Article précédent


INTERVIEW. Récemment élus à la tête de la compagnie, le président Emmanuel Cordier et le premier vice-président Valentin Ryngaert évoquent leur vision pour l'avenir de la profession. Ils reviennent sur les enjeux majeurs de leur mandat, de la durabilité aux nouvelles technologies, tout en mettant l'accent sur l'attractivité de la profession.
JSS :
Quels ont été vos parcours respectifs avant la présidence de la CRCC de
Versailles et du Centre ?
Emmanuel
Cordier : Je suis titulaire du diplôme d’expertise comptable (DEC),
après avoir bénéficié de formations à l’Institut national des techniques économiques
et comptables (INTEC) et à l'école de la profession, l’École nouvelle d’organisation
économique et sociale (ENOES).
J’ai pu me nourrir durant mes
30 années de carrière de diverses expériences professionnelles en cabinets
d’expertise comptable et de commissariat aux comptes, dont l’une à la direction
financière d’un groupe français coté.
Je me suis associé en 2002
dans le cabinet DVA. C’est une structure à taille humaine issue d’un
regroupement de petits cabinets de l’ouest parisien spécialisée dans l’audit
légal, l’expertise comptable et le conseil aux dirigeants d’entreprises et
d’associations. J’interviens en tant qu’expert-comptable et commissaire aux
comptes.
J’ai été élu pour la première
fois à la CRCC de Versailles et du Centre en 2008. J’ai occupé divers mandats
et participé à différentes commissions régionales et nationales. J’ai créé
récemment la commission « Durabilité et critères ESG », afin de
sensibiliser et accompagner les membres de la profession, les entreprises et
les parties prenantes.
Je suis président de la
compagnie de Versailles pour 2025 et 2026, puis c’est Valentin qui me
succèdera. Nous sommes un binôme et nous partageons les décisions ensemble afin
de faciliter le premier vice-président dans sa prise de fonctions. Notre équipe
est représentative de tous modes d’exercices professionnels. C’était également
le cas lors des deux dernières années, où j’étais le premier vice-président de
Philippe Vincent, désormais président de la Compagnie nationale des commissaires
aux comptes.
À
lire aussi : Philippe Vincent prend les rênes
de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes
Au niveau national, j’ai été
président des commissions « Communication » et « Attractivité »
de la CNCC. J’ai aussi présidé la commission « Formation initiale »
entre 2017 et 2020, où j’ai amorcé la réforme des diplômes des voies d’accès au
commissariat aux comptes, qui vient d’aboutir. Je représente actuellement la
Compagnie de Versailles et du Centre au conseil national de la CNCC. J’apprécie
les échanges avec les autres présidentes ou présidents des autres compagnies
pour nous enrichir des actions de chacun, promouvoir notre profession, partager
nos expériences et mutualiser nos outils.
Valentin
Ryngaert : Je suis également
expert-comptable et commissaire aux comptes. Je suis diplômé de
l'EDHEC, et je détiens également un master 2 en droit et le certificat d’aptitude
à la profession d'avocat (CAPA).
J’ai réalisé l’essentiel de ma
carrière chez KPMG, d’abord en 2002 en tant qu'auditeur financier pour des
sociétés cotées dans le secteur de la distribution, puis depuis 2008 en tant
que directeur juridique et depuis 2020 en tant que Risk management Partner,
membre du comité exécutif avec pour mission de protéger l'éthique et la
réputation du cabinet en tant que partenaire de confiance. Je suis spécialisé
dans les domaines de l'audit, de la gestion des risques et du droit.
J’ai déjà eu un mandat d’élu
au sein de la CRCC lors de la précédente mandature où je me suis notamment
investi sur la défense des confrères.
À la CNCC, j’ai été
vice-président de la commission des études juridiques et président du groupe de
travail de lutte antiblanchiment. Je suis maintenant président du comité de
gestion des risques professionnels. Je contribue à la formation et à
l'information des commissaires aux comptes.
JSS :
Pourquoi aviez-vous décidé de vous porter candidats à cette présidence ?
E.
C. : Nous souhaitions pouvoir fédérer
l’ensemble des commissaires aux comptes de notre ressort. Notre liste était représentative de tous les
membres de l'exercice professionnel mais aussi de tous les territoires des dix départements que couvre la CRCC
de Versailles et du Centre. Une majorité importante des consœurs et confrères
ont décidé de nous faire confiance pour gérer notre compagnie et nous
souhaitons les remercier.
JSS :
Combien de commissaires aux comptes la CRCC de Versailles et du Centre
représente-t-elle ?
E. C. : Notre
compagnie fédérait, en 2023, 2 387 commissaires aux comptes, dont 652 cabinets
de toute taille et 1 735 personnes physiques, ce qui témoigne de la diversité
des modes d’exercice des professionnels en écho à la diversité des entités
auditées. Il s’agit de la première compagnie en France par le chiffre
d’affaires de ses membres, et la seconde compagnie par le nombre de ses
mandats, qui s’élevait à 51 876, soit près de 23 % du nombre total de mandats au
niveau national. La compagnie représente près de 40 % de l’activité économique
du commissariat aux comptes en France.
JSS :
Quels sont les grands projets pour votre mandat ?
E.
C. : Je souhaite inscrire mon mandat dans la poursuite des
travaux engagés par mes prédécesseurs, notamment sur la cohésion professionnelle et la proximité territoriale vis-à-vis
des parties prenantes sur l’ensemble des dix départements de notre compagnie.
Notre but est de promouvoir notre légitimité professionnelle qui viendra du
terrain en accompagnant les entreprises et les parties prenantes.
J’entends consolider les
acquis et anticiper les futurs enjeux tout en préparant le passage de relais
aux jeunes générations. Cela implique notamment de multiplier les actions
concrètes, telles que des conférences sur des sujets qui intéressent les
confrères et les parties prenantes, comme la démarche de durabilité, les outils
de l’intelligence artificielle ou des manifestations avec le secteur associatif
et les collectivités territoriales.
Notre compagnie diffusera de
l’information à destination des parties prenantes que sont les élus locaux, les
organisations patronales, les étudiants, les magistrats ou les tribunaux de
commerce entre autres. Il est donc nécessaire de déployer des formations
diversifiées et de qualité pour accompagner les confrères dans leurs fonctions
au quotidien, mais aussi anticiper et préparer les membres aux enjeux à venir. L’une
des priorités est notamment l’utilisation de l’intelligence artificielle, qui
s’invite déjà dans nos outils et nos missions. Nous sommes confiants dans les
atouts de notre compagnie régionale pour y préparer activement notre
profession.
V. R. : La
précédente mandature a dû faire face à certains événements importants. La
fusion de la CRCC de Versailles avec les CRCC d’Orléans et de Bourges a agrandi
considérablement notre territoire d’action, mais le Covid a fortement limité
notre capacité de nous projeter sur le territoire. Nous avons un enjeu
important d’aller au-devant de ces nouveaux territoires. L’un des rôles de la
compagnie est de s’occuper de ses membres est de les soutenir face à leurs
problèmes.
Les échanges entre
professionnels sont très importants pour que tous profitent de la richesse de
la profession. La formation est un socle extraordinaire de notre profession et
nous devons aider nos confrères à se former à leur métier de base, mais aussi
aux nouveaux enjeux comme la durabilité.
« Notre
métier est celui qui crée la confiance, historiquement dans l’information
financière et désormais dans l’information extra financière. »
Valentin
Ryngaert, premier vice-président de la CRCC de Versailles et du Centre
Nous avons aussi un enjeu
important d’attractivité. Nous devons mieux faire connaître notre profession
chez les plus jeunes avant le bac, aider les jeunes en formation à aller
jusqu’au bout et aider les jeunes professionnels à s’installer et tisser des
liens avec leurs confrères. Cet axe a été entamé avant nous et nous essaierons
de progresser davantage.
JSS :
La CNCC a initié en 2021, un plan jeunes diplômés afin de faciliter l’accès à
la profession dès l’obtention du diplôme. Ce plan porte-t-il ses fruits dans le
ressort de la CRCC de Versailles et du Centre ? Des efforts restent-ils à faire
sur ce point ?
E. C. : J’ai
été à l’initiative de certaines propositions lorsque j’étais président de la
commission « formation initiale » à la CNCC. Nos investissements
portent leurs premiers résultats, car notre compagnie bénéficie sur 2024 d’une
progression significative de ses effectifs. Notre dernière cérémonie de recueil
de serment à la cour d’appel de Versailles a réuni 53 nouveaux inscrits.
L’objectif essentiel de la
réforme de nos diplômes est d’ouvrir notre profession à de nouveaux talents
(ingénieurs, juristes et autres) qui sont utiles et adaptés aux nouveaux enjeux
de notre profession. L’adaptation continue de nos voies d’accès permettront de
faciliter l’intégration et la poursuite des carrières au sein de nos cabinets.
À
lire aussi : Le temps d’une conférence, la
CRCC de Versailles et du Centre sensibilise sur les enjeux de la durabilité
En
quelques années, nous avons réussi à transformer notre image et notre
légitimité avec de nouveaux métiers et spécificités, de nouvelles propositions
pour la profession et pour les jeunes. Nous nous sommes maintenant adaptés dans
nos voies diplômantes.
Notre ambition est de
poursuivre cette dynamique sur l’attractivité par des communications, des
conférences et de rencontres pédagogiques.
JSS :
Emmanuel Cordier, vous étiez à la tête du nouveau groupe de travail «
Durabilité et critères ESG » au sein de la CRCC de Versailles et du Centre.
L’attrait de la profession pour ces questions s’est-il renforcé ces dernières
années ?
E. C.
: L’intérêt
de la profession pour ces sujets s'est considérablement accru. Cette évolution
est en grande partie due à la prise de conscience croissante des enjeux
environnementaux et sociétaux, ainsi qu'à l'introduction de réglementations
plus strictes en matière de reporting extra-financier. Elle reflète aussi une
volonté collective de contribuer activement à la transition vers une économie
plus responsable et durable.
Les commissaires aux comptes,
en tant qu’acteurs de confiance, jouent un rôle essentiel dans l’accompagnement
des entreprises et l'intégration des pratiques durables et adaptées au sein des
organisations. Leurs connaissances et leurs pratiques permettront de s’assurer
de la transparence et de la conformité des rapports de durabilité. Cette
évolution offre aux professionnels des opportunités pour diversifier leurs
interventions et répondre aux attentes croissantes des parties prenantes en
matière de responsabilité sociétale.
« Nous ne sommes pas le gendarme de l’ESG, mais un facilitateur et l’accompagnateur des entreprises »
Emmanuel
Cordier, président de la CRCC de Versailles et du Centre
J'ai constaté une
mobilisation accrue de nos membres de la CRCC sur ces sujets. Nous avons mis en
place des formations spécifiques pour renforcer les compétences des
commissaires aux comptes sur ces questions. Nous organisons régulièrement des
conférences et des ateliers pour sensibiliser les professionnels et les
entreprises aux enjeux de la durabilité, comme en témoigne notre récente
conférence sur les enjeux de la durabilité animée par Jérôme Rebiscoul, le nouveau
président de la commission « Durabilité » de la compagnie.
Tous
ces sujets sont attractifs pour les jeunes. Cela donne du sens de rentrer dans
un métier où l’on travaille sur des critères extra financiers, qu’ils soient
sociaux, salariaux ou environnementaux.
JSS :
La directive CSRD est appliquée depuis le début de l’année en France. Comment
la CRCC Versailles-Centre accompagne-t-elle les CAC à cette nouvelle responsabilité
?
E. C. : Cette
directive positionne les commissaires aux comptes comme des acteurs clés dans
la vérification et l’assurance de la qualité de ces informations. La CRCC joue
un rôle central dans l'accompagnement de ses membres pour répondre à cette
nouvelle responsabilité.
Nous sommes là pour
sensibiliser et accompagner les entreprises dans le cadre de la mise en œuvre
de leur stratégie ESG, pas pour rajouter des contraintes supplémentaires. Nous
ne sommes pas le gendarme de l’ESG, mais un facilitateur et l’accompagnateur
des entreprises.
La démarche de durabilité
d’une entreprise est louable et vertueuse, mais elle devra être adaptée à la
taille de l’entité par un besoin d’adaptation et de clarté des indicateurs ESG.
Même si la démarche de l’entreprise n’est pas obligatoire par les textes, elle
pourra la réaliser volontairement pour répondre également aux différentes demandes
du marché. D’ores et déjà, les organismes bancaires flèchent les financements
vers des « financements verts ». Les entreprises devront s’y adapter
si elles veulent continuer à bénéficier de financement et dans des conditions
intéressantes.
La compagnie
nationale a mis en place un programme de formation ciblé pour permettre aux
commissaires aux comptes de se préparer efficacement aux exigences de la CSRD. Ces
formations doivent entre autres faciliter la compréhension des normes
européennes ESRS sur la RSE et aider les commissaires aux comptes à sensibiliser
leurs clients sur l’importance de la durabilité et sur les données à collecter.
Près de 1 000 confrères ont déjà obtenu un visa durabilité et sont inscrits sur
la liste 2 de la Haute Autorité de l’audit.
À
lire aussi : Pour 2025, la CNCC réaffirme son rôle auprès des
entreprises
Des
sessions sur les pratiques d’audit adaptées aux données
extra-financières sont aussi proposées.
Des cas concrets et des retours d’expérience seront partagés pour que
les commissaires aux comptes appréhendent les spécificités sectorielles du
reporting durable. Nous avons également
publié des guides d’application de la directive. Ces documents
synthétisent les obligations et fournissent des conseils opérationnels pour
effectuer les vérifications.
Nous assumons évidemment
notre rôle de représentant des intérêts de la profession en participant à des
échanges avec les autorités, notamment avec la Haute Autorité de l’audit.
V.
R. : Notre métier est celui qui
crée la confiance, historiquement dans l’information financière et désormais
dans l’information extra financière. Le cœur de métier du commissaire aux
comptes est de permettre de donner confiance, grâce à la formation et à
l’effort normatif, à l’ensemble des acteurs économiques et de permettre un
fonctionnement du marché optimisé.
Propos
recueillis par Alexis Duvauchelle
THÉMATIQUES ASSOCIÉES
Infos locales, analyses et enquêtes : restez informé(e) sans limite.
Recevez gratuitement un concentré d’actualité chaque semaine.
0 Commentaire
Laisser un commentaire
Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *