Article précédent


Les entreprises françaises n’ont pas assez de visibilité sur leurs charges assurantielles et énergétiques, alerte le Sénat dans un rapport.
Deux problématiques montantes
dans le viseur du Sénat pour ce nouveau rapport d’information présenté mercredi
25 juin et consacré aux charges des entreprises : la question des coûts de
l’énergie et celle des coûts de l’assurance. « S’assurer devient de
plus en plus difficile pour nombre d’entreprises françaises, au point de
devenir un facteur de fragilité », alerte la délégation aux
entreprises dans son rapport.
Primes en forte hausse,
garanties resserrées, résiliations unilatérales… « Les tensions
assurantielles s’installent dans le paysage économique et menacent la
continuité d’activité, notamment des PME et ETI ». Les primes
d’assurance multirisques ont par exemple augmenté de 17 % entre 2020 et 2024,
note le rapport.
« A l’échelle
européenne, les primes ont doublé en 3 ans, deux PME sur trois disent avoir du
mal à trouver une couverture adaptée », chiffre encore le sénateur
Michel Canévet, co-rapporteur du texte. Des secteurs sont plus touchés que
d’autres comme l'agroalimentaire, le bois, l’ameublement, le photovoltaïque ou
encore la défense, avec des hausses de primes de 250 % (en 6 ans) constatées
pour certaines PME.
Vers un délai de résiliation
minimum avant échéance
Et les efforts de prévention
et de sécurisation fournis par les entreprises ne permettent pas toujours de
revoir ces primes à la baisse. « Un chef d'entreprise nous a
rapporté avoir investi près d'un million d'euros dans l’installation
d’extincteurs automatiques à eau pour lutter contre d'éventuels incendies. Et
malgré cet investissement dans la prévention du risque, sa prime a doublé en 4 ans »,
témoigne le vice-président de la délégation aux entreprises.
« Dans le même temps,
nous constatons que les garanties commencent à se restreindre, l'assureur
principal limitant souvent son engagement à 30 ou 40 % du risque », le
chef d'entreprise étant alors obligé de se tourner vers un co-assureur, ce qui
multiplie les démarches, allonge les délais et complexifie la gestion des
contrats.
A l’origine de ces exigences
de plus en plus lourdes, un secteur de l'assurance frappé par l'émergence de
nouveaux risques, notamment climatiques, les inondations de 2023 ayant par
exemple coûté 785 millions d'euros aux assureurs. Mais aussi cyber : ce
dernier risque s’est brutalement imposé dans le paysage de l'assurance en
l'espace de quelques années.
Face à l’incertitude
contractuelle à laquelle sont nouvellement confrontées les entreprises en
matière d’assurance, le Sénat recommande de privilégier la passation de
contrats pluri-annuels plus pérennes. Mais aussi d’arrêter un délai minimum de
résiliation du contrat d’assurance de 6 mois avant son échéance, « afin
de préserver les marges de manœuvre de l’entreprise pour trouver un nouvel
assureur ».
Pour
une révision des contrats d’électricité « déséquilibrés »
Deuxième préoccupation
majeure évoquée dans ce rapport : la question de l’énergie, dont le marché a
subi un choc massif pendant la pandémie et suite à la guerre en Ukraine. Si
courant 2023, les prix ont reflué, leur volatilité persiste et la fin annoncée
de l’Accès régulé au nucléaire historique (ARENH) inquiète beaucoup les chefs
d’entreprises.
Instituée en 2007, l’ARENH
jouait jusqu’ici « un rôle d’amortisseur pour de nombreux acteurs »,
rappelle le sénateur Guillaume Gontard, co-rapporteur du texte. « Sa
disparition signifie la fin de l’accès à une portion significative de
l’électricité nucléaire à un tarif régulé de 42?€/MWh pour les fournisseurs
alternatifs et, de manière indirecte, pour les entreprises clientes. »
Un nouveau dispositif, soumis
aux travaux de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) va voir le jour. « Mais
pour l'instant, nous avons très peu d'informations et de visibilité sur ce que
souhaite faire le gouvernement, ce qui pose un certain nombre de questions pour
les entreprises qui n’ont peu voire pas de pouvoir de négociation face aux
fournisseurs. »
Pour agir dans l’immédiat, le
Sénat préconise de réviser les contrats de fourniture d’électricité passés lors
de la période de très forte tension sur les prix, en 2022. Établis sur
plusieurs années, ces contrats empêchent des entreprises de profiter du reflux
des prix de l’énergie. « La baisse des tarifs doit être répercutée, au
moins en partie, dans ces contrats économiquement très déséquilibrés
aujourd’hui », peut-on lire dans le rapport.
Un « contrat type » pour les
Power Purchase Agreement (PPA)
En matière d’énergie, la
Chambre haute dégaine deux autres outils de régulation. Premier levier : des
contrats de long temps comme les Power Purchase Agreement (PPA). Très prisés en
2022 et 2023, pendant la crise énergétique, ces contrats d’approvisionnement en
électricité renouvelable ont perdu de leur attrait en 2024 alors que les prix
de gros commençaient à baisser, note le CRE.
Or, « ce type de
contrat permet à l'acheteur de sécuriser un approvisionnement en énergie verte
à un tarif stable. Il offre justement une contractualisation sur plusieurs
années et une stabilité dans les prix », explique Guillaume
Gontard.
« Cependant, les
négociations de ces contrats sont très variables suivant les entreprises parce
qu'on a des très grosses entreprises qui ont des services juridiques, mais on a
aussi des entreprises qui sont dépourvues d'expertise en matière de passation
de contrats complexes. »
Le Sénat préconise donc
d’établir un « contrat type » pour les Power Purchase Agreement (PPA) qui
puisse servir de référence et de base de négociation aux entreprises les moins
dotés et expérimentées.
Pour garantir un certain
degré de prévisibilité des tarifs de l’électricité, le rapport recommande aussi
de multiplier les « contrats pour différence » (CfD) pour l’énergie décarbonée,
avec un tarif plancher et un tarif plafond. « Même s'il y a une
variation entre le plafond et le plancher, elle reste moindre et surtout, cela
permet de donner de la visibilité aux entreprises », justifie le
rapporteur.
L'année dernière, la
commission d'enquête du Sénat sur l'électricité avait d'ailleurs recommandé de
remplacer l'accord état-EDF par ce type de contrat avec un prix de référence
qui serait situé entre 60 et 65 euros de mégawattheures.
Delphine
Schiltz
THÉMATIQUES ASSOCIÉES
Infos locales, analyses et enquêtes : restez informé(e) sans limite.
Recevez gratuitement un concentré d’actualité chaque semaine.
0 Commentaire
Laisser un commentaire
Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *