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Après plusieurs semaines de préparation, le Premier ministre a dévoilé, ce mardi 15 juillet à 16 heures, son plan budgétaire. Objectif : 43,8 milliards d’euros d’économies afin de ramener le déficit public à 4,6 % en 2026.
« Il est des moments dans
l’histoire des peuples où ils ont rendez-vous avec eux-mêmes, et ce moment est
l’un de ceux-là. » Depuis son pupitre, frappé des mots Le moment de
vérité, le Premier ministre, confronté à une profonde crise de confiance, a
cherché à tracer les grandes lignes du budget 2026, mardi 15 juillet 2025,
avenue de Ségur à Paris, dans les locaux abritant une partie des services de
Matignon.
Objectif : redresser les
finances publiques et replacer la France sur une trajectoire budgétaire
soutenable. L’effort annoncé par François Bayrou atteint désormais 43,8
milliards d’euros, un montant supérieur aux 40 milliards initialement évoqués,
en raison notamment d’une augmentation du budget alloué à la Défense. Une
réponse à un déficit public jugé préoccupant dans un contexte alarmant : selon
l’Insee, la dette de la France s’élevait à 3 345,4 milliards d’euros à la fin
du premier trimestre 2025, soit 113,9 % du produit intérieur brut.
« Nous sommes devenu
accro à la dépense publique ! »
Pendant plus d’une heure,
François Bayrou a déroulé, point par point, infographies à l’appui, son plan
budgétaire devant un auditoire fourni - la moitié du gouvernement avait fait le
déplacement, aux côtés de nombreux élus et sénateurs. Dès ses premiers mots, le
Premier ministre a donné le ton : « Il y a plus de 50 ans que notre pays,
tous courants politiques confondus, n’a pas présenté un budget en équilibre.
Cinquante années que nos dépenses publiques dépassent chaque année nos
recettes. Et nous nous y sommes habitués. Ce déficit s’est même imposé dans les
budgets sociaux, de santé et de retraite, que nous devrions pourtant être en
mesure d’assumer. »
Une situation qu’il a jugé fondamentalement
intenable. « Chaque seconde qui passe, la dette de la France augmente de 5
000 euros. Si rien ne change, en 2029, les seuls intérêts de cette dette
absorberaient 100 milliards d’euros, devenant ainsi le premier poste de dépense
de l’État. Je crois que c’est la dernière station avant la falaise. » Et de tirer la sonnette d’alarme afin d’éviter un scénario à la grecque : « Ce pays a dû réduire
les retraites de 30 %, les salaires des fonctionnaires de 15 %. Et c’est
exactement ce que nous ne voulons pas. »
Le constat est donc sans
appel. « Nous sommes devenus accros à la dépense publique. L’État paye tout
! » a-t-il dénoncé, fustigeant à la fois les élus et les citoyens, trop prompts
selon lui à se tourner vers l’État dès qu’émergent des difficultés - qu’elles
soient sanitaires, climatiques ou énergétiques. Résultat : « La France est
aujourd’hui le pays qui dépense le plus d’argent public au monde : 57 % de
notre production nationale chaque année, contre seulement 50 % de recettes.
»
Le Premier ministre a
également mis en cause ce qu’il nomme le « paradoxe français » : un pays
où « les impôts et les charges sociales sont parmi les plus élevés au monde,
et pourtant, selon toutes les enquêtes disponibles, nous restons l’un des
peuples les plus pessimistes. Si la dépense publique garantissait le bonheur et
la prospérité, nous serions champions toutes catégories. »
À lire aussi : « Notre peuple doit trouver l’unité qui lui manque », affirme
François Bayrou lors de son discours de politique générale
« Pour distribuer, il faut
produire », a-t-il martelé. Ce principe l’amène à pointer le déficit
chronique de la balance commerciale française. « En vingt-cinq ans, nous
sommes passés d’un solde à l’équilibre à un déficit de plus de 100 milliards
d’euros, pour la quatrième année consécutive. » Un double cap est en ligne de mire :
« De même que nous devons ramener le déficit public à 3 % du PIB d’ici 2029,
nous devons redresser notre commerce extérieur. Cela suppose de renforcer notre
tissu productif et de soutenir nos entreprises. La reconquête de la production
est aussi essentielle que la lutte contre les déséquilibres budgétaires. »
Pour y parvenir, un plan a
été présenté : « Stop à la dette », un programme pluriannuel de retour à
l’équilibre, étalé sur quatre ans et structuré autour de cinq principes.
L’objectif est de réduire progressivement le déficit à 5,4 % en 2025, 4,6 % en
2026, 4,1 % en 2027, 3,4 % en 2028, pour atteindre 2,8 % en 2029. « C’est le
seuil à partir duquel, dans un pays comme la France, la dette cesse d’augmenter
», a précisé François Bayrou.
Le chef du gouvernement a
décrit un plan qui « reposera sur la stabilisation, puis la baisse de la
dépense publique. Et tout le monde devra participer à l’effort. » Un effort
qu’il veut « soutenable pour tous », sans baisse de salaires, mais
reposant aussi « sur le travail ». Avant de conclure : « Il est tard,
mais il est encore temps. »
Suppression de deux jours
fériés et une taxe sur les petits colis
Si le Premier ministre a
d’abord confirmé les annonces récentes du chef de l’État sur
l’augmentation du budget de la Défense - 3,5 milliards d’euros
supplémentaires prévus en 2026 et 3 milliards en 2027 - pour faire face à « de
nouvelles menaces, alors que la guerre est revenue avec la Russie en Ukraine et
que nous ne voulons pas dépendre des États-Unis », il a ensuite ouvert un
autre front : celui du travail.
L'ex-enseignant a ainsi
appelé à un effort collectif pour « augmenter l’activité du pays dans son
ensemble », condition indispensable selon lui à l’amélioration de la
situation économique. « Je propose donc que deux jours fériés soient
supprimés », a-t-il déclaré, citant à titre d’exemple le lundi de Pâques, «
qui n’a aucune signification religieuse », et le 8 mai. Il s’est
toutefois dit ouvert à d’autres suggestions, précisant qu’il ne s’agissait pas
d’imposer ces choix, même si celui risque de faire grincer des dents. Son prédécesseur, Michel Barnier, qui avait également envisagé cette éventualité, s'était finalement rétracté, estimant celle-ci complexe à mettre en œuvre.
« Ce n’est pas du tout la
même chose qu’une journée de solidarité dont on ne vérifierait pas vraiment si
elle est accomplie ou non, et qui se traduirait uniquement par des prélèvements
sur les entreprises », a soulevé François Bayrou, affirmant vouloir « combattre le
désenchantement face au travail ».
Autre mesure annoncée : la
mise en place d’une taxe sur les petits colis, dans une volonté affichée de
transformation des habitudes de consommation. « Il est temps de revoir nos
modes de consommation pour mieux soutenir les circuits courts et le commerce de
proximité. C’est pourquoi une taxe va être proposée sur les petits colis, afin
de protéger nos commerces et nos producteurs de la marée de concurrence
déloyale qui les assaille », a-t-il déroulé.
Une « année
blanche » et sept milliards d'euros d’économies pour 2026
Décision majeure et attendue
: la mise en place d’une « année blanche » en 2026, une mesure qui n’a
jamais été mise en œuvre en France et qui pourrait générer 7 milliards d’euros
d’économies. Concrètement, il s’agira d’une année sans revalorisation : « C’est
une année dans laquelle on n’augmente ni les prestations ni les barèmes »,
a précisé François Bayrou. « Le montant des retraites versées en 2026 sera
identique à celui de 2025, tout comme l’ensemble des prestations sociales, sans
exception. » Les barèmes de l’impôt sur le revenu et de la contribution
sociale généralisée (CSG) resteront également gelés.
Pour le chef du gouvernement,
celle-ci s’inscrit dans un effort partagé de tous comme il l’a revendiqué
maintes et maintes fois : « C’est un effort collectif qui concerne toutes
les catégories de Français. La règle sera simple : ne pas dépenser plus en 2026
qu’en 2025. Pas moins, mais pas plus pour chacun d’entre nous. » Et de
souligner qu’il s’agit d’un effort « très important, temporaire », qui
n’aura de sens « que s’il est juste et si chacun contribue à hauteur de ses
moyens ».
Le maire de Pau a également
affirmé sa volonté d’intensifier la lutte contre toutes les formes de fraude,
en insistant sur la nécessité d’améliorer le recouvrement. « En 2023, 15
milliards d’euros de fraude ont été détectés, mais seuls 11 milliards ont été
recouvrés. En 2024, ce sont près de 17 milliards d’euros mis en évidence, pour
le même montant recouvré », a-t-il détaillé.
Face à ces écarts, le
gouvernement entend élargir son action : « Nous nous attaquerons à tous les
types de fraude », a insisté le Premier ministre, qu’il s’agisse de fraude
fiscale, de fraude aux aides publiques ou de fraude dans les dépenses de santé.
Un projet de loi contre la fraude sociale et fiscale sera ainsi présenté à
l’automne. Objectif : mieux détecter, sanctionner et récupérer les fonds
perdus.
Un effort de 5 milliards
d’euros pour la santé
La santé s’imposera également
comme un pilier du budget 2026. « Nous devons responsabiliser les
patients pour que le coût de la santé soit plus concret », a affirmé
François Bayrou, soulignant que « la maîtrise des dépenses publiques
passe aussi par celle des dépenses sociales ». Si le président du MoDem a
salué un système de santé « dont nous pouvons être fiers », il a cependant
alerté sur une trajectoire financière devenue intenable : « Si nous ne
faisons rien, la dérive automatique nous conduit à des déséquilibres que nous
ne pourrons pas supporter. Cette dépense augmentera l’année prochaine de
10 milliards d’euros. Ce n’est pas soutenable. Je propose que nous fassions
l’effort de limiter cette hausse de moitié. »
Un objectif qui nécessitera,
selon lui, un effort collectif d’environ 5 milliards d’euros. Parmi les leviers
envisagés figure une réforme en profondeur de la prise en charge des affections
de longue durée (ALD), qui concernent 20 % des Français - contre 5 % de la
population allemande, a-t-il souligné. Dès 2026, certains médicaments sans lien
direct avec les pathologies déclarées ne seront plus systématiquement
remboursés à 100 %.
Concernant l’hôpital, le
Premier ministre plaide pour « une plus grande efficacité ». Ce
dernier regrette notamment que « des dispositifs médicaux comme les
fauteuils ou les cannes ne soient pas réutilisés une fois qu’ils ne sont plus
nécessaires à leur bénéficiaire ». Autre sujet sensible, les arrêts
maladie. François Bayrou a indiqué vouloir « mettre fin à une dérive »
et a proposé que, hors maladies professionnelles et accidents du travail, la
reprise du travail après plus de trente jours d’arrêt puisse être décidée par
le médecin généraliste, sans passer par la médecine du travail. Un contrôle sur
les arrêts de plus de 18 mois aurait montré que plus de la moitié n’étaient « plus
justifiés » au moment de l’évaluation.
Enfin, l’importance de la
prévention a été mise en avant, avec l’exemple de la vaccination contre la
grippe : « Les trois quarts des patients admis en réanimation ne sont pas
vaccinés. La responsabilisation passe aussi par là. »
« Améliorer de manière
générale la compétitivité »
La compétitivité de
l’économie française est aussi un enjeu majeur pointé par François Bayrou : « Nous
devons améliorer de manière générale la compétitivité, c’est-à-dire la
capacité, l’efficacité et l’attractivité de notre économie », a affirmé le
Premier ministre. Un effort qui, selon lui, doit d’abord passer par le levier
énergétique. « Le premier facteur sur lequel nous allons agir, c’est
l’énergie », a-t-il poursuivi, en rappelant qu’une dizaine d’accords de
long terme ont déjà été conclus entre EDF et des industriels pour les prémunir
contre la volatilité des prix. Une direction que le gouvernement a entendu
renforcer, et qui devrait concerner 30 TWh d'ici la fin de l'année, soit près
de 10 % de la production nucléaire.
Autre priorité : l’accès au
financement des entreprises. Le chef du gouvernement a annoncé la mobilisation
de 900 millions d’euros en fonds propres pour soutenir l’investissement,
notamment des PME, et lutter contre un fléau persistant : les retards de
paiement, qui représentent près de 15 milliards d’euros de trésorerie gelée.
L’exécutif prévoit de durcir les sanctions à l’égard des mauvais payeurs. « À
l’avenir, ces sanctions pourront aller jusqu’à 1 % du chiffre d’affaires »,
a prévenu l’éphémère ministre de la Justice, afin de mettre un terme à des
pratiques qui affaiblissent le tissu économique.
Le Premier ministre désire solliciter
davantage ceux qui, selon lui, ont « la capacité de contribuer plus »,
qu’il s’agisse de bénéficiaires d’avantages fiscaux ou de grandes entreprises. Sont
visées en particulier certaines niches fiscales et sociales qui profitent en
priorité aux foyers les plus aisés. En parallèle, la promesse est de préserver
les petites et moyennes retraites. Un nouveau système de forfait annuel devrait
être mis en place afin « d’avantager les petites retraites, de garantir un
pouvoir d’achat inchangé aux retraites moyennes et de remettre dans le droit
commun les retraites les plus importantes ».
3 000 postes supprimés dans
la fonction publique
Enfin, le chef du
gouvernement a rappelé, lors de son discours du 15 juillet, que « l’État se
fixe comme première règle de ne pas dépenser davantage à l’euro près en 2026
qu’en 2025 », à l’exception des budgets alloués à la Défense et au
remboursement de la dette. « Aucun département ministériel ne sera exempté.
Tous les ministères seront solidaires de cet effort collectif », a-t-il
insisté. Dans ce cadre, « 3 000 postes » devraient être supprimés dans
la fonction publique (hors élèves-professeurs) par le non-remplacement d’un
fonctionnaire sur trois partant à la retraite.
Mais pour François Bayrou,
l’effort doit aussi porter sur la gestion du patrimoine de l’État, estimé à « plusieurs
centaines de milliards d’euros » et « dont l’État ne fait rien
», selon lui. Une société foncière va ainsi être créée dans le but de « réduire,
gérer et rendre utile le patrimoine improductif de l’État ».
Le Premier ministre a
également annoncé l’ouverture de négociations avec les partenaires sociaux dans
les prochains jours sur l’assurance-chômage et le droit du travail. Objectif :
améliorer les conditions de travail, lever les freins à l’emploi et faire en
sorte que « le travail soit toujours un choix gagnant ». Ce dernier a,
dans le même élan, plaidé pour une simplification massive des normes
administratives, évoquant « les procédures bureaucratiques qui asphyxient
les entreprises, les foyers et les personnes ». En contrepartie, est
proposé une réduction des aides et subventions : « Moins d’obligations,
moins de contraintes, moins de bureaucratie ; mais aussi moins d’aides. »
L’ancien député européen a
ainsi proposé de bâtir, dès cet été, avec les travailleurs et les entreprises,
une liste de mesures concrètes de simplification et d’allègement. « Le
gouvernement proposera de régler ces questions par ordonnances parce qu’il
s’agit d’une urgence nationale », a-t-il annoncé. Dans cette logique, la
suppression d’agences « improductives qui dispersent l’action de l’État
» est aussi prévue. Résultat attendu : la suppression de plusieurs centaines de
postes, peut-être entre « 1 000 et 1 500 ».
Une petite parenthèse a aussi
été consacrée à l’innovation. François Bayrou a annoncé que les financements de
France 2030, le plan d'investissement d'avenir de 54 milliards d’euros sur 5
ans annoncé par le président de la République en 2021, seraient davantage
orientés vers l’intelligence artificielle et la cybersécurité, dans tous les
secteurs de l’économie, via un plan baptisé « Osez l’IA ». D’après lui,
« l’intelligence artificielle peut et doit devenir un outil concret, utile,
qui améliore la productivité des entreprises ».
Un gain estimé à 20 % de
productivité, selon les études citées par le Premier ministre, un objectif
chiffré intégré à ce plan. D’ici 2035, le Premier ministre a supposé que la
France devra former chaque année près de 100 000 nouveaux ingénieurs et
techniciens avec un accent particulier sur l’égalité des chances, notamment le
plan « Filles et mathématiques », destiné à renforcer la présence des
jeunes femmes dans les filières scientifiques et technologiques.
Alors que Jean-Luc Mélenchon
et Marine Le Pen ont déjà brandi la menace d’une motion de censure - notamment par
rapport à la proposition de supprimer deux jours fériés - François Bayrou a
tenu à rassurer. « Nous savons que le chemin est difficile, que la voie est
étroite, mais il existe un chemin d’indépendance, de prospérité et de progrès
humain. Et ensemble, nous allons le choisir. » Reste à savoir dans quelle
direction la France va partir.
Romain
Tardino
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