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Ce 27 janvier 2024, la juridiction du Val-de-Marne faisait sa rentrée avec des défis bien précis : l’essor de l’intelligence artificielle dans la justice consulaire, le développement de la conciliation et une activité toujours plus soutenue au sein du tribunal.
C’est dans la salle des
assises du palais de justice de Créteil, pleine à craquer pour l’occasion, que
le tribunal de commerce a fait le point sur son activité lors de son audience
solennelle de rentrée. Un rendez-vous marqué par un hommage appuyé à Christian
Fosse, vice-président du tribunal et fondateur de l’APESA 94, disparu en 2024 à
l’âge de 72 ans.
Avant d’entrer dans le vif du
sujet, le président du tribunal Philippe Jombart a d’abord procédé à
l’installation de dix nouveaux juges. Une promotion remarquée, non seulement
pour sa jeunesse, mais aussi pour la parité parfaite entre hommes et femmes,
une première. De quoi donner un nouveau visage à l’institution, alors que les défis
s’annoncent nombreux avec la progression du nombre d’entreprises dans le
département, portée par l’essor des très petites structures, et l’augmentation
des procédures collectives. Face à cette charge de travail croissante, Philippe
Jombart a d’ailleurs déjà prévenu : « L’année prochaine, je vais demander
deux sièges supplémentaires. »
2024 a été une année intense,
et les chiffres parlent d’eux-mêmes : une hausse de 46 % de l’activité avec 22
567 décisions rendues, contre 15 473 l’année précédente. Un rythme soutenu pour
ces juges bénévoles, qui pourront désormais compter sur une nouveauté : la
création d’une « chambre des sages », épaulée par quatre présidents de
chambres honoraires, pour mieux accompagner les décisions et faire face aux
enjeux à venir.
160 000 ouvertures
d’entreprises en 2024
Sur le front du contentieux,
l’activité du tribunal de commerce a connu une légère hausse, avec une
augmentation de 3 % du nombre d’affaires. Un chiffre qui s’accompagne d’un
délai de traitement moyen de sept mois, dont cinq consacrés à la mise en état, comme
l’a précisé celui qui est président du tribunal depuis 2023. Ce dernier a
toutefois exprimé un regret : le recours encore timide à la conciliation. «
C’est un axe sur lequel nous devons encore progresser, car, dans la majorité
des cas, un seul des partis se présente à la réunion de consultation »,
a-t-il souligné.
En ce qui concerne les
référés, l’année 2024 a vu une hausse de 5 %, avec 443 ordonnances rendues. À
cela s’ajoutent les 4 519 injonctions de payer, également en hausse de 5 %,
confirmant l’efficacité de ce mécanisme, selon le président.
Mais c’est un autre chiffre
qui a particulièrement marqué l’année écoulée : 7 128 radiations de
sociétés ont été enregistrées, dont « 500 sociétés identifiés comme faisant
partie d’un réseau de fraude nationale ».
Autre donnée clé, la flambée
des procédures collectives : 1 343 ont été ouvertes en 2024, contre 986 l’année
précédente, soit une progression massive de 36 %.
En outre, un point positif se
dégage : les inscriptions au registre du commerce et des sociétés (RCS) se
maintiennent à un niveau élevé. En 2024, 160 000 entreprises ont été
immatriculées, contre 152 000 en 2023 et 143 634 en 2022, confirmant une
tendance à la hausse portée notamment par les microentreprises, qui
représentent 40 % des nouvelles inscriptions. Une dynamique encourageante, mais
à relativiser : « Le nombre de faillites est lui aussi en hausse, sans doute
en raison de la fragilité structurelle de ces très petites entreprises, dans un
contexte d’instabilité politique qui freine l’activité économique », a
prévenu le président du tribunal.
Des dispositifs de prévention
« largement perfectibles sur le plan national »
Si toutes les entreprises ne
sont pas logées à la même enseigne face aux difficultés économiques, certains
secteurs paient un tribut plus lourd que d’autres. « Sans surprise, le
secteur de la construction arrive en tête avec 23 % des défaillances, suivi par
les transports (13 %), le commerce de détail et la restauration (12 %), puis le
bâtiment (10 %), et enfin le commerce de gros (9 %) », détaille Philippe
Jombart.
Sur le volet de la
prévention, les résultats restent en demi-teinte. « Nous avons envoyé 721
convocations à des gérants, mais seulement 50 % ont répondu présent. Ce n’est
clairement pas suffisant », regrette le président du TC. Et plus largement,
le dispositif national de prévention des difficultés d’entreprises est encore
loin d’être optimal. « Il est largement perfectible, comme l’a souligné la
Cour des comptes dans un rapport publié en juin 2024 », rappelle-t-il,
avant d’ajouter : « En 2025, nous mettrons tout en œuvre pour mieux
identifier les entreprises dont la situation peut encore être redressée, en
renforçant notre collaboration avec les acteurs économiques. »
Un enjeu crucial, d’autant
que les dirigeants de très petites entreprises, souvent artisans, méconnaissent
les dispositifs d’aide existants et redoutent de franchir les portes du
tribunal. « Même lorsqu’ils sont convoqués, certains n’osent pas venir
», souligne Philippe Jombart. Pour remédier à cette frilosité, le tribunal
entend aller à la rencontre des entrepreneurs.
« Les dirigeants de TPE,
souvent des artisans, ignorent souvent les aides existantes et ont peur d’entrer
dans un tribunal, d’ailleurs, même lorsqu’ils y sont convoqués. Il n’est donc
pas question d’abandonner, nous sommes toujours présents pour les entrepreneurs
et c’est pour ça que nous irons devant les associations pour présenter nos
actions, insister sur l’importance d’anticiper les difficultés et, surtout,
démystifier le rôle du tribunal de commerce », assure celui qui a succédé à
François Bursault.
2025, l’année de la
technologie ?
Parmi les priorités « absolues
» pour 2025, le recrutement de juges de qualité reste en tête de liste. Un
enjeu de taille, tant les objectifs de recrutement deviennent difficiles à
atteindre. « Le problème, c’est que les juges sont bénévoles, alors même que
la justice consulaire fait l’envie de nos voisins », déplore Philippe
Jombart, lui-même ancien cadre de Renault. Il insiste également sur la
nécessité de maintenir la parité au sein de l’institution, un objectif
désormais bien ancré.
Autre point clé : la
communication. Pour attirer de nouveaux juges, encore faut-il faire connaître
la juridiction et ses missions. « Un petit film sera réalisé afin
d’expliquer le rôle et les fonctions du tribunal », annonce le président,
convaincu que mieux faire comprendre l’utilité de la justice consulaire
contribuera à susciter de l’intérêt pour le recrutement.
En revanche, déception du côté des tribunaux des activités économiques (TAE), ces
nouvelles juridictions chargées des procédures amiables et collectives, toutes
sociétés confondues, à l’exception des professions réglementées. « Nous
n’avons malheureusement pas été retenus », regrette Philippe Jombart, qui
pointe le poids du lobbying dans le choix des 12 tribunaux pilotes, parmi
lesquels seuls Paris, Nanterre et Versailles ont été sélectionnés pour
l’Île-de-France. Reste à voir si l’expérimentation, prévue sur quatre ans,
débouchera sur une généralisation du dispositif.
Enfin, le tribunal de
commerce ne compte pas rester en marge des évolutions technologiques. « Il
faut donner aux juges et aux autres acteurs du droit des outils intégrant
l’intelligence artificielle », explique son président. L’idée ? Automatiser
certaines tâches pour alléger la charge de travail et gagner en efficacité.
L’accélération de la dématérialisation, l’intensification de la signature
électronique et l’accès aux jugements sur mobile figurent aussi parmi les
grands chantiers de l’année à venir.
Romain
Tardino
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