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Vendredi 11 avril, le préfet de Seine-Saint-Denis a répondu aux accusations de plusieurs élus Insoumis. Julien Charles a notamment dénoncé que ces derniers reprenaient le terme « fichage » estimant que cette notion « infamante porte une atteinte grave à l’éthique professionnelle des agents de l’État. »
À peine nommé depuis moins
d’un an, le préfet de Seine-Saint-Denis Julien Charles est déjà au cœur d’une
polémique. Plusieurs députés de La France insoumise accusent la préfecture
d’être à l’origine d’un système de « fichage » ciblant des étrangers en
situation régulière.
Une accusation que
l’administration séquano-dionysienne a vivement rejetée vendredi 11 avril, dans
un communiqué publié sur X, dénonçant une « notion infamante » et évoquant
à la place des « fiches de procédure » destinées à « expliciter les
conditions de mise en œuvre de la loi ».
Un document diffusé dans les
commissariats au cœur de la polémique
À l’origine de la controverse,
une enquête publiée le 9 avril par le média Les Jours. Celle-ci révèle
l’existence d’un document émis par la préfecture de Seine-Saint-Denis et
adressé à la Direction territoriale de la sécurité de proximité (DTSP 93). Ce
texte, désormais diffusé dans les commissariats du département, demande aux
forces de l’ordre de renseigner de nombreuses informations sur les étrangers
interpellés, y compris lorsqu’ils sont en situation régulière.
Parmi les éléments exigés :
la date et le lieu de l’infraction, sa nature, les suites judiciaires,
d’éventuels antécédents, ainsi que « toute information utile pour
caractériser la menace pour l’ordre public que constitue la présence de
l’intéressé en France ». Toujours selon Les Jours, les empreintes
digitales, la copie du titre de séjour et les pièces d’identité étrangères
seraient ensuite transmises au bureau du séjour de Bobigny.
Objectif présumé de ce
dispositif : identifier les étrangers en situation régulière dont la
présence pourrait être considérée comme une menace à l’ordre public, afin de
fonder un refus, un non-renouvellement ou un retrait de titre de séjour.
La France insoumise monte au
créneau
Dans la foulée de la
publication de l’enquête, sept députés de La France insoumise, dont le président
de la commission des finances, Éric Coquerel, ont rapidement réagi. Au sein d’une
lettre adressée le jeudi 10 avril et transmise à l’AFP, tous ont réclamé
le retrait immédiat de ce qu’ils ont qualifié de « scandaleuse note de
service », estimant qu’elle s’apparentait à un « fichage » pur et dur.
Pour ces parlementaires,
l’objectif de ce document est clair : « Réduire drastiquement le nombre de
délivrances de titres de séjour. » Et d’interpeller le préfet de la
Seine-Saint-Denis : « Cette note, possiblement illégale et bafouant la
présomption d’innocence des personnes interpellées, a-t-elle été émise à votre
initiative ou répond-elle à des consignes du ministre de l’Intérieur, Bruno
Retailleau ? »
Le ministre a fait de la
politique migratoire un axe central de ses missions, se félicitant récemment
d’une baisse de 20 % des régularisations depuis la diffusion d’une circulaire, datée du 23 janvier, durcissant les
conditions de l’admission exceptionnelle au séjour (AES).
Dans sa réponse, Julien
Charles, préfet de la Seine-Saint-Denis, a assuré ne pas être à l’origine d’une
telle directive. Successeur de Jacques Witkowski, aujourd’hui préfet de la
région Grand Est, il a souligné qu’aucune note n’avait été rédigée de sa main. Avant
toutefois de rappeler que la loi permet aux préfets de refuser ou de retirer un
titre de séjour à un étranger en situation régulière « s’il s’est rendu
responsable de troubles graves à l’ordre public ».
Un procédé jugé « indigne de
l’État de droit »
La réponse du préfet n’a visiblement
pas convaincu les élus insoumis, qui ont poursuivi leur offensive sur les
réseaux sociaux. Éric Coquerel a ainsi répliqué sur X, soulignant que « ce
sont bien des notes » et rappelant qu’une décision similaire avait déjà été
sanctionnée par la justice.
« Le Tribunal
administratif de Nantes a jugé que ces documents constituaient un fichier
illégal », a-t-il précisé, s’appuyant sur une ordonnance du juge des
référés qui reconnaît « un traitement de données personnelles », lequel
n’avait pas été autorisé par arrêté ministériel ni soumis à l’avis préalable de
la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), en violation
de la loi Informatique et Libertés du 6 janvier 1978, qui réglemente justement le
traitement des données personnelles. « En l’occurrence, je ne remets pas en
question les agents, mais les consignes qu’ils ont reçues », a-t-il enfin
nuancé.
Même son de cloche du côté de
Jérôme Legavre, député LFI de la 12? circonscription de Seine-Saint-Denis, qui
a sèchement commenté : « Le préfet de la Seine-Saint-Denis répond à côté. »
Thomas Portes, également membre du groupe insoumis à l’Assemblée, a quant à lui
dénoncé un procédé « indigne de l’État de droit. Indigne de la République ».
Romain Tardino
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