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CHRONIQUE. Ce mercredi, la 7e chambre correctionnelle d’Évry jugeait un homme, notamment pour agression sexuelle sur son ex-compagne. L’audience a été moins désagréable pour lui que pour la plaignante, malmenée à la barre.
La liste des
délits pesant sur Rajah est accablante : agression sexuelle sur conjointe,
diffusion d’une vidéo intime sans autorisation, appels téléphoniques
malveillants. Le jeune homme de 26 ans écoute sagement. Sur un banc de la 7e
chambre correctionnelle du tribunal d’Évry, une jeune fille emmitouflée dans un
épais manteau est en retrait.
Rajah et
Chahira se sont rencontrées en octobre 2020 sur le site de rencontre Badoo.
Elle a 18 ans et c’est son premier copain. Elle est impressionnée et très
amoureuse de ce garçon qui a l’air plein d’une assurance qui lui fait défaut.
Elle s’entiche de lui avec excès et naïveté.
Le jeune
homme de 22 ans n’a jamais eu de relation sexuelle, et cette jeunette énamourée
est pour lui une aubaine. A l’audience, la présidente lui demande d’expliquer
« comment ça s’est passé ».
« Comme une relation normale.
-
Dans ce
domaine, la normalité ne veut rien dire.
-
On a
fait connaissance, ça se passait bien. Un jour j’ai pris son téléphone et j’ai
vu qu’il y avait encore l’application Badoo, alors que moi je l’avais
supprimée. J’ai vu qu’elle parlait avec beaucoup de mecs, ça m’a énervé. Elle
m’a supplié de ne pas la laisser. Alors on est allés à l’hôtel et ça s’est
passé.
-
Elle
était d’accord ?
-
Oui,
puisqu’elle m’a suivi.
-
Vous
pouvez parler des vidéos ?
- Oui, elle était d’accord, c’était pour nous. »
« J’étais
sous l’emprise de la naïveté »
A son tour,
Chahira est appelée à donner sa version. Avec une voix tremblante, elle
rapporte les insultes qu’il lui adressait et le contrôle qu’il exerçait sur
elle. En ce qui concerne les vidéos intimes, elle n’est pas du tout d’accord.
« J’ai fait une vidéo, il me l’a montrée. Je lui ai dit de l’effacer.
Il a refusé en prétendant que c’était pour lui. Je n’ai pas su qu’il avait pris
les autres vidéos.
-
Et sur
les relations ?
-
J’avais
un peu peur, j’étais sous l’emprise de la naïveté, je lui faisais confiance.
-
Donc
vous n’étiez pas contrainte ?
-
J’avais
peur de le faire, mais avec des mots doux il m’a convaincue. Quand on est
arrivés sur le moment, je lui ai dit non, non ça me fait trop peur mais il m’a
manipulée.
-
Parce
qu’on va s’épargner le visionnage des vidéos, mais il apparait que vous ne
paraissez pas sous la contrainte.
-
En fait
il me disait ‘fais-ci, fais ça et moi j’obéissais, pas que j’avais peur de lui,
mais je faisais tout ce qu’il voulait.
- Et de quelle manière monsieur aurait pu se
rendre compte que vous n’étiez pas d’accord ? »
Au
commissariat, les enquêteurs avaient visionné les vidéos et les avaient
montrées à la victime. Ils lui avaient dit qu’elle ne paraissait pas
contrainte, ce qu’elle avait admis. Elle avait tout de même maintenu qu’elle ne
voulait pas.
« Vous
étiez contente ! »
Aujourd’hui,
le tribunal aussi semble sceptique quant à l’existence d’une contrainte qui
pourrait caractériser le délit d’agression sexuelle. L’assesseuse (une
magistrate à titre temporaire qui siège tous les mercredis dans cette
formation, ndlr), ne fait aucun mystère de son interprétation des faits :
« Aujourd’hui, on a l’impression que vous refaites l’histoire parce que
vous avez un petit peu honte. Vous parlez de contrainte et d’agression, comme
si vous vouliez gommer votre histoire ?
-
Sur le
moment je ne l’avais pas senti comme une manipulation.
-
C’est
ça, vous étiez contente !
-
J’étais
naïve.
- Et vous réécrivez l’histoire après parce que
vous ne l’aimez plus. C’est pas de la manipulation, c’est juste des gens
amoureux qui couchent ensemble. »
La jeune
femme ne sait pas quoi répondre à cette juge qui semble si sûre de ce qu’elle,
Chahira, a vécu quatre ans auparavant. Son avocate parle à sa place. Elle
explique que pendant les rapports, il la maintenait quand elle essayait de
« se débattre », de bouger, de s’extirper de son étreinte.
Chahira n’arrive pas à expliquer en quoi ce qu’elle a subi pourrait être
caractérisé d’agression sexuelle, elle essaie de transmettre le mal-être que
provoquait ces rencontres, ces rapports sexuels et cette relation.
« Cela
ne signifie pas que je remets en cause la parole de madame »
La mère de
Chahira a constaté « un problème » fin novembre 2020. Sa fille
était très nerveuse et commençait à sécher les cours. A la fin de l’année, elle
a commencé à faire des malaises. D’après la plainte enregistrée le 3 avril 2021
et son complément du 26 avril, Rajah la harcelait au téléphone et menaçait de
se suicider. A la mère de Chahira, il aurait envoyé 70 messages pour lui dire
qu’ils avaient des rapports sexuels - les parents de la jeune fille sont très
pieux. Elle ne l’a pas cru, elle lui a demandé des preuves. Il a envoyé les
vidéos.
« Vous
trouvez ça normal ?
-
Non,
mais c’est elle qui a demandé.
- Mais ça ne vous gêne pas ? »
En tout cas,
il sait désormais que c’est illégal.
Un psychiatre
a évalué le retentissement psychologique à 5/7 et a délivré une ITT psy de 15
jours. Pour la procureure, la diffusion de la vidéo et les appels malveillants
ne font aucun doute, mais pas l’agression sexuelle, pour laquelle elle demande
la relaxe au bénéfice du doute. « On ne peut pas rapporter la preuve
que monsieur avait connaissance de l’absence de consentement ; cela ne signifie
pas que je remets en cause la parole de Madame », souligne-t-elle.
Elle demande six mois de prison avec sursis et une interdiction de contact
pendant deux ans.
Le tribunal
suit la procureure : relaxe pour l’agression sexuelle, condamnation pour le
surplus. La peine est ramenée à 500 euros d’amende et une interdiction de
contact est prononcée.
Julien Mucchielli
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