Les acteurs économiques des Yvelines s’organisent pour freiner les défaillances d’entreprises et le chômage


samedi 1 février 2025 à 09:425 min

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Le temps d’une soirée, les dirigeants d’organisations telles que la CCI, France Travail ou la Fédération française du bâtiment ont discuté de la santé du tissu entrepreneurial dans le département. Et ont appelé à une baisse des normes sur les entreprises et à revoir la politique sur l’immobilier.

Quelles perspectives pour l’économie yvelinoise en 2025 ? Pour le savoir, il fallait être à l’espace Maurice Ravel de Vélizy-Villacoublay, le 30 janvier dernier. Car le lieu accueillait la première cérémonie de vœux commune rassemblant de nombreux acteurs économiques du département. Une réunion « pour célébrer les entreprises, les créateurs de richesse, ceux qui trouvent des solutions dans un monde de plus en plus compliqué », s’est félicité Guillaume Cairou, président de la Chambre de commerce et d’industrie des Yvelines (CCI 78). « Les Yvelines sont la locomotive économique, industrielle, commerciale et innovante de la région », a-t-il assuré. Le département possède en effet une bonne dynamique, avec 114 000 entreprises implantées sur son territoire, soit 8,4 % du total régional des entreprises.

Une bonne santé économique aidée par la politique de l’offre, selon le président du Medef Yvelines Thierry Trévalinet : « Bien au-delà du CICE, cette politique a donné aux entreprises un vrai ballon d’air pur afin de croître, d’embaucher et d’investir dans l’économie du futur. » Le dirigeant de l’antenne locale de l’organisation patronale a assuré que la baisse d’impôts sur les sociétés, intervenue en plusieurs étapes durant le premier quinquennat d’Emmanuel Macron, « a rapporté plus de recettes à l’État » que ce qu’aurait rapporté le maintien de l’impôt à son taux d’avant 2017. « Ce serait un comble aujourd’hui de voir l’État français appliquer des hausses d’impôts sur nos entreprises alors que la politique de Trump aux États-Unis est de baisser cet impôt à 15 %. »

L’immobilier, point noir des politiques publiques ?

Malgré cela, comme sur le reste du territoire français, le nombre de défaillances a grimpé dans les Yvelines, passant de 688 sur les trois premiers trimestres de 2023 à 929 pour la même période en 2024, soit une hausse de 35 %. « Le tribunal de commerce a récemment ouvert un nouveau bureau pour les liquidations tellement il y en a », a expliqué Ronan Keraudren, président de la Chambre des métiers et de l’artisanat des Yvelines.

La hausse des défaillances est particulièrement alimentée par le secteur de l’immobilier, en crise depuis presque trois ans. Comment redresser cette filière ? « Il faut arrêter de faire ce que l’on est en train de faire en ce moment, ça ne fonctionne pas », a alerté Christophe Bouguin, président de la Fédération française du bâtiment des Yvelines. Le professionnel a cité le prêt à taux zéro, dont les conditions ont été drastiquement renforcées dans la deuxième partie des années 2010, alors que la loi de finances pour 2025 permet d’augmenter le nombre de bénéficiaires. « C’est une mesure simple à mettre en place et qui va nous donner très rapidement une bouffée d’oxygène », a-t-il estimé.

Pour tous les entrepreneurs, la CPME a adhéré au groupement de prévention agréé, une association offrant une aide gratuite aux chefs d’entreprises. « Nous avons des demandes régulières et faisons intervenir dans les 24 heures des psychologues, des comptables ou encore des avocats », a précisé la présidente de la CPME 78, Virginie Faivet.

Le mouvement de défaillances a coïncidé avec une légère hausse du taux de chômage dans les Yvelines, à 6,5 % au deuxième trimestre 2024 (contre 6,3 % au T2 2023). Le territoire reste cependant bien en-deçà de la moyenne nationale de 7,3 %.

Pour permettre au chômage de repartir sur une pente descendante, la directrice de France Travail Yvelines Delphine Philippe-Giraux a mis en avant le dispositif de préparation opérationnelle à l’emploi individuelle (POEI). Destinée aux employeurs et aux demandeurs d’emploi, cette aide permet de financer la formation préalable à l’embauche d’un futur salarié. « Cette solution se veut sur-mesure pour répondre aux besoins de chaque recruteur », a-t-elle assuré. La directrice a estimé que cela peut permettre « de recruter efficacement, en optimisant les coûts et en sécurisant l’embauche et l’intégration du salarié ». 10 millions d’euros ont été mobilisés en 2024 pour ce dispositif dans les Yvelines. Une dépense publique importante mais efficace selon Delphine Philippe-Giraux : « Elle permet l’embauche dans 80 % des cas. »

Une task force pour rendre plus visible les services proposés aux entreprises

Les Yvelines possèdent des atouts pour relancer l’économie, selon Guillaume Cairou : « La force de notre département et de notre région est d’accueillir des entreprises de haute précision et à forte valeur ajoutée, qui ont cette capacité à exporter à l’international, ce qui est la clé de la croissance de nos TPE et PME. »

Pour permettre aux talents en recherche d’emploi et aux entreprises en recherche de talents de se trouver, France Travail a lancé en 2024 une « task force entreprise », avec pour objectif d’aller à la rencontre de 600 000 employeurs dans toute la France d’ici à 2027. Dans la communauté d’agglomération de Saint-Quentin-en-Yvelines, avec les autres acteurs locaux, France Travail a pu « travailler sur un projet commun visant à simplifier notre fonctionnement pour les entreprises », a expliqué Delphine Philippe-Giraux. 200 entreprises ont été visitées en 2024. La directrice de France Travail a espéré aboutir à une offre de services « visible, mobilisable et mobilisée sur l’ensemble du département ».

« Arrêtons cette inflation normative »

Mais la croissance qui pourrait être ralentie par le trop-plein de normes sur les entreprises en France, selon Thierry Trévalinet : « Aujourd’hui, on compte 400 000 normes et 80 codes. Arrêtons cette inflation normative, c’est insupportable ! » D’après le patron de l’antenne yvelinoise du Medef, la « surrégulation » a pour conséquence un temps grandement rallongé pour la création d’une entreprise : « En France, il faut un an et demi pour créer une entreprise ou une usine. En Allemagne, cela ne prend que quatre mois, et même deux mois et demi dans les pays scandinaves. »

« Un chef d’entreprise passe huit heures par semaine à faire de l’administratif pour répondre aux normes, et ce temps n’a aucune valeur », a renchéri Virginie Faivet. La CPME a proposé au gouvernement l’an dernier 80 règles de simplification pour « mettre fin à la complexité administrative ».

Le durcissement des règles de recrutement des apprentis pourrait aussi perturber la relance, alors que le budget des centres de formation (CFA) a été raboté de 10 %. Dans les Yvelines, le CFA d’Aubergenville a fermé ses portes en 2024. « Un scandale » pour Christophe Bouguin : « Vous êtes émerveillés quand vous voyez Notre-Dame, mais ce sont des apprentis qui ont fait cela. Notre-Dame, dans le bâtiment, on le fait tous les jours ! »

« On est en manque d’apprentis, on a besoin de jeunes motivés », a lancé le président de la Fédération française du bâtiment des Yvelines, arguant sous les applaudissements de la salle qu’il n’est « pas possible que l’on laisse une jeunesse errante ».

Les acteurs économiques restent néanmoins optimistes, Guillaume Cairou en tête : « On a vu ce soir que nous sommes une équipe qui gagne. Nous allons faire gagner ce département. »

Alexis Duvauchelle

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