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Les syndicats n’ont-ils plus le droit de cité à Aubervilliers ? Formée de plusieurs entités syndicales dont Solidaires, FO, la CGT ou encore la CFDT et la FSU/SNUIPP, la bourse du travail d’Aubervilliers a été assignée en juin en référé d’heure à heure devant le tribunal par la mairie qui souhaite expulser les organisations des locaux de l’avenue Victor Hugo. La décision sera rendue le 20 août prochain.
« Il s’agit d’une procédure d’urgence “plus, plus, plus” », explique Lionel Crusoé, l’un des avocats de Solidaires, l’Union départementale 93 (UD) et de l’UL, l’union locale d’Aubervilliers, dont le siège se trouve à la Bourse du travail. Il faut dire que la maire Karine Franclet (UDI) ne souhaite pas que le dossier traîne. La commune veut obtenir l'expulsion immédiate des organisations syndicales des locaux pour réaliser des travaux et transformer les locaux en une maison des associations.
Lors de l’audience qui s’est tenue le 28 juin au tribunal judiciaire de Bobigny, la ville d’Aubervilliers a justifié la mise en place imminente de ces travaux en pointant du doigt les problèmes d’infiltrations d’eau dans le bâtiment.
« Dans les faits, on constate un certain nombre de désordres, mais ce qu’on voit aussi, c’est qu’ils existent depuis longtemps, s’étonne Lionel Crusoé. Par ailleurs, cela ne peut justifier qu’on expulse purement et simplement des organisations syndicales d’un local. » L’avocat assure qu’il est « tout à fait possible » de concilier la réalisation de ces travaux avec l’occupation des locaux par les organisations syndicales, « quitte à leur demander de partir quelques jours [et] de leur laisser la possibilité de revenir ».
L’annonce de la fermeture de la bourse du travail par la maire lors du conseil municipal du 28 septembre dernier a suscité de vifs remous au sein de cette ville populaire de plus de 90 000 habitants. Le caractère inattendu de l’annonce « au détour d’un débat sur les travaux du Grand Paris », comme le reproche le comité de défense de la bourse du travail d’Aubervilliers, ainsi que la non-consultation des représentants syndicaux de la ville ne passent toujours pas.
« On a appris tout ça par
hasard car quelqu’un a visionné la vidéo du conseil municipal. Jamais la mairie
ne s’est rapprochée de nous pour dire quoi que ce soit », regrette Manuel
Guyader, habitant d’Aubervilliers et syndicaliste au sein de l’union locale
Solidaires.
Depuis octobre 2023, plusieurs manifestations, rassemblements de soutiens et soirées publiques ont été organisés pour dénoncer la fin de la convention de mise à disposition des locaux, qui a été confirmée le 9 novembre dernier par la municipalité après une rencontre avec les organisations syndicales.
« Comment imaginer un instant la disparition de la bourse du travail d’Aubervilliers ? Cela reviendrait à priver les salariés et les habitants d’Aubervilliers d’un outil entièrement consacré à la défense et à la promotion des droits », s’indigne une pétition mise en ligne par les organisations syndicales d’Aubervilliers qui a recueilli plus de 1200 signatures.
Si la collectivité a exprimé son intention de récupérer les locaux de la bourse du travail dans l’objectif de créer une maison des associations, « très peu d’informations précises ont été données sur la réalité de ce projet », déplore Lionel Crusoé. « C’est lancé à la volée », abonde Manuel Guyader, pour qui l’action de la municipalité revient à opposer les associations de la ville et les organisations syndicales.
En effet, la question de la location de salles fait partie d’un autre sujet de discorde juridique entre la mairie de droite et les syndicalistes de la bourse du travail. En janvier dernier Didier Vallet, ancien directeur de cabinet de la maire, a précisé à Libération que les syndicats auront la possibilité de demander des créneaux d’occupation de salles.
Mais pour Manuel Guyader, cette alternative n’en est pas vraiment une : « La location de salles pour les assos de la ville est déjà un vrai problème, en raison d’une pénurie de mise à disposition de locaux qui est de la responsabilité de la mairie. Mais, des bâtiments vides à Aubervilliers, il y en a plein. Donc, des solutions toutes trouvées, on en a », lance le syndicaliste.
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En Seine-Saint-Denis, la fermeture des bourses du travail par expulsion ou suppression de leurs subventions ne date pas d’hier. « La plupart du temps, lorsqu’il y a un changement de majorité municipale, notamment lorsqu’on a de nouvelles majorités de droite ou de centre-droite, ces majorités s’attaquent aux bourses du travail, cherchent à les démanteler et à procéder à leurs expulsions », pointe Lionel Crusoé.
De leur côté, les organisations syndicales n’ont de cesse d’alerter sur « la politique antisociale et antisyndicale » de la mairie UDI, dans un contexte politique déjà crispé. « C’est extrêmement violent car l’extrême droite est en position de force. Or, nous avons besoin de contre-pouvoir, de syndicalisme aussi pour la combattre », s’exclame Manuel Guyader.
A l’heure actuelle, le bâtiment litigieux est toujours occupé par les syndicats. « On s’est maintenu dans les locaux car on considère qu’on y est de droit. On continue nos activités, nos permanences syndicales, renchérit encore cet employé contractuel dans la fonction publique. On ne veut absolument pas baisser les bras ou se laisser faire. On va continuer à se maintenir car nous avons besoin de ce lieu commun, c’est un lieu essentiel ». Contactée, la mairie n’a pas donné suite à nos sollicitations.
Yslande Bossé
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