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Mues par une demande de plus en plus importante de « transparence » et par l’essor des réclamations d’usagers, les Agences régionales de santé développent des outils de traitement des plaintes et des signalements, notamment en ligne. Le guichet unique des plaintes de santé, abandonné après un lancement expérimental en 2019, a laissé place à de nouvelles procédures.
Lui non plus n’a pas résisté
à la crise sanitaire. En 2018, le lancement d’un dispositif expérimental pour
mieux traiter les signalements, donner suite aux réclamations des patients et
faciliter « la démocratie en santé » était annoncé par le
ministère de la santé : le guichet unique des plaintes de santé. L’objectif
principal de cette plateforme était aussi d’évaluer la pertinence d’un outil
unique de recueil et de traitement des plaintes à l’échelle territoriale, pour
éventuellement le généraliser à l’ensemble de l’Hexagone.
Ce guichet unique devait être
testé pendant cinq ans par trois agences régionales de santé (Ile-de-France,
Nouvelle-Aquitaine, Centre-Val-de-Loire). En Ile-de-France, c'est le Conseil
territorial de santé (CTS) de l'Essonne qui avait été choisi. Le projet pilote n’a
pas survécu aux années qui ont suivi : contactée par le JSS, l’ARS Ile-de-France
explique que « l’expérience n’a pas été poursuivie en Île-de-France,
notamment dans le contexte de la pandémie du Covid-19. »
« Nous avions installé
ce guichet en mairie en 2019, à l’endroit où se trouvait notre service d’aide
aux victimes, se souvient Danielle Valero, conseillère communautaire déléguée à la
santé de Grand Paris Sud et adjointe au maire à la santé d’Evry-Courcouronnes. Seules
12 personnes ont été reçues en 3 ans. Le dispositif a fermé ses portes en
2022. »
Le traitement des
réclamations, un « enjeu majeur »
Face aux « besoins
des usagers et à la réalité de leurs parcours », les ARS ont, ces
dernières années, mis en place de nouvelles pratiques. Une volonté de
transparence qui s’est notamment accentuée en 2022 avec comme point d’orgue la
publication du livre Les Fossoyeurs, du lanceur d’alerte Victor
Castanet. L’ouvrage, dont de nombreux extraits avaient été diffusés dans la
presse, avait mis en lumière les maltraitances sur les personnes âgées et les
mauvais traitements systémiques dans les maisons de retraite et les
établissements de santé privés.
Alors ministre déléguée à
l’Autonomie, Brigitte Bourguignon avait ainsi demandé « une cure de
transparence » au monde de la santé. La médiatisation de l’ouvrage et
les demandes de réponses des familles de patients avaient conduit l’Agence
régionale de santé Île-de-France à mener de nombreuses inspections dans les
EHPADs et à « travailler sur le recueil et le traitement des
réclamations des usagers, un enjeu majeur accentué notamment avec la parution
du livre et ses révélations ».
En 2023,
l’ARS Île-de-France a reçu 2 858 réclamations
Pour faciliter le recueil,
l’analyse et le traitement des réclamations, l’institution a mis en place en
janvier 2023 une page
dédiée pour les présenter.
Un contenu en ligne qui se
veut pédagogique, avec un formulaire, et les contacts utiles selon l’objet de
la plainte. Des adresses dédiées sont également prévues pour les signalements
concernant les transports sanitaires, les laboratoires et les pharmacies. Cette
plateforme rappelle aussi aux internautes qu’avant de déposer une requête, il
reste préférable d’en référer, dans un premier temps, à la direction de
l’établissement concerné. Bon à savoir également : les ARS n’émettent pas
d’avis sur l’exercice professionnel, comme le choix du traitement ou les dommages
liés aux soins, précisant que d’autres voies de recours sont à
privilégier : amiable, recours juridictionnel en responsabilité civile ou
saisine du tribunal correctionnel après dépôt de plainte.
Et pour toute réclamation
portant sur un professionnel de santé « dont le comportement est
contraire aux règles de la profession et au code de déontologie » (erreur
médicale, violation du secret professionnel, refus d’un acte…), le patient ou
sa famille doit également « s’adresser au président du Conseil de
l’ordre concerné du département du lieu d’exercice du professionnel mis en
cause. »
Les usagers connaissent-ils
les moyens de faire entendre leur voix ? Il semblerait que cette
« cure de transparence » porte ses fruits : en 2023, l’ARS Île-de-France
a reçu 2 858 réclamations de particuliers (de patients ou de leur entourage),
soit 21 % de plus qu'en 2022. Mais seules 6 % arrivent via le formulaire
internet « réclamations » mis en place au niveau national et
aujourd’hui utilisé par l’ARS Île-de-France.
Autres chiffres
significatifs : 57 % des réclamations sont reçues par mail, via une
adresse régionale dédiée de l’ARS. 20 % des signalements arrivent par le formulaire ARS régional
dématérialisé, accessible sur le site de l'agence locale, et 16 % par
courrier papier.
Un signalement au procureur est
possible
A ces réclamations s'ajoutent
les déclarations d'évènements indésirables, que les établissements sont
réglementairement tenus de formuler auprès de l'ARS Île-de-France. Ils
sont au nombre de 3 252 sur l'année 2023.
« L'Agence instruit l'ensemble
de ces signalements dans une logique de responsabilisation des établissements, explique
l’agence. Elle analyse chaque situation signalée ; assure le
contradictoire avec les structures et les professionnels concernés et évalue l’identification
des causes (structurelles et ponctuelles) et des actions mises en œuvre
par l'établissement pour répondre à la situation signalée et éviter qu’elle ne
se reproduise. » Avant de préciser : « selon la gravité
des faits, des actions supplémentaires sont possibles à la réception du
signalement et notamment le signalement au procureur de la République si
elle n’a pas déjà été engagée par l’établissement ».
Au-delà du traitement
individuel de chaque réclamation, l'ensemble des signalements fait l'objet
d'une analyse globale pour orienter les programmes d’inspection de
l’ARS Île-de-France, indique l’institution. « Ces inspections, en
cas de manquements de la part de l’établissement, peuvent donner lieu à des
recommandations, voire des injonctions pouvant aller jusqu’à une suspension
d’activité. »
Mylène Hassany
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