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Le temps d’une soirée, les dirigeants d’organisations telles que la CCI, France Travail ou la Fédération française du bâtiment ont discuté de la santé du tissu entrepreneurial dans le département. Et ont appelé à une baisse des normes sur les entreprises et à revoir la politique sur l’immobilier.
Quelles perspectives pour
l’économie yvelinoise en 2025 ? Pour le savoir, il fallait être à l’espace
Maurice Ravel de Vélizy-Villacoublay, le 30 janvier dernier. Car le lieu
accueillait la première cérémonie de vœux commune rassemblant de nombreux
acteurs économiques du département. Une réunion « pour célébrer les
entreprises, les créateurs de richesse, ceux qui trouvent des solutions dans un
monde de plus en plus compliqué », s’est félicité Guillaume Cairou,
président de la Chambre de commerce et d’industrie des Yvelines (CCI 78).
« Les Yvelines sont la locomotive économique, industrielle, commerciale
et innovante de la région », a-t-il assuré. Le département possède en
effet une bonne dynamique, avec 114 000 entreprises implantées sur son
territoire, soit 8,4 % du total régional des entreprises.
Une bonne santé économique aidée
par la politique de l’offre, selon le président du Medef Yvelines Thierry
Trévalinet : « Bien au-delà du CICE, cette politique a donné aux
entreprises un vrai ballon d’air pur afin de croître, d’embaucher et d’investir
dans l’économie du futur. » Le dirigeant de l’antenne locale de
l’organisation patronale a assuré que la baisse d’impôts sur les sociétés,
intervenue en plusieurs étapes durant le premier quinquennat d’Emmanuel Macron,
« a rapporté plus de recettes à l’État » que ce qu’aurait
rapporté le maintien de l’impôt à son taux d’avant 2017. « Ce serait un
comble aujourd’hui de voir l’État français appliquer des hausses d’impôts sur
nos entreprises alors que la politique de Trump aux États-Unis est de baisser
cet impôt à 15 %. »
L’immobilier, point noir des
politiques publiques ?
Malgré cela, comme sur le
reste du territoire français, le nombre de défaillances a grimpé dans les
Yvelines, passant de 688 sur les trois premiers trimestres de 2023 à 929 pour
la même période en 2024, soit une hausse de 35 %. « Le tribunal de
commerce a récemment ouvert un nouveau bureau pour les liquidations tellement
il y en a », a expliqué Ronan Keraudren, président de la Chambre des
métiers et de l’artisanat des Yvelines.
La hausse des défaillances
est particulièrement alimentée par le secteur de l’immobilier, en crise depuis
presque trois ans. Comment redresser cette filière ? « Il faut arrêter
de faire ce que l’on est en train de faire en ce moment, ça ne fonctionne pas »,
a alerté Christophe Bouguin, président de la Fédération française du bâtiment
des Yvelines. Le professionnel a cité le prêt à taux zéro, dont les conditions
ont été drastiquement renforcées dans la deuxième partie des années 2010, alors
que la loi de finances pour 2025 permet d’augmenter le nombre de bénéficiaires.
« C’est une mesure simple à mettre en place et qui va nous donner très
rapidement une bouffée d’oxygène », a-t-il estimé.
Pour tous les entrepreneurs,
la CPME a adhéré au groupement de prévention agréé, une association offrant une
aide gratuite aux chefs d’entreprises. « Nous avons des demandes
régulières et faisons intervenir dans les 24 heures des psychologues, des
comptables ou encore des avocats », a précisé la présidente de la CPME
78, Virginie Faivet.
Le mouvement de défaillances
a coïncidé avec une légère hausse du taux de chômage dans les Yvelines, à
6,5 % au deuxième trimestre 2024 (contre 6,3 % au T2 2023). Le
territoire reste cependant bien en-deçà de la moyenne nationale de 7,3 %.
Pour permettre au chômage de
repartir sur une pente descendante, la directrice de France Travail Yvelines
Delphine Philippe-Giraux a mis en avant le dispositif de préparation
opérationnelle à l’emploi individuelle (POEI). Destinée aux employeurs et aux
demandeurs d’emploi, cette aide permet de financer la formation préalable à
l’embauche d’un futur salarié. « Cette solution se veut sur-mesure pour
répondre aux besoins de chaque recruteur », a-t-elle assuré. La directrice
a estimé que cela peut permettre « de recruter efficacement, en
optimisant les coûts et en sécurisant l’embauche et l’intégration du salarié ».
10 millions d’euros ont été mobilisés en 2024 pour ce dispositif dans les
Yvelines. Une dépense publique importante mais efficace selon Delphine Philippe-Giraux :
« Elle permet l’embauche dans 80 % des cas. »
Une task force pour rendre
plus visible les services proposés aux entreprises
Les Yvelines possèdent des
atouts pour relancer l’économie, selon Guillaume Cairou : « La
force de notre département et de notre région est d’accueillir des entreprises
de haute précision et à forte valeur ajoutée, qui ont cette capacité à exporter
à l’international, ce qui est la clé de la croissance de nos TPE et PME. »
Pour permettre aux talents en
recherche d’emploi et aux entreprises en recherche de talents de se trouver,
France Travail a lancé en 2024 une « task force entreprise », avec
pour objectif d’aller à la rencontre de 600 000 employeurs dans toute la
France d’ici à 2027. Dans la communauté d’agglomération de
Saint-Quentin-en-Yvelines, avec les autres acteurs locaux, France Travail a pu
« travailler sur un projet commun visant à simplifier notre
fonctionnement pour les entreprises », a expliqué Delphine Philippe-Giraux.
200 entreprises ont été visitées en 2024. La directrice de France Travail a
espéré aboutir à une offre de services « visible, mobilisable et
mobilisée sur l’ensemble du département ».
« Arrêtons cette
inflation normative »
Mais la croissance qui
pourrait être ralentie par le trop-plein de normes sur les entreprises en
France, selon Thierry Trévalinet : « Aujourd’hui, on compte
400 000 normes et 80 codes. Arrêtons cette inflation normative, c’est insupportable ! »
D’après le patron de l’antenne yvelinoise du Medef, la « surrégulation »
a pour conséquence un temps grandement rallongé pour la création d’une
entreprise : « En France, il faut un an et demi pour créer une
entreprise ou une usine. En Allemagne, cela ne prend que quatre mois, et même
deux mois et demi dans les pays scandinaves. »
« Un chef
d’entreprise passe huit heures par semaine à faire de l’administratif pour
répondre aux normes, et ce temps n’a aucune valeur », a renchéri
Virginie Faivet. La CPME a proposé au gouvernement l’an dernier 80 règles de
simplification pour « mettre fin à la complexité administrative ».
Le durcissement des règles de
recrutement des apprentis pourrait aussi perturber la relance, alors que le
budget des centres de formation (CFA) a été raboté de 10 %. Dans les
Yvelines, le CFA d’Aubergenville a fermé ses portes en 2024. « Un
scandale » pour Christophe Bouguin : « Vous êtes
émerveillés quand vous voyez Notre-Dame, mais ce sont des apprentis qui ont
fait cela. Notre-Dame, dans le bâtiment, on le fait tous les jours ! »
« On est en manque
d’apprentis, on a besoin de jeunes motivés », a lancé le président de
la Fédération française du bâtiment des Yvelines, arguant sous les
applaudissements de la salle qu’il n’est « pas possible que l’on laisse
une jeunesse errante ».
Les acteurs économiques
restent néanmoins optimistes, Guillaume Cairou en tête : « On a vu
ce soir que nous sommes une équipe qui gagne. Nous allons faire gagner ce
département. »
Alexis
Duvauchelle
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