Tribunal d’Évry : « Je vais vous tuer, je vais vous faire regretter d’être nées »


vendredi 17 janvier 2025 à 08:314 min

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CHRONIQUE. Jugé pour des violences et des dénonciations mensongères, Majid, 53 ans, est un prévenu difficile. Agité, incohérent, très difficile à interroger, c’est un homme en souffrance que la justice, ce mercredi 20 novembre, semble bien en peine d’appréhender.

Le 26 septembre 2024, les policiers du commissariat de Corbeil-Essonnes ont vu arriver un homme dans tous ses états. Majid, 53 ans, aurait été agressé au couteau par sa femme et sa fille. Il a été pris en charge par les pompiers, tandis que les policiers se rendaient au domicile familial pour interpeller les deux femmes.

La fille adolescente a expliqué aux policiers que son père lui a demandé d’imprimer une attestation CAF, ce qu’elle n’a pas pu faire. Il est alors entré dans sa chambre en hurlant qu’elle « ne servait à rien » et a menacé de la frapper avec un ordinateur, dit-elle. Le père de famille a appelé la police, qui lui a répondu qu’elle ne se déplacerait pas. Il a raccroché, est parti dans une autre chambre en criant « je vais vous tuer, je vais vous faire regretter d’être nées », puis les a menacées de les traîner devant les tribunaux. Le prévenu s’est rendu dans la cuisine, a saisi un couteau et s’est coupé, avant d’aller se nettoyer à la salle de bain.

Appelé à témoigner, le fils de la famille affirme que son père s’en prend régulièrement à sa mère pour des histoires de papiers. Il a déjà dû les séparer. Une fois, il a retenu Majid qui voulait se jeter par la fenêtre. Son père, dit-il, « perd le contrôle quand il ne prend pas ses médicaments. » Majid souffre d’une hyper nervosité.

« Vous avez essayé de sauter par la fenêtre ? »

Majid a été placé en garde à vue et a maintenu ses premières déclarations. Ce 20 novembre, il comparaît donc devant le tribunal correctionnel de Pontoise, détenu dans le box, pour violences sans ITT contre sa fille et dénonciation mensongère. Il nie toujours sans relâche, en parlant si vite que personne ne comprend ce qu’il veut dire, pas même son avocate qui colle sa tête dans l’interstice du box.

Le coup d’ordinateur ? « Je lui ai juste retiré des mains, et pas d’un geste brusque, doucement. » Le couteau ? « J’ai cru que c’était un couteau, mais en fait c’étaient des vis qui dépassaient d’un bureau qui m’ont planté », arrive à déchiffrer la présidente. Elle le relance : « Mais ça s’est passé comment ? » Le prévenu a une phrase incompréhensible, la présidente passe outre et poursuit :

   « Votre fils dit qu’il doit vous séparer physiquement, qu’en dites-vous ?

-    C’est elle (sa femme, ndlr) qui crée des problèmes, à chaque fois, parfois elle ne me donne pas mon traitement.

-    Vous avez essayé de sauter par la fenêtre ?

-    Ça, c’est faux. On n’arrête pas de me dire ‘tu es fou, tu es fou’, j’ai un traitement pour l’épilepsie et pour le reste. »

« Pourquoi avoir menti ? »

La procureure demande : « Monsieur, pourquoi avoir menti ?

-    Je n’ai pas menti, madame.

-    Vous avez dit que vous avez menti, non ?

-    J’ai cru qu’elle m’avait mis un coup de couteau, mais je m’étais trompé.

-    Comment vous imaginez votre avenir avec votre femme ?

De nouveau, le prévenu a des propos inaudibles.

« Moins vite, monsieur. Vous voulez retourner à la maison avec femme et enfants ?

-    Voilà.

-    Vous avez besoin d’aide, c’est ça ? »

Le 16 juin 2021, Majid a été condamné à 4 mois de prison avec sursis probatoire pour des violences sous la menace d’une arme. Il est interrogé à ce sujet : « Pouvez-vous nous en parler ? Comment s’est passé le sursis probatoire ? »

Majid nie avoir commis les violences, puis dit avoir rencontré un psychologue « pour le stress et pour m’enlever les crises. »

Quelle que soit son affection, Majid souffre, c’est manifeste, et fait souffrir son entourage. L’avocate de l’épouse de Majid précise que sa cliente « demande le divorce, l’audience est fixée au 2 février 2025. » Elle demande au prévenu : « Qu’est-ce que vous en pensez ?

-    Moi aussi, je demande le divorce.

-    (Présidente) Vous étiez au courant que Madame demande le divorce ?

-    Non.

-    Ça doit être un peu dur Monsieur, de l’apprendre maintenant.

-    Non c’est faux, je ne demande pas de divorce.

-    (Son avocate lui explique) Ah, c’est elle qui demande le divorce ? Alors moi aussi, je demande le divorce. »

Majid semble complètement perdu.

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« Si on ne veut pas l’aider, il faut le placer sous tutelle »

Et sa femme est terrorisée, dit son avocate en substance. « Elle m’a dit que s’il est libre, il va certainement rentrer à la maison et commettre quelque chose ». L’épouse voudrait une interdiction de contact et de paraître au domicile.

La procureure est édifiée : « C’est quand même assez effrayant qu’on puisse dénoncer sa femme comme ayant porté des coups de couteau, de mentir ainsi ! » Elle constate une « ambiance délétère » au sein du foyer et estime que les témoignages ne vont pas dans le sens du prévenu. Elle dit qu’à deux témoignages contre un, c’est lui qui perd. Elle demande 8 mois de prison dont 4 assortis d’un sursis probatoire, et voudrait que la peine ferme soit aménagée en semi-liberté.

L’avocate de Majid demande : « Puisque lui les a accablées, il faut l’accabler en retour ? » Elle s’insurge : « Pourquoi il crie à la maison ? Parce qu’on ne l’aide pas, après 23 ans de mariage ? Si on ne veut pas l’aider, il faut le placer sous tutelle. » Elle demande la relaxe pour les violences.

Le tribunal décide de relaxer Majid pour les violences mais de le condamner à deux mois de prison avec maintien en détention pour le surplus. Incarcéré depuis près de deux mois, il sortira dans quelques jours.

Julien Mucchielli

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