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CHRONIQUE. Hafiziou est grand, porte un costume à carreaux bleu marine et, en son for intérieur, toute l’affliction qu’un homme puisse endurer. Sa femme est assise bien droite sur le banc au premier rang de la 7e chambre correctionnelle du tribunal d’Évry, mercredi 13 novembre, et semble attendre sa rédemption.
Les mains
croisées dans le dos, Hafiziou semble prêt. La présidente fait un résumé des
faits, qui prennent place à Étampes le 21 mai 2023. Fatou*, femme du prévenu et
mère de leurs deux enfants, pense avoir découvert que son mari la trompe et, de
colère et par dépit, verrouille l’accès à leur domicile. Hafiziou rentre du
travail et trouve porte close. La colère a le temps de monter en lui tandis
qu’il force la porte du garage et parvient à entrer. Il fonce sur Fatou, qui
porte leur fille, et la frappe immédiatement. Il met une fessée à la petite
fille, que sa mère pose. Les coups font chuter cette dernière au sol. Son époux
la tire par les cheveux et l’emmène dans la chambre. Il s’arrête et lui dit : « Tu
peux appeler la police, maintenant. »
Le policier
qui décroche entend, en fond, des cris et des insultes. Une patrouille de
quatre agents arrive. Au moment où ils lui passent les menottes, Hafiziou
demande à ne pas être entravé « devant les enfants », mais peine
perdue. Hafiziou résiste et se laisse tomber au sol, entraînant un policier,
qui se blesse légèrement au coude. Violences sur conjointe avec ITT inférieure
à 8 jours, violences sur mineure sans ITT et sur personne dépositaire de
l’autorité publique.
Placé en
garde à vue, le prévenu admet les faits, qu’il minimise légèrement. L’homme de
désormais 38 ans est placé sous contrôle judiciaire avec une interdiction de
contact et de se présenter au domicile - levée depuis le mois de février.
Depuis, Fatou
lui a pardonné, il a réintégré ses pénates, et le couple affronte le tribunal
ensemble aujourd’hui. D’une voix très douce, le prévenu s’exprime : « Je
m’excuse, par rapport aux policiers. Je ne refusais pas qu’on me menotte, je demandais
que ça se fasse dehors. » Avant de préciser : « Je revenais
d’un voyage d’affaires, la porte était fermée. Apparemment, on lui [à Fatou,
ndlr] a transmis un message disant que j’étais en contact avec une ex-copine,
ce qui était infondé ». Sur ce point-là, le malentendu a vite été
levé.
« Papa a
tapé maman »
La dispute éclate
dans un couloir, entre les chambres, à l’étage de la maison.
« Vous la frappez alors qu’elle a un enfant dans les bras. Quels coups avez-vous portés ?
-
Des
coups de main.
-
Est-ce
que vous avez donné une fessée à la petite ? Accidentellement, vous dites ?
On ne donne pas de fessée accidentellement. Vous avez indiqué ne pas vouloir
être menotté devant vos enfants, par contre, frapper leur mère devant eux ne
vous dérange pas… C’est paradoxal, non ?
-
C’est
ça.
-
Vous
avez mis des coups de ceinture ? Votre fils, né en 2016, dit : ‘papa a tapé
maman, il a mis des coups de pieds dans les côtes et a enlevé la ceinture qu’il
avait sur son pantalon.’
-
Ça doit
être vrai alors, je le regrette. »
Le prévenu,
qu’on ne voit que de dos mais qu’on imagine les yeux mouillés et le regard
perdu dans l’horizon (qui s’arrête dans le mur à quatre mètres devant lui),
entame alors un acte de contrition bien préparé. Il raconte à quel point les
neuf mois sans contacts l’ont bouleversé, qu’il était aliéné par son travail et
qu’il a aujourd’hui tout remis en question. La famille, « c’est le plus
important ». C’est ce que semblait attendre Fatou, qui se lève à la
demande de la présidente. D’abord, elle confirme le déroulé des faits. Puis
raconte : « Aujourd’hui, il nous a demandé pardon, à moi et aux
enfants. Aujourd’hui, il est présent, il amène les enfants à leurs activités.
Je pense qu’il a très bien compris qu’il ne devait plus recommencer.
-
L’avenir,
vous l’envisagez comment ?
-
Avec
lui. C’est le père de mes enfants et mon mari, on a beaucoup travaillé pour
acheter cette maison. Je souhaiterais juste lui poser la question devant vous.
Est-ce que tu es prêt aujourd’hui à être avec nous et à continuer à te battre
pour les enfants ? »
Elle prend
une voix pleine de conviction. Le père de famille tourne la tête et la regarde
longuement dans les yeux. Ils s’observent intensément. Il dit : « Bien
sûr que oui. J’étais beaucoup trop concentré sur le travail. Et, se tournant
vers le tribunal : Ces formations sur les violences conjugales (stage
obligatoire dans le cadre de son contrôle judiciaire, ndlr), ça m’a
ouvert les yeux. »
« Monsieur,
vous donnez des coups de ceinture et vous ne vous en souvenez pas ? »
Bref instant
pendant lequel un baiser torride de retrouvailles, en plein prétoire, devient
une option plausible. La procureure se lève et casse l’ambiance : « Monsieur,
vous donnez des coups de ceinture, un acte particulièrement grave, et vous ne
vous en souvenez pas ? » Mais apparemment, Hafiziou est déjà passé à
autre chose.
À lire aussi : CHRONIQUE. (94) Tribunal de Créteil : « On a eu une
relation un peu compliquée, c’est vrai »
Le
réquisitoire de la procureure est assez bref : les faits sont reconnus, uniques
mais graves. Elle demande 10 mois de prison avec sursis probatoire. La défense
se dit perplexe : « On ne comprend pas ce qui se passe dans la tête de
monsieur. Comment on arrive à ce passage à l’acte ? Je pense vraiment qu’il y a
un travail à faire à ce niveau-là », dit-elle, validant le sursis
probatoire et encourageant le prévenu à poursuivre la thérapie engagée. Le
tribunal, lui non plus, n’a pas mis longtemps à valider les réquisitions de la
procureure, et à condamner Hafiziou à 10 mois de prison avec assortis d’un
sursis probatoire d’une durée de deux ans.
Julien Mucchielli
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