« Notre compagnie représente près de 40 % de l’activité économique du commissariat aux comptes en France », affirme le duo à la tête de la CRCC de Versailles et du Centre


jeudi 27 février 2025 à 14:089 min

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INTERVIEW. Récemment élus à la tête de la compagnie, le président Emmanuel Cordier et le premier vice-président Valentin Ryngaert évoquent leur vision pour l'avenir de la profession. Ils reviennent sur les enjeux majeurs de leur mandat, de la durabilité aux nouvelles technologies, tout en mettant l'accent sur l'attractivité de la profession.

JSS : Quels ont été vos parcours respectifs avant la présidence de la CRCC de Versailles et du Centre ?

Emmanuel Cordier : Je suis titulaire du diplôme d’expertise comptable (DEC), après avoir bénéficié de formations à l’Institut national des techniques économiques et comptables (INTEC) et à l'école de la profession, l’École nouvelle d’organisation économique et sociale (ENOES).

J’ai pu me nourrir durant mes 30 années de carrière de diverses expériences professionnelles en cabinets d’expertise comptable et de commissariat aux comptes, dont l’une à la direction financière d’un groupe français coté.

Je me suis associé en 2002 dans le cabinet DVA. C’est une structure à taille humaine issue d’un regroupement de petits cabinets de l’ouest parisien spécialisée dans l’audit légal, l’expertise comptable et le conseil aux dirigeants d’entreprises et d’associations. J’interviens en tant qu’expert-comptable et commissaire aux comptes.

J’ai été élu pour la première fois à la CRCC de Versailles et du Centre en 2008. J’ai occupé divers mandats et participé à différentes commissions régionales et nationales. J’ai créé récemment la commission « Durabilité et critères ESG », afin de sensibiliser et accompagner les membres de la profession, les entreprises et les parties prenantes.

Je suis président de la compagnie de Versailles pour 2025 et 2026, puis c’est Valentin qui me succèdera. Nous sommes un binôme et nous partageons les décisions ensemble afin de faciliter le premier vice-président dans sa prise de fonctions. Notre équipe est représentative de tous modes d’exercices professionnels. C’était également le cas lors des deux dernières années, où j’étais le premier vice-président de Philippe Vincent, désormais président de la Compagnie nationale des commissaires aux comptes.

Au niveau national, j’ai été président des commissions « Communication » et « Attractivité » de la CNCC. J’ai aussi présidé la commission « Formation initiale » entre 2017 et 2020, où j’ai amorcé la réforme des diplômes des voies d’accès au commissariat aux comptes, qui vient d’aboutir. Je représente actuellement la Compagnie de Versailles et du Centre au conseil national de la CNCC. J’apprécie les échanges avec les autres présidentes ou présidents des autres compagnies pour nous enrichir des actions de chacun, promouvoir notre profession, partager nos expériences et mutualiser nos outils.

Valentin Ryngaert : Je suis également expert-comptable et commissaire aux comptes. Je suis diplômé de l'EDHEC, et je détiens également un master 2 en droit et le certificat d’aptitude à la profession d'avocat (CAPA).

J’ai réalisé l’essentiel de ma carrière chez KPMG, d’abord en 2002 en tant qu'auditeur financier pour des sociétés cotées dans le secteur de la distribution, puis depuis 2008 en tant que directeur juridique et depuis 2020 en tant que Risk management Partner, membre du comité exécutif avec pour mission de protéger l'éthique et la réputation du cabinet en tant que partenaire de confiance. Je suis spécialisé dans les domaines de l'audit, de la gestion des risques et du droit.

J’ai déjà eu un mandat d’élu au sein de la CRCC lors de la précédente mandature où je me suis notamment investi sur la défense des confrères.

À la CNCC, j’ai été vice-président de la commission des études juridiques et président du groupe de travail de lutte antiblanchiment. Je suis maintenant président du comité de gestion des risques professionnels. Je contribue à la formation et à l'information des commissaires aux comptes.

JSS : Pourquoi aviez-vous décidé de vous porter candidats à cette présidence ?

E. C. : Nous souhaitions pouvoir fédérer l’ensemble des commissaires aux comptes de notre ressort. Notre liste était représentative de tous les membres de l'exercice professionnel mais aussi de tous les territoires des dix départements que couvre la CRCC de Versailles et du Centre. Une majorité importante des consœurs et confrères ont décidé de nous faire confiance pour gérer notre compagnie et nous souhaitons les remercier.

JSS : Combien de commissaires aux comptes la CRCC de Versailles et du Centre représente-t-elle ?

E. C. : Notre compagnie fédérait, en 2023, 2 387 commissaires aux comptes, dont 652 cabinets de toute taille et 1 735 personnes physiques, ce qui témoigne de la diversité des modes d’exercice des professionnels en écho à la diversité des entités auditées. Il s’agit de la première compagnie en France par le chiffre d’affaires de ses membres, et la seconde compagnie par le nombre de ses mandats, qui s’élevait à 51 876, soit près de 23 % du nombre total de mandats au niveau national. La compagnie représente près de 40 % de l’activité économique du commissariat aux comptes en France.

JSS : Quels sont les grands projets pour votre mandat ?

E. C. : Je souhaite inscrire mon mandat dans la poursuite des travaux engagés par mes prédécesseurs, notamment sur la cohésion professionnelle et la proximité territoriale vis-à-vis des parties prenantes sur l’ensemble des dix départements de notre compagnie. Notre but est de promouvoir notre légitimité professionnelle qui viendra du terrain en accompagnant les entreprises et les parties prenantes.

J’entends consolider les acquis et anticiper les futurs enjeux tout en préparant le passage de relais aux jeunes générations. Cela implique notamment de multiplier les actions concrètes, telles que des conférences sur des sujets qui intéressent les confrères et les parties prenantes, comme la démarche de durabilité, les outils de l’intelligence artificielle ou des manifestations avec le secteur associatif et les collectivités territoriales.

Notre compagnie diffusera de l’information à destination des parties prenantes que sont les élus locaux, les organisations patronales, les étudiants, les magistrats ou les tribunaux de commerce entre autres. Il est donc nécessaire de déployer des formations diversifiées et de qualité pour accompagner les confrères dans leurs fonctions au quotidien, mais aussi anticiper et préparer les membres aux enjeux à venir. L’une des priorités est notamment l’utilisation de l’intelligence artificielle, qui s’invite déjà dans nos outils et nos missions. Nous sommes confiants dans les atouts de notre compagnie régionale pour y préparer activement notre profession.

V. R. : La précédente mandature a dû faire face à certains événements importants. La fusion de la CRCC de Versailles avec les CRCC d’Orléans et de Bourges a agrandi considérablement notre territoire d’action, mais le Covid a fortement limité notre capacité de nous projeter sur le territoire. Nous avons un enjeu important d’aller au-devant de ces nouveaux territoires. L’un des rôles de la compagnie est de s’occuper de ses membres est de les soutenir face à leurs problèmes.

Les échanges entre professionnels sont très importants pour que tous profitent de la richesse de la profession. La formation est un socle extraordinaire de notre profession et nous devons aider nos confrères à se former à leur métier de base, mais aussi aux nouveaux enjeux comme la durabilité.

« Notre métier est celui qui crée la confiance, historiquement dans l’information financière et désormais dans l’information extra financière. »

Valentin Ryngaert, premier vice-président de la CRCC de Versailles et du Centre

Nous avons aussi un enjeu important d’attractivité. Nous devons mieux faire connaître notre profession chez les plus jeunes avant le bac, aider les jeunes en formation à aller jusqu’au bout et aider les jeunes professionnels à s’installer et tisser des liens avec leurs confrères. Cet axe a été entamé avant nous et nous essaierons de progresser davantage.

JSS : La CNCC a initié en 2021, un plan jeunes diplômés afin de faciliter l’accès à la profession dès l’obtention du diplôme. Ce plan porte-t-il ses fruits dans le ressort de la CRCC de Versailles et du Centre ? Des efforts restent-ils à faire sur ce point ?

E. C. : J’ai été à l’initiative de certaines propositions lorsque j’étais président de la commission « formation initiale » à la CNCC. Nos investissements portent leurs premiers résultats, car notre compagnie bénéficie sur 2024 d’une progression significative de ses effectifs. Notre dernière cérémonie de recueil de serment à la cour d’appel de Versailles a réuni 53 nouveaux inscrits.

L’objectif essentiel de la réforme de nos diplômes est d’ouvrir notre profession à de nouveaux talents (ingénieurs, juristes et autres) qui sont utiles et adaptés aux nouveaux enjeux de notre profession. L’adaptation continue de nos voies d’accès permettront de faciliter l’intégration et la poursuite des carrières au sein de nos cabinets.

En quelques années, nous avons réussi à transformer notre image et notre légitimité avec de nouveaux métiers et spécificités, de nouvelles propositions pour la profession et pour les jeunes. Nous nous sommes maintenant adaptés dans nos voies diplômantes.

Notre ambition est de poursuivre cette dynamique sur l’attractivité par des communications, des conférences et de rencontres pédagogiques.

JSS : Emmanuel Cordier, vous étiez à la tête du nouveau groupe de travail « Durabilité et critères ESG » au sein de la CRCC de Versailles et du Centre. L’attrait de la profession pour ces questions s’est-il renforcé ces dernières années ?

E. C. : L’intérêt de la profession pour ces sujets s'est considérablement accru. Cette évolution est en grande partie due à la prise de conscience croissante des enjeux environnementaux et sociétaux, ainsi qu'à l'introduction de réglementations plus strictes en matière de reporting extra-financier. Elle reflète aussi une volonté collective de contribuer activement à la transition vers une économie plus responsable et durable.

Les commissaires aux comptes, en tant qu’acteurs de confiance, jouent un rôle essentiel dans l’accompagnement des entreprises et l'intégration des pratiques durables et adaptées au sein des organisations. Leurs connaissances et leurs pratiques permettront de s’assurer de la transparence et de la conformité des rapports de durabilité. Cette évolution offre aux professionnels des opportunités pour diversifier leurs interventions et répondre aux attentes croissantes des parties prenantes en matière de responsabilité sociétale.

« Nous ne sommes pas le gendarme de l’ESG, mais un facilitateur et l’accompagnateur des entreprises » 

Emmanuel Cordier, président de la CRCC de Versailles et du Centre

J'ai constaté une mobilisation accrue de nos membres de la CRCC sur ces sujets. Nous avons mis en place des formations spécifiques pour renforcer les compétences des commissaires aux comptes sur ces questions. Nous organisons régulièrement des conférences et des ateliers pour sensibiliser les professionnels et les entreprises aux enjeux de la durabilité, comme en témoigne notre récente conférence sur les enjeux de la durabilité animée par Jérôme Rebiscoul, le nouveau président de la commission « Durabilité » de la compagnie.

Tous ces sujets sont attractifs pour les jeunes. Cela donne du sens de rentrer dans un métier où l’on travaille sur des critères extra financiers, qu’ils soient sociaux, salariaux ou environnementaux.

JSS : La directive CSRD est appliquée depuis le début de l’année en France. Comment la CRCC Versailles-Centre accompagne-t-elle les CAC à cette nouvelle responsabilité ?

E. C. : Cette directive positionne les commissaires aux comptes comme des acteurs clés dans la vérification et l’assurance de la qualité de ces informations. La CRCC joue un rôle central dans l'accompagnement de ses membres pour répondre à cette nouvelle responsabilité.

Nous sommes là pour sensibiliser et accompagner les entreprises dans le cadre de la mise en œuvre de leur stratégie ESG, pas pour rajouter des contraintes supplémentaires. Nous ne sommes pas le gendarme de l’ESG, mais un facilitateur et l’accompagnateur des entreprises.

La démarche de durabilité d’une entreprise est louable et vertueuse, mais elle devra être adaptée à la taille de l’entité par un besoin d’adaptation et de clarté des indicateurs ESG. Même si la démarche de l’entreprise n’est pas obligatoire par les textes, elle pourra la réaliser volontairement pour répondre également aux différentes demandes du marché. D’ores et déjà, les organismes bancaires flèchent les financements vers des « financements verts ». Les entreprises devront s’y adapter si elles veulent continuer à bénéficier de financement et dans des conditions intéressantes.

La compagnie nationale a mis en place un programme de formation ciblé pour permettre aux commissaires aux comptes de se préparer efficacement aux exigences de la CSRD. Ces formations doivent entre autres faciliter la compréhension des normes européennes ESRS sur la RSE et aider les commissaires aux comptes à sensibiliser leurs clients sur l’importance de la durabilité et sur les données à collecter. Près de 1 000 confrères ont déjà obtenu un visa durabilité et sont inscrits sur la liste 2 de la Haute Autorité de l’audit.

Des sessions sur les pratiques d’audit adaptées aux données extra-financières sont aussi proposées. Des cas concrets et des retours d’expérience seront partagés pour que les commissaires aux comptes appréhendent les spécificités sectorielles du reporting durable. Nous avons également publié des guides d’application de la directive. Ces documents synthétisent les obligations et fournissent des conseils opérationnels pour effectuer les vérifications.

Nous assumons évidemment notre rôle de représentant des intérêts de la profession en participant à des échanges avec les autorités, notamment avec la Haute Autorité de l’audit.

V. R. : Notre métier est celui qui crée la confiance, historiquement dans l’information financière et désormais dans l’information extra financière. Le cœur de métier du commissaire aux comptes est de permettre de donner confiance, grâce à la formation et à l’effort normatif, à l’ensemble des acteurs économiques et de permettre un fonctionnement du marché optimisé.

Propos recueillis par Alexis Duvauchelle

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