Tribunal d’Évry : « Vous refaites l’histoire parce que vous avez un petit peu honte »


lundi 7 avril 2025 à 08:364 min

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CHRONIQUE. Ce mercredi, la 7e chambre correctionnelle d’Évry jugeait un homme, notamment pour agression sexuelle sur son ex-compagne. L’audience a été moins désagréable pour lui que pour la plaignante, malmenée à la barre.

La liste des délits pesant sur Rajah est accablante : agression sexuelle sur conjointe, diffusion d’une vidéo intime sans autorisation, appels téléphoniques malveillants. Le jeune homme de 26 ans écoute sagement. Sur un banc de la 7e chambre correctionnelle du tribunal d’Évry, une jeune fille emmitouflée dans un épais manteau est en retrait.

Rajah et Chahira se sont rencontrées en octobre 2020 sur le site de rencontre Badoo. Elle a 18 ans et c’est son premier copain. Elle est impressionnée et très amoureuse de ce garçon qui a l’air plein d’une assurance qui lui fait défaut. Elle s’entiche de lui avec excès et naïveté.

Le jeune homme de 22 ans n’a jamais eu de relation sexuelle, et cette jeunette énamourée est pour lui une aubaine. A l’audience, la présidente lui demande d’expliquer « comment ça s’est passé ».

« Comme une relation normale.

-    Dans ce domaine, la normalité ne veut rien dire.

-    On a fait connaissance, ça se passait bien. Un jour j’ai pris son téléphone et j’ai vu qu’il y avait encore l’application Badoo, alors que moi je l’avais supprimée. J’ai vu qu’elle parlait avec beaucoup de mecs, ça m’a énervé. Elle m’a supplié de ne pas la laisser. Alors on est allés à l’hôtel et ça s’est passé.

-    Elle était d’accord ?

-    Oui, puisqu’elle m’a suivi.

-    Vous pouvez parler des vidéos ?

-    Oui, elle était d’accord, c’était pour nous. »

« J’étais sous l’emprise de la naïveté »

A son tour, Chahira est appelée à donner sa version. Avec une voix tremblante, elle rapporte les insultes qu’il lui adressait et le contrôle qu’il exerçait sur elle. En ce qui concerne les vidéos intimes, elle n’est pas du tout d’accord. « J’ai fait une vidéo, il me l’a montrée. Je lui ai dit de l’effacer. Il a refusé en prétendant que c’était pour lui. Je n’ai pas su qu’il avait pris les autres vidéos.

-    Et sur les relations ?

-    J’avais un peu peur, j’étais sous l’emprise de la naïveté, je lui faisais confiance.

-    Donc vous n’étiez pas contrainte ?

-    J’avais peur de le faire, mais avec des mots doux il m’a convaincue. Quand on est arrivés sur le moment, je lui ai dit non, non ça me fait trop peur mais il m’a manipulée.

-    Parce qu’on va s’épargner le visionnage des vidéos, mais il apparait que vous ne paraissez pas sous la contrainte.

-    En fait il me disait ‘fais-ci, fais ça et moi j’obéissais, pas que j’avais peur de lui, mais je faisais tout ce qu’il voulait.

-    Et de quelle manière monsieur aurait pu se rendre compte que vous n’étiez pas d’accord ? »

Au commissariat, les enquêteurs avaient visionné les vidéos et les avaient montrées à la victime. Ils lui avaient dit qu’elle ne paraissait pas contrainte, ce qu’elle avait admis. Elle avait tout de même maintenu qu’elle ne voulait pas.

« Vous étiez contente ! »

Aujourd’hui, le tribunal aussi semble sceptique quant à l’existence d’une contrainte qui pourrait caractériser le délit d’agression sexuelle. L’assesseuse (une magistrate à titre temporaire qui siège tous les mercredis dans cette formation, ndlr), ne fait aucun mystère de son interprétation des faits : « Aujourd’hui, on a l’impression que vous refaites l’histoire parce que vous avez un petit peu honte. Vous parlez de contrainte et d’agression, comme si vous vouliez gommer votre histoire ?

-    Sur le moment je ne l’avais pas senti comme une manipulation.

-    C’est ça, vous étiez contente !

-    J’étais naïve.

-    Et vous réécrivez l’histoire après parce que vous ne l’aimez plus. C’est pas de la manipulation, c’est juste des gens amoureux qui couchent ensemble. »

La jeune femme ne sait pas quoi répondre à cette juge qui semble si sûre de ce qu’elle, Chahira, a vécu quatre ans auparavant. Son avocate parle à sa place. Elle explique que pendant les rapports, il la maintenait quand elle essayait de « se débattre », de bouger, de s’extirper de son étreinte. Chahira n’arrive pas à expliquer en quoi ce qu’elle a subi pourrait être caractérisé d’agression sexuelle, elle essaie de transmettre le mal-être que provoquait ces rencontres, ces rapports sexuels et cette relation.

« Cela ne signifie pas que je remets en cause la parole de madame »

La mère de Chahira a constaté « un problème » fin novembre 2020. Sa fille était très nerveuse et commençait à sécher les cours. A la fin de l’année, elle a commencé à faire des malaises. D’après la plainte enregistrée le 3 avril 2021 et son complément du 26 avril, Rajah la harcelait au téléphone et menaçait de se suicider. A la mère de Chahira, il aurait envoyé 70 messages pour lui dire qu’ils avaient des rapports sexuels - les parents de la jeune fille sont très pieux. Elle ne l’a pas cru, elle lui a demandé des preuves. Il a envoyé les vidéos.

« Vous trouvez ça normal ?

-    Non, mais c’est elle qui a demandé.

-    Mais ça ne vous gêne pas ? »

En tout cas, il sait désormais que c’est illégal.

Un psychiatre a évalué le retentissement psychologique à 5/7 et a délivré une ITT psy de 15 jours. Pour la procureure, la diffusion de la vidéo et les appels malveillants ne font aucun doute, mais pas l’agression sexuelle, pour laquelle elle demande la relaxe au bénéfice du doute. « On ne peut pas rapporter la preuve que monsieur avait connaissance de l’absence de consentement ; cela ne signifie pas que je remets en cause la parole de Madame », souligne-t-elle. Elle demande six mois de prison avec sursis et une interdiction de contact pendant deux ans.

Le tribunal suit la procureure : relaxe pour l’agression sexuelle, condamnation pour le surplus. La peine est ramenée à 500 euros d’amende et une interdiction de contact est prononcée.

Julien Mucchielli

 

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