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Annie Genevard et Marc Ferracci, ministres de l’Agriculture et de l’Industrie, ont déclaré mardi que ce fonds permettrait de soutenir les coopératives et les entreprises de taille intermédiaire, souvent confrontées à des difficultés de financement. Parallèlement, ils ont annoncé la signature du « Plan de sobriété hydrique », une initiative visant à réduire de 10 % la consommation d’eau à l’échelle nationale d’ici 2050.
« Le secteur
agroalimentaire est encore trop méconnu alors qu’il représente le premier
employeur de France avec 530 000 emplois. C’est une filière d’une force
considérable et précieuse pour notre pays. »
Au salon de l’Agriculture, dont
la 61e édition bat son plein depuis déjà plusieurs jours, Annie
Genevard et Marc Ferracci, respectivement ministres de l’Agriculture et de
l’Industrie, ont eu des mots forts, mardi 25 février.
Un fonds pour « protéger
le transformateur »
Des mots, mais pas que :
à cette occasion, les deux ministres ont confirmé le lancement du fonds
public-privé « Industries Agroalimentaires », doté de 500 millions d’euros pour
soutenir le développement du secteur. Annoncé lors de l’édition précédente du
Salon, ce fonds entend répondre aux difficultés de financement rencontrées par
les entreprises agroalimentaires.
« Pour protéger
l’agriculteur, il faut aussi protéger l’industriel, donc le transformateur
», a expliqué Annie Genevard. Cette initiative vient compléter les dispositifs
existants, notamment ceux déployés dans le cadre de France
2030, un plan d’investissement de 54 milliards d’euros sur cinq ans visant à
combler le retard industriel du pays.
En mobilisant des capitaux
privés, ce fonds permettra de financer des coopératives et des entreprises de
taille intermédiaire qui peinent à attirer des investisseurs. Il a d’ailleurs fait
l’objet d’analyses prospectives pour anticiper les évolutions du marché et
s’inscrit dans une triple ambition : la réindustrialisation, la transition
énergétique et la réponse aux enjeux alimentaires de demain.
PSH : « Il faut évaluer le
seuil incompressible de recours à l’eau »
Les deux ministres ont par
ailleurs officialisé le « Plan de sobriété hydrique » (PSH), qui vise une
réduction de 10 % de la consommation d’eau d’ici 2050 et s’insère dans le cadre
plus large du Plan Eau, présenté par le Président de la République le 30 mars
2023. Ce programme vise à instaurer une gestion plus résiliente et économe de
la ressource afin de garantir une eau de meilleure qualité et de protéger les
écosystèmes face aux épisodes de sécheresse, comme ceux survenus en 2022 et
2023.
L’initiative s’inscrit par
ailleurs « dans la continuité des travaux engagés par le ministre de
l’Industrie pour améliorer la performance des systèmes de production,
développer des innovations réduisant la consommation et promouvoir de nouvelles
pratiques de réutilisation de l’eau », a souligné Annie Genevard. La
ministre a également rappelé que l’État, via le Plan Eau, accompagne les
entreprises dans la réduction de leur consommation, notamment à travers des
programmes portés par les agences de l’eau pour moderniser leurs
infrastructures.
À lire aussi : Au Salon
de l’Agriculture, le passage d’Emmanuel Macron ne semble pas avoir convaincu
Toutefois, Annie Genevard a
insisté sur la nécessité de fixer un seuil incompressible d’utilisation de
l’eau. « Réduire les usages ne signifie pas s’en passer totalement »,
a-t-elle averti, mettant en garde contre le risque de voir des industriels
forer leurs propres puits si l’accès à l’eau des réseaux venait à être trop
restreint, ce qui compromettrait les efforts engagés.
Autre enjeu majeur : la
compétitivité des entreprises françaises face à leurs concurrentes
internationales, « qui n’ont pas ce type de préoccupations », a-t-elle
relevé. Une problématique d’autant plus prégnante avec l’augmentation du prix
de l’eau, estimée à +5 % en moyenne sur le territoire en 2024, selon la
Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR). Pour
préserver la viabilité économique du secteur, la ministre de l’Agriculture a
promis la mise en place d’un « bouclier tarifaire » en 2025, permettant un
échelonnement des hausses de coûts pour les entreprises.
Renforcer la souveraineté
alimentaire
De son côté, Marc Ferracci a
insisté sur la nécessité d’une mobilisation collective pour renforcer la
souveraineté alimentaire. « Ici, nous avons tous le même objectif : garantir
notre indépendance alimentaire, un enjeu porté par deux piliers indissociables,
l’agriculture et l’industrie, qui bénéficieront d’un soutien renforcé dans les
prochaines semaines », a-t-il affirmé.
Le ministre de l’Industrie a
également alerté sur la dépendance alimentaire croissante du pays, avec des
importations ayant doublé en quelques années, passant de 10 % à 20 %. Une
évolution préoccupante, qui, selon lui, doit être combattue « dans une
logique de compétitivité, mais aussi de défense de notre industrie et de notre
agriculture, tout en veillant à ne pas alourdir notre empreinte
environnementale ».
Pour y parvenir, Marc Ferracci a plaidé pour un renforcement de la compétitivité des entreprises du secteur
agroalimentaire, constitué à 98 % de TPE et PME. « Au moment où il faut
innover, investir et négocier avec la grande distribution, nous devons
rééquilibrer le rapport de force en consolidant la filière, peut-être grâce à
un soutien financier ciblé ».
Dans cette optique, celui qui était député, il y a encore quelques mois, a conclu en évoquant un concept de longue date qui lui tient
particulièrement à cœur, celui du « patriotisme alimentaire ». « Le
meilleur moyen de soutenir notre industrie agroalimentaire, c’est que chacun
s’interroge sur le lieu de fabrication des produits qu’il consomme, en prenant
en compte les normes environnementales qui ne sont pas toujours respectées par
les pays exportateurs. C’est ainsi que nous pourrons soutenir l’art de vivre à
la française, chacun peut le faire à son échelle ».
Romain
Tardino
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