Affaire Nahel : ce réquisitoire « inédit », un tournant dans l’histoire des violences policières ?


mercredi 5 mars 2025 à 09:513 min

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Dans un communiqué diffusé mardi 4 mars, le parquet de Nanterre a annoncé demander la tenue d’un procès à l’encontre du policier auteur du tir mortel ayant touché Nahel, 17 ans, lors d’une course poursuite à l’été 2023. Une décision rare, qui « soulage » la famille mais qui provoque aussi l’indignation des syndicats policiers.

Sa mort avait provoqué plusieurs nuits d’émeutes dans toute la France. Le 27 juin 2023, Nahel, 17 ans, avait été tué à bout portant par un policier motocycliste, Florian M. ; ce dernier, qui conteste toujours avoir voulu donner la mort, avait été mis en examen pour homicide volontaire et avait passé 5 mois en détention provisoire avant d’être placé sous contrôle judiciaire. Son collègue, présent au moment des faits et placé un temps sous le statut de témoin assisté pour « complicité de meurtre », bénéficie désormais d’un non-lieu.

Dans un communiqué diffusé mardi 4 mars, le parquet de Nanterre a annoncé en revanche demander la tenue d’un procès à l’encontre du policier auteur du tir mortel ayant touché Nahel, 17 ans, lors d’une course poursuite à l’été 2023. Ce mercredi 5 mars, les syndicats policiers ont appelé à la mobilisation devant les commissariats de France. Le syndicat Alliance dénonce, dans un communiqué, un réquisitoire « inacceptable » et « signal désastreux pour le monde policier, (…) dans une société où la présomption d’innocence ne semble plus s’appliquer aux policiers, où l’émotion semble dicter les décisions judiciaires ».

Une intention de donner la mort

Dans son réquisitoire, le parquet de Nanterre retient que le fonctionnaire « a bien eu l’intention de donner la mort à Nahel », en n’hésitant pas à « faire usage d’une arme dont il connaissait parfaitement la portée dangereuse », et décrit le coup de feu comme « une prise de risque inconsidérée » de la part d’un agent formé qui aurait dû garder son sang-froid.

Le ministère public met cependant en évidence « l’état de tension extrême » dans lequel se sont retrouvés les deux policiers au moment de l’interpellation et reconnaît « le comportement particulièrement dangereux » de Nahel, qui a « incontestablement mis en danger la vie d’autrui ».

Filmée par des passants, la scène avait contredit la première version policière centrée sur de la légitime défense – la voiture leur aurait foncé dessus -, mais les expertises balistiques rendent « crédible » le témoignage du policier, pour qui la trajectoire de la balle avait été « déviée » par le redémarrage en trombe de la voiture de sport du jeune homme.

Il appartient désormais aux deux juges d’instruction de suivre, ou non, ces réquisitions dans leur ordonnance de règlement, et de renvoyer Florian M. devant la cour d’assises.

« Procès politique »

L’enquête, qui a duré un an, s’est tenue dans un contexte social extrêmement tendu, nourri par les polémiques et les prises de positions politiques. Elle s’est achevée le 5 août 2024 et a notamment nécessité deux reconstitutions. La famille de Nahel, notamment sa mère, est « soulagée », selon son avocat Frank Berton. Ce dernier salue, dans Le Monde, un réquisitoire « inédit », une « grande avancée » et « un tournant dans l’histoire des violences policières ». « Dans ces affaires, l’institution judiciaire a tendance à éviter une audience de jugement, surtout aux assises, surtout sur des faits de meurtre », estime-t-il, interrogé par le quotidien.

De son côté, l’avocat de Florian M., Laurent-Franck Liénard, déplore une décision « lunaire ». Sollicité sur Europe 1, il dénonce des réquisitions basées sur des arguments « pas fondés juridiquement », voire « politiques » : « Je crois que dans ce dossier, les dés sont pipés depuis le départ. Je pense que le raisonnement est biaisé par la violence de la vidéo puis par le positionnement politique de certains dès l'origine du dossier. Mais j'espère que les magistrats prendront ce dossier avec responsabilité et indépendance. » Dans un communiqué, Maître Liénard dit aussi craindre que la mobilisation policière ne se retrouve « contre-productive ». Appelant à « la prudence » dans les rassemblements, il « [redoute] les conséquences de ce type de réaction au moment où nous attendons la décision finale dans ce dossier ».

Mylène Hassany

*Provenance de la photo : Wikimedia Commons – Licence : https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/deed.en

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