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CHRONIQUE. Mathilde, 27 ans, est accusée de violences sur sa fille de 8 ans, placée de sa naissance à ses 7 ans. Morsure, arrachage de cheveux, coups et humiliations : la prévenue nie tout et dresse un tableau très noir de sa fille. Au terme du procès, le procureur a demandé la condamnation de Mathilde, mais de manière surprenante le tribunal a décidé de demander un supplément d’information et de rejuger l’affaire le 11 mars 2026.
Une femme
porteuse d’un haut chignon noir complexe s’extirpe de son banc où, escortée de
deux copines, elle patientait depuis plusieurs heures. Elle avance à pas
traînant vers la barre de la 7e chambre correctionnelle du tribunal
d’Évry, qui s’apprête à la juger pour avoir commis une série de violences
physiques au préjudice d’Alice*, sa fille de 8 ans. Absente à l’audience et
représentée par une avocate, la petite fille est placée en famille d’accueil
depuis le début de la procédure.
Pour elle,
c’est une sorte de retour à la normale. Mathilde n’avait que 17 ans quand Alice
est née. Elle ne l’a gardée que 14 mois avant qu’un signalement aux services
sociaux n’entraîne son placement. La fillette a vécu dans une famille d’accueil
de 2017 à 2023, avant que le juge n’ordonne son retour chez sa mère qui, depuis
le temps, avait eu deux autres enfants avec un autre homme avec qui elle vivait
depuis des années (le père d’Alice s’était volatilisé avant sa naissance). Elle
semblait désormais avoir une situation stable et la maturité nécessaire pour
s’occuper de sa fille aînée.
Cela n’a duré
que huit mois, aux termes desquels, au printemps 2024, une information
préoccupante est transmise par le personnel éducatif. L’autrice de ce
signalement avait constaté des marques sur le cuir chevelu de la fillette,
ainsi que sur ses pieds. Alice lui en a expliqué l’origine, puis a formulé à
l’encontre de sa mère une série d’accusations de violences : tirage de cheveux,
écrasement de pieds, morsure, punitions répétées et humiliantes (interdictions
d’aller aux toilettes), coups de bâtons, gifles.
Ces
accusations sont suffisamment précises et circonstanciées pour déclencher
l’ouverture d’une enquête pénale. Devant les policiers, la petite fille d’à
peine 8 ans à l’époque renouvelle ses déclarations dans des termes identiques.
Elle dit aussi très clairement qu’elle ne veut pas vivre chez sa mère.
« Je
ne t’aime pas, tu n’es pas ma mère »
Mathilde, 27
ans à la barre, paraît très sûre d’elle quand elle lance en déclaration
liminaire : « Alice voulait retourner dans sa famille d’accueil, elle a
donc commencé à être violente avec nous. Avec ses frères et sœurs aussi. »
La présidente lui explique que cela n’explique pas les blessures constatées (trois
jours d’ITT). Elle lui lit les descriptions faites par le médecin, dans le
détail.
Mathilde
s’impatiente et quand la présidente finit sa question, elle répond : « Je
peux parler ? Alors déjà, pour le pipi, Alice elle a pris des vêtements dans le
linge sale. Exprès. C’est aussi une enfant qui demande tout le temps à aller
aux toilettes. Quand elle avait 7 ans, elle a fait pipi devant moi,
volontairement, sur elle. Elle fait ça souvent. La morsure ? Je ne l’ai pas
mordue. En maternelle déjà, elle m’avait accusée de l’avoir mordue (Alice était
placée en famille d’accueil à cette époque, ndlr). Elle dit aussi que je lui
ai fait ravaler son vomi ? Non. Juste : non. Alors je l’ai mise au coin, c’est
vrai, c’est une erreur de ma part. Oui, je lui ai déjà mis une tapette sur la
main. Deuxième erreur. Et puis aussi, je reconnais l’avoir mise un peu de côté,
c’est une violence psychologique. Ce n’était pas facile de l’intégrer dans la
famille après toutes ces années. Alice n’était pas heureuse chez nous. Elle m’a
dit : ‘je te ferai des problèmes pour revenir dans ma famille d’accueil. Je ne
t’aime pas, tu n’es pas ma mère.’
-
Vous ne
pensez pas qu’elle est un peu petite pour monter un tel complot ? Pour élaborer
un coup monté ?
- C’est une petite, je le reconnais, c’est bien
pour ça que je ne lui en veux pas. »
La présidente relit les déclarations de la petite fille.
« La mordre non, je ne le reconnaîtrai jamais. Je ne lui ai jamais
écrasé le pied avec la chaise, une chaussure ou n’importe quoi.
- Les cheveux manquants ? La présidente agite une photo qu’elle tient
dans sa main.
-
Alice,
c’est une enfant qui a toujours tiré ses cheveux, arraché ses cheveux elle-même.
Dans sa famille d’accueil déjà, on me l’avait dit. J’ai demandé à ce qu’elle
soit suivie, mais malheureusement elle n’a jamais été suivie. Non, je ne lui ai
jamais fait ravaler son vomi, ce serait inadmissible.
-
Aux
policiers, elle a déclaré : ‘Ma maman m’a dit qu’elle me tuerait avant que je
la tue.’
-
(Mathilde
élude) Sur les cheveux, je l’ai souvent coiffée (elle est diplômée d’un
CAP coiffure, ndlr) et j’ai pu lui faire mal sans faire exprès, et je
reconnais les violences psychologiques car en effet, je l’ai mise un peu de
côté. »
« C’est
en qualité de souffre-douleur que cette petite fille va subir cette période
»
La mère
ajoute des anecdotes terrifiantes à son récit. « Elle sortait des
couteaux du tiroir la nuit, je cite ‘pour te tuer maman’ ou ‘pour tuer mes
frères et sœurs’. » Elle aurait aussi tenté de tuer son petit frère,
en l’étouffant. « Vers 3h du matin, j’entends un bruit. Je vais dans la
chambre, je vois Alice la tête dans le lit parapluie, je la vois attraper le
petit par la gorge. Il en fait encore des cauchemars. La petite aussi, elle la
poussait dans l’escalier.
-
Combien
de temps avec vous vécu ensemble ?
- 8 mois. »
Alors que
l’avocate de l’administrateur ad hoc, qui représente les intérêts d’Alice,
lui demande si elle avait remarqué les traces sur le corps de sa fille (« non »),
l’avocat de la prévenue évoque le phénomène des « enfants mordeurs ».
Alice, dit-il, avait l’habitude de voler les goûters de ses camarades et, en
représailles, subissait des coups, des tirages de cheveux, et des morsures,
ceci expliquant cela. Ces déclarations ne reposent sur aucun élément au
dossier.
En
plaidoirie, l’avocate en partie civile parle du séjour d’Alice chez sa mère
comme d’une « parenthèse désenchantée », un « moment
d’extrême douleur psychologique et physique pour cette petite fille de 7 ans,
qui cherchait l’amour de sa mère ». « Peut-être qu’elle a fait
exprès de faire pipi dans son lit, mais elle souffrait du manque d’attention.
C’est en qualité de souffre-douleur que cette petite fille va subir cette
période. »
« Ce
que dit la prévenue n’a pas le moindre sens »
Le procureur
a une opinion tranchée : « Je suis parquetier spécialisé mineurs, ce
que dit la prévenue n’a pas le moindre sens. » Il pense que le
comportement d’Alice tel que décrit par sa mère pourrait convenir, à la
rigueur, à une adolescente en rébellion qui adopterait une attitude violente,
mais que ce n’est pas crédible s’agissant d’une petite fille de 7 ou 8 ans.
Il rappelle
les déclarations constantes, précises et réitérées, ainsi que les constations,
irréfutables : Alice a des cheveux arrachés, des marques de violence sur les
pieds et est imprégnée d’urine. « Dans le cadre d’une relation
difficile, Madame a eu une réaction inadaptée. La persistance de Madame à ne
pas reconnaitre les faits, à se victimiser, m’interroge sur l’avenir. »
Il requiert 18 mois avec sursis et une interdiction de contact pendant deux
ans.
L’avocat de
la défense évoque un « dossier incroyablement complexe qu’on doit
aborder avec une extrême humilité », et annonce qu’il va revenir sur
plusieurs points « qui vous démontreront que le doute est bien présent
dans ce dossier ». Il met en garde contre la « sacralisation »
de la parole de l’enfant, et continue à plaider dans cette veine pendant un
long moment, avant de demander la relaxe de sa cliente.
Ni relaxe, ni
condamnation : le tribunal prend la décision de demander un supplément
d’information que personne n’avait réclamé. L’affaire sera rejugée le 11 mars
2026.
Julien Mucchielli
Le prénom a
été changé*
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