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CHRONIQUE. Jugé pour des violences et des dénonciations mensongères, Majid, 53 ans, est un prévenu difficile. Agité, incohérent, très difficile à interroger, c’est un homme en souffrance que la justice, ce mercredi 20 novembre, semble bien en peine d’appréhender.
Le 26
septembre 2024, les policiers du commissariat de Corbeil-Essonnes ont vu
arriver un homme dans tous ses états. Majid, 53 ans, aurait été agressé au couteau
par sa femme et sa fille. Il a été pris en charge par les pompiers, tandis que
les policiers se rendaient au domicile familial pour interpeller les deux
femmes.
La fille
adolescente a expliqué aux policiers que son père lui a demandé d’imprimer une
attestation CAF, ce qu’elle n’a pas pu faire. Il est alors entré dans sa
chambre en hurlant qu’elle « ne servait à rien » et a menacé
de la frapper avec un ordinateur, dit-elle. Le père de famille a appelé la
police, qui lui a répondu qu’elle ne se déplacerait pas. Il a raccroché, est
parti dans une autre chambre en criant « je vais vous tuer, je vais
vous faire regretter d’être nées », puis les a menacées de les traîner
devant les tribunaux. Le prévenu s’est rendu dans la cuisine, a saisi un
couteau et s’est coupé, avant d’aller se nettoyer à la salle de bain.
Appelé à
témoigner, le fils de la famille affirme que son père s’en prend régulièrement
à sa mère pour des histoires de papiers. Il a déjà dû les séparer. Une fois, il
a retenu Majid qui voulait se jeter par la fenêtre. Son père, dit-il, « perd
le contrôle quand il ne prend pas ses médicaments. » Majid souffre
d’une hyper nervosité.
« Vous
avez essayé de sauter par la fenêtre ? »
Majid a été
placé en garde à vue et a maintenu ses premières déclarations. Ce 20 novembre,
il comparaît donc devant le tribunal correctionnel de Pontoise, détenu dans le
box, pour violences sans ITT contre sa fille et dénonciation mensongère. Il nie
toujours sans relâche, en parlant si vite que personne ne comprend ce qu’il
veut dire, pas même son avocate qui colle sa tête dans l’interstice du box.
Le coup
d’ordinateur ? « Je lui ai juste retiré des mains, et pas d’un geste
brusque, doucement. » Le couteau ? « J’ai cru que c’était un
couteau, mais en fait c’étaient des vis qui dépassaient d’un bureau qui m’ont
planté », arrive à déchiffrer la présidente. Elle le relance : « Mais
ça s’est passé comment ? » Le prévenu a une phrase incompréhensible, la
présidente passe outre et poursuit :
« Votre
fils dit qu’il doit vous séparer physiquement, qu’en dites-vous ?
- C’est elle (sa femme, ndlr) qui crée des problèmes, à chaque fois, parfois elle
ne me donne pas mon traitement.
-
Vous
avez essayé de sauter par la fenêtre ?
-
Ça,
c’est faux. On n’arrête pas de me dire ‘tu es fou, tu es fou’, j’ai un
traitement pour l’épilepsie et pour le reste. »
« Pourquoi
avoir menti ? »
La procureure
demande : « Monsieur, pourquoi avoir menti ?
-
Je n’ai
pas menti, madame.
-
Vous
avez dit que vous avez menti, non ?
-
J’ai cru
qu’elle m’avait mis un coup de couteau, mais je m’étais trompé.
-
Comment
vous imaginez votre avenir avec votre femme ?
De nouveau, le prévenu a des propos inaudibles.
« Moins vite, monsieur. Vous voulez retourner à la maison avec
femme et enfants ?
-
Voilà.
-
Vous
avez besoin d’aide, c’est ça ? »
Le 16 juin
2021, Majid a été condamné à 4 mois de prison avec sursis probatoire pour des
violences sous la menace d’une arme. Il est interrogé à ce sujet : « Pouvez-vous
nous en parler ? Comment s’est passé le sursis probatoire ? »
Majid nie
avoir commis les violences, puis dit avoir rencontré un psychologue « pour
le stress et pour m’enlever les crises. »
Quelle que
soit son affection, Majid souffre, c’est manifeste, et fait souffrir son
entourage. L’avocate de l’épouse de Majid précise que sa cliente « demande
le divorce, l’audience est fixée au 2 février 2025. » Elle demande au
prévenu : « Qu’est-ce que vous en pensez ?
-
Moi
aussi, je demande le divorce.
- (Présidente) Vous étiez au courant que Madame demande le divorce ?
-
Non.
-
Ça doit
être un peu dur Monsieur, de l’apprendre maintenant.
-
Non
c’est faux, je ne demande pas de divorce.
- (Son avocate lui explique) Ah, c’est elle
qui demande le divorce ? Alors moi aussi, je demande le divorce. »
Majid semble
complètement perdu.
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« Si on
ne veut pas l’aider, il faut le placer sous tutelle »
Et sa femme
est terrorisée, dit son avocate en substance. « Elle m’a dit que s’il est
libre, il va certainement rentrer à la maison et commettre quelque chose ».
L’épouse voudrait une interdiction de contact et de paraître au domicile.
La procureure
est édifiée : « C’est quand même assez effrayant qu’on puisse dénoncer
sa femme comme ayant porté des coups de couteau, de mentir ainsi ! »
Elle constate une « ambiance délétère » au sein du foyer
et estime que les témoignages ne vont pas dans le sens du prévenu. Elle dit
qu’à deux témoignages contre un, c’est lui qui perd. Elle demande 8 mois de
prison dont 4 assortis d’un sursis probatoire, et voudrait que la peine ferme
soit aménagée en semi-liberté.
L’avocate de
Majid demande : « Puisque lui les a accablées, il faut l’accabler en
retour ? » Elle s’insurge : « Pourquoi il crie à la maison ?
Parce qu’on ne l’aide pas, après 23 ans de mariage ? Si on ne veut pas l’aider,
il faut le placer sous tutelle. » Elle demande la relaxe pour les
violences.
Le tribunal
décide de relaxer Majid pour les violences mais de le condamner à deux mois de
prison avec maintien en détention pour le surplus. Incarcéré depuis près de
deux mois, il sortira dans quelques jours.
Julien Mucchielli
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