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Dans un courrier du 22
juillet adressé à Yaël Braun-Pivet, Isabelle
Santiago exprime son
souhait de relancer la commission dont elle est la rapporteure, ainsi que ses travaux, « stoppés net »
à la suite de la dissolution. Selon elle, il en va « de la
responsabilité de la présidente de l’Assemblée nationale ».
Alors qu’Isabelle Santiago,
députée socialiste du Val-de-Marne réélue le 7 juillet dernier dans sa circonscription,
dénonçait en mai dernier les conditions d’accueil des enfants dans les
pouponnières, et indiquait qu’on ne « pouvait pas attendre que la
commission [d’enquête sur les manquements des politiques de
protection de l’enfance] termine ses travaux », elle doit cette fois
se battre pour le rétablissement de cette commission dont elle était la
rapporteure.
Créée en avril 2024, la
commission, qui avait débuté ses travaux le 14 mai dernier et devait rendre ses
conclusions en octobre, a été interrompue du fait de la dissolution décidée le 9
juin dernier par le président de la République, et ce alors même que, selon la
députée, il y a « urgence pour la protection de l’enfance ».
C’est pourquoi, le 22 juillet
dernier, Isabelle Santiago a adressé un courrier à la présidente de l’Assemblée
nationale Yaël Braun-Pivet, demandant la réinstauration de cette commission
d’enquête « cruciale et inédite sous la Ve République »
et qui « ne doit pas disparaitre », assure-t-elle sur
LinkedIn. Cette commission a été créée pour « acculturer les
parlementaires » au sujet invisibilisé de la protection de l’enfance,
alors qu’il s’agit d’un « sujet transversal à toutes les politiques
publiques », nous explique-t-elle. « Comment parler de ce
sujet majeur quand on ne comprend pas les symptômes et les problématiques qui
sont posées ? Sans comprendre cela, il est impossible de porter une politique
publique digne de ce nom » clame-t-elle.
Dans son courrier, Isabelle
Santiago rappelle qu’il « est de la responsabilité de la présidente de
l’Assemblée de recréer cette commission d’enquête. Alors que près de 400 000
enfants en France sont porteurs d’une mesure de protection de l’enfance, il est
urgent de mettre en lumière les dysfonctionnements de l’institution et d’y
apporter des solutions pérennes. »
Et l’urgence est d’autant
plus grande que les travaux précédemment menés « tombent à l’eau »
sans aucune possibilité de s’y référer du fait de la nouvelle législature. Il
faudra alors tout reprendre depuis le début. Mais cette fois-ci « j’irai
beaucoup plus vite », assure toutefois Isabelle Santiago. « C’est
plus facile pour moi car, contrairement à d’autres parlementaires, je connais
les politiques publiques, que l’on met un temps fou à assimiler. J’arrive avec
un sujet que je maitrise et que je comprends. »
La députée explique l’urgence d’investir financièrement dans la protection de l’enfance,
en relançant la filière des métiers du lien face à la pénurie « très
grave » de personnel. « J’en veux beaucoup au
gouvernement, malgré mon alerte, de ne pas avoir changé le décret de 1974 [relatif
à la réglementation des pouponnières, des crèches, des consultations de
protection infantile et des gouttes de lait] pour les petits. Quand on va
aujourd’hui sur le terrain, on voit un sureffectif de bébés qui ont vécu le
pire ou qui ont été protégés du pire, un manque de personnel, et des normes
non revues avec une personne pour 30 enfants la nuit et une personne pour 7 bébés
la journée », illustre-t-elle.
À lire aussi : Placement des enfants sur ordonnance judiciaire en
pouponnière : une députée du Val-de-Marne tire la sonnette d’alarme
« Avec tout ce que l’on
connait aujourd’hui en neuroscience, on sait qu’on ne fait pas les
bonnes choses pour le développement de ces bébés, martèle Isabelle
Santiago. Les personnels sont maltraitants malgré eux et ça ne peut plus
être acceptable que notre société en France ne prenne pas ce sujet à bras le
corps. On parle de plusieurs milliards, mais il faut les mettre là, pour
la formation du personnel, pour la protection de l’enfance ». D’autant
que comme le démontre une étude du Réseau européen de centres de
pharmacoépidémiologie et de pharmacovigilance (Encepp), ne pas investir
maintenant en France pour la protection de l’enfance coûterait 38 milliards d’euros
chaque année à l’État, une fois ces enfants devenus adultes avec des problèmes
de santé.
« Investir l’enfance c’est investir l’avenir, le devenir d’une société, pointe la députée. Si on n’a pas compris cela, alors on n’a rien compris dans la société. » L’élue affirme que c’est malheureusement le cas de certains responsables publics. Elle raconte notamment comment, lors de son audition à l’occasion à l’Assemblée dans le cadre du lancement de sa commission d’enquête, un énarque s'est montré « totalement déconnecté de la réalité du terrain ». « C’est affligeant que nos grands administrateurs d’État soient aussi inertes sur ce genre de sujet. », ajoute-t-elle.
La France est le pays qui
accueille le plus d’enfants placés sous une forme collective (foyers et
pouponnières), qui plus est avec des psycho-traumas. Toutefois, Isabelle Santiago note de nettes insuffisances dans l'encadrement. En raison du manque de moyens financiers et humains, des personnels seraient ainsi parfois recrutés sans même que leur casier ne soit vérifié, et les enfants seraient alors confiés à des personnes qui ne
devraient pas être en contact avec eux. De plus, la plupart des personnes ne sont ni qualifiées
ni formées pour s’occuper de ces enfants traumatisés, et, plus tard, des adolescents ayant grandi avec ces traumas, selon la députée. La loi Taquet de 2022 avait
pourtant apporté de profondes modifications et améliorations aux mesures de
protection de l’enfance en France, mais son application reste imprécise.
Pour l’heure, Isabelle Santiago
nous indique n’avoir eu aucun retour de la présidente de l’Assemblée nationale à la suite de son courrier et quant à sa volonté de réinstaurer la commission. Cette décision
appartiendra aux membres du bureau dont la prochaine réunion est prévue le 11
septembre, selon les collègues socialistes de la députée membres de l’autorité
collégiale. Rien n’assure que le sujet soit à l’ordre du jour de
cette première réunion de rentrée, mais la députée entend bien discuter avec
ses collègues membres du bureau pour mettre ce projet de nouvelle commission
sur la table.
Si la présidente de
l’Assemblée nationale prononce un avis défavorable à la réinstauration de la
commission, le parti socialiste devra alors faire usage de son droit de tirage
pour la faire renaitre (sans pour autant connaitre la date). Il sera aussi
possible de passer par un vote des députés pour l’entériner. Avec ce courrier,
la députée du Val-de-Marne espère en tout cas peser dans la balance. Mais une
chose est sûre pour Isabelle Santiago : « Je ne vais rien lâcher
du tout, et s’il faut, on fera une grande conférence de presse ou des États généraux,
mais on fera bouger la machine ! »
Allison
Vaslin
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