voir le procureur de la République en cas de problème. Il va d’abord dialoguer avec le chef d’entreprise, le conseil d’administration, le comité d’audit… Le but étant en premier lieu de faire prendre à chacun ses responsabilités afin d’éviter d’engorger les tribunaux de commerce.


Hedwige Chevrillon, Jean Bouquot, Charles-René Tandé, Cendra Motin et Jean Arthuis 
(© Claire-Lise Havet/Hans Lucas : http://www.clairelisehavet.com)

 


Le défi du numérique


Hedwige Chevrillon a ensuite dirigé les débats sur la question des nouvelles technologies et du digital. Les professionnels y sont-ils préparés ?


Pour Charles-René Tandé, il est essentiel de faire face à ce défi : « au cours de cette mandature, j’ai voulu favoriser cela », a-t-il assuré. Celui-ci estime d’ailleurs que « c’est le travail à faire le plus urgent auprès des petites entreprises ». « Pour les jeunes, ce sera très stimulant. Le rôle de l’expert-comptable sera primordial, mais pour cela, il nous faudra les données » a-t-il ajouté.


Pour Cendra Motin, cette nouvelle mission va modifier l’image qu’on a de l’expert-comptable. « Ils auront davantage l’image de geek, de data scientist. Et cela change la relation aux clients. »


Le président de la CNCC considère également que le numérique est un enjeu majeur. Les commissaires aux comptes ont d’ailleurs organisé ces dernières années des hackathons pour imaginer les innovations de demain dans la pratique de l'audit, grâce au numérique.


Comme l’a judicieusement fait remarquer Hedwige Chevrillon, le numérique bouscule non seulement les deux professions, mais va également avoir un impact sur les recrutements. « Oui. Ce sont de nouveaux métiers qui arrivent », a acquiescé Charles-René Tandé.


Et quid de la cybersécurité ? Le numérique peut-il être un danger ?


« C’est une question qui nous préoccupe. Elle fait actuellement l’objet de travaux de la part de confrères et de consœurs afin d’éduquer la profession et mettre en garde », a précisé Jean Bouquot.


Cendra Motin a, elle, totalement confiance : « les experts-comptables sont en avance sur ce point, car ils manipulent des données depuis toujours. Ils ont déjà cet état d’esprit » a assuré la député.


« Je compte sur les deux professions pour trouver des synergies. Il faut retrouver la souveraineté nationale en œuvrant au niveau européen sur les questions du numérique. Il n’est en effet pas normal que les GAFA soient seulement américains » a soutenu de son côté Jean Arthuis.


 


L’emprise des normes anglo-saxonnes sur la profession


Justement, a fait remarquer Hedwige Chevrillon, comment retrouver la souveraineté en matière numérique alors que les normes comptables en France sont sous le joug des normes anglo-saxonnes ? Peut-on sortir des griffes de l’international ?


Selon Jean Bouquot, l’audit est né dans le monde anglo-saxon, et celui-ci
s’est ensuite greffé dans notre monde. Pour le président du CNCC, il faut donc être vigilant, et surtout se prendre en charge. Il est en tout cas réconfortant, a-t-il considéré, qu’un groupe de travail, mandaté par la Commission européenne et dirigé par Patrick de Cambourg (président de l’Autorité des normes comptables), soit actuellement en train de travailler sur la réforme de l'information extra-financière et la normalisation de ces informations.


Même son de cloche du côté de Jean Arthuis, à ceci près que, pour l’homme politique, ce n’est pas seulement au niveau national que cela doit se passer : « En France, on attend trop de l’État pour donner les grands principes alors que le changement doit plus venir des professions. C’est ainsi que ça s’est passé aux USA pendant la crise de 29. Et c’est d’ailleurs comme ça qu’est né l’audit. »


Les intervenants auraient bien continué à échanger entre eux, mais du fait d’un planning très serré à respecter, ils ont été invités, par Hedwige Chevrillon à « dire un mot de conclusion ».


« Les experts-comptables ont démontré qu’ils étaient là. Ils doivent continuer à accompagner les entreprises pour qu’elles ne fassent pas les mêmes erreurs » a insisté Cendra Motin.


« Il est important de montrer qu’on a confiance en notre profession pour accompagner le monde, que nous avons confiance en nos forces et ainsi attirer des talents », a martelé Jean Bouquot.


Enfin, Charles-René Tandé, qui quittera la présidence du Conseil de l’Ordre en novembre prochain, a insisté pour remercier toute la profession ainsi que ses collaborateurs : « C’était pour moi un plaisir de présider cette institution, une profession qui se renouvelle d’année en année. Elle a montré sa réactivité, sa solidité en ce temps de crise. Nous avons été sur le pont » s’est-il félicité.


 


Maria-Angélica Bailly


 


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