Au Salon de l’Agriculture, l’officialisation d’un fonds de 500 millions d’euros pour le développement de l’industrie agroalimentaire


mercredi 26 février 2025 à 12:414 min

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Annie Genevard et Marc Ferracci, ministres de l’Agriculture et de l’Industrie, ont déclaré mardi que ce fonds permettrait de soutenir les coopératives et les entreprises de taille intermédiaire, souvent confrontées à des difficultés de financement. Parallèlement, ils ont annoncé la signature du « Plan de sobriété hydrique », une initiative visant à réduire de 10 % la consommation d’eau à l’échelle nationale d’ici 2050.

« Le secteur agroalimentaire est encore trop méconnu alors qu’il représente le premier employeur de France avec 530 000 emplois. C’est une filière d’une force considérable et précieuse pour notre pays. »

Au salon de l’Agriculture, dont la 61e édition bat son plein depuis déjà plusieurs jours, Annie Genevard et Marc Ferracci, respectivement ministres de l’Agriculture et de l’Industrie, ont eu des mots forts, mardi 25 février.

Un fonds pour « protéger le transformateur »

Des mots, mais pas que : à cette occasion, les deux ministres ont confirmé le lancement du fonds public-privé « Industries Agroalimentaires », doté de 500 millions d’euros pour soutenir le développement du secteur. Annoncé lors de l’édition précédente du Salon, ce fonds entend répondre aux difficultés de financement rencontrées par les entreprises agroalimentaires.

« Pour protéger l’agriculteur, il faut aussi protéger l’industriel, donc le transformateur », a expliqué Annie Genevard. Cette initiative vient compléter les dispositifs existants, notamment ceux déployés dans le cadre de France 2030, un plan d’investissement de 54 milliards d’euros sur cinq ans visant à combler le retard industriel du pays.

En mobilisant des capitaux privés, ce fonds permettra de financer des coopératives et des entreprises de taille intermédiaire qui peinent à attirer des investisseurs. Il a d’ailleurs fait l’objet d’analyses prospectives pour anticiper les évolutions du marché et s’inscrit dans une triple ambition : la réindustrialisation, la transition énergétique et la réponse aux enjeux alimentaires de demain.

PSH : « Il faut évaluer le seuil incompressible de recours à l’eau »

Les deux ministres ont par ailleurs officialisé le « Plan de sobriété hydrique » (PSH), qui vise une réduction de 10 % de la consommation d’eau d’ici 2050 et s’insère dans le cadre plus large du Plan Eau, présenté par le Président de la République le 30 mars 2023. Ce programme vise à instaurer une gestion plus résiliente et économe de la ressource afin de garantir une eau de meilleure qualité et de protéger les écosystèmes face aux épisodes de sécheresse, comme ceux survenus en 2022 et 2023.

L’initiative s’inscrit par ailleurs « dans la continuité des travaux engagés par le ministre de l’Industrie pour améliorer la performance des systèmes de production, développer des innovations réduisant la consommation et promouvoir de nouvelles pratiques de réutilisation de l’eau », a souligné Annie Genevard. La ministre a également rappelé que l’État, via le Plan Eau, accompagne les entreprises dans la réduction de leur consommation, notamment à travers des programmes portés par les agences de l’eau pour moderniser leurs infrastructures.

Toutefois, Annie Genevard a insisté sur la nécessité de fixer un seuil incompressible d’utilisation de l’eau. « Réduire les usages ne signifie pas s’en passer totalement », a-t-elle averti, mettant en garde contre le risque de voir des industriels forer leurs propres puits si l’accès à l’eau des réseaux venait à être trop restreint, ce qui compromettrait les efforts engagés.

Autre enjeu majeur : la compétitivité des entreprises françaises face à leurs concurrentes internationales, « qui n’ont pas ce type de préoccupations », a-t-elle relevé. Une problématique d’autant plus prégnante avec l’augmentation du prix de l’eau, estimée à +5 % en moyenne sur le territoire en 2024, selon la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR). Pour préserver la viabilité économique du secteur, la ministre de l’Agriculture a promis la mise en place d’un « bouclier tarifaire » en 2025, permettant un échelonnement des hausses de coûts pour les entreprises.

Renforcer la souveraineté alimentaire

De son côté, Marc Ferracci a insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective pour renforcer la souveraineté alimentaire. « Ici, nous avons tous le même objectif : garantir notre indépendance alimentaire, un enjeu porté par deux piliers indissociables, l’agriculture et l’industrie, qui bénéficieront d’un soutien renforcé dans les prochaines semaines », a-t-il affirmé.

Le ministre de l’Industrie a également alerté sur la dépendance alimentaire croissante du pays, avec des importations ayant doublé en quelques années, passant de 10 % à 20 %. Une évolution préoccupante, qui, selon lui, doit être combattue « dans une logique de compétitivité, mais aussi de défense de notre industrie et de notre agriculture, tout en veillant à ne pas alourdir notre empreinte environnementale ».

Pour y parvenir, Marc Ferracci a plaidé pour un renforcement de la compétitivité des entreprises du secteur agroalimentaire, constitué à 98 % de TPE et PME. « Au moment où il faut innover, investir et négocier avec la grande distribution, nous devons rééquilibrer le rapport de force en consolidant la filière, peut-être grâce à un soutien financier ciblé ».

Dans cette optique, celui qui était député, il y a encore quelques mois, a conclu en évoquant un concept de longue date qui lui tient particulièrement à cœur, celui du « patriotisme alimentaire ». « Le meilleur moyen de soutenir notre industrie agroalimentaire, c’est que chacun s’interroge sur le lieu de fabrication des produits qu’il consomme, en prenant en compte les normes environnementales qui ne sont pas toujours respectées par les pays exportateurs. C’est ainsi que nous pourrons soutenir l’art de vivre à la française, chacun peut le faire à son échelle ».

Romain Tardino

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