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Back Market, Joyeux, Too Good To Go… Alors que la réussite d’une entreprise ne peut plus se résumer à sa seule valorisation financière, un nouveau modèle progresse : celui des licornes à impact. Ces entreprises à forte croissance conjuguent performance économique et utilité sociale ou environnementale. Elles entendent désormais tracer la voie, pour un monde entrepreneurial plus responsable.
« Soyons fiers de nos
licornes ! » Face à un public mêlant entrepreneurs aguerris et jeunes
pousses, l’appel du journaliste Fabrice Lundy, maître de cérémonie du salon Go
Entrepreneurs, jeudi 10 avril, a résonné avec force, dans une société en quête
de modèles économiques plus responsables. En 2021, déjà, l’Hexagone comptait près
de 727 startups à impact.
Aurélien de Meaux,
co-fondateur d’Electra, spécialiste de la recharge rapide pour véhicules
électriques, et Jean Moreau, co-fondateur/CEO de Phenix, scale-up qui
accompagne les entreprises pour limiter le gaspillage, deux figures françaises des
licornes à impact, ont plaidé pour la même cause : il est possible de bâtir des
entreprises performantes sans renoncer à l’utilité sociale.
« On a sauvé de la poubelle
plus de 500 millions de repas »
Si les deux dirigeants ont
défendu une vision engagée de l’entrepreneuriat, fondée sur l’impact
environnemental et social, c’est parce que leurs entreprises en sont, chacune à
leur manière, l’illustration concrète. Pour Aurélien de Meaux, le défi est
clair : lever l’un des principaux freins au passage à l’électrique - celui de
la recharge.
Présente dans neuf pays et
forte de 450 stations, sa société déploie un maillage dense de bornes pour
faciliter cette transition. « Les gens pointaient du doigt le problème de la
recharge pour les véhicules électriques. Nous essayons d’y répondre en
déployant un maximum de bornes », a-t-il expliqué. Aurélien de Meaux a
souligné les atouts de ce nouveau modèle de mobilité, à la fois pour le climat
et pour la souveraineté énergétique. « Dans un pays où on a 56 réacteurs
nucléaires qui surproduisent de l’électricité, il n’y a pas besoin d’aller
chercher du pétrole à l’autre bout du monde pour nos transports. »
Jean Moreau, de son côté,
s’inscrit dans une autre forme de transition. Avec Phenix, il lutte contre le
gaspillage à grande échelle : « Nos clients sont des enseignes comme
Carrefour, Danone, Franprix, qui ont des invendus. Au lieu de les envoyer à
l’incinération via Veolia, on les revend à prix cassé à des consommateurs en
quête de pouvoir d’achat. Ce qui ne part pas est donné à des associations
caritatives, et le reste finit dans des centres équestres, des refuges, des
zoos… ».
Le bilan est conséquent : plus
de 500 millions de repas ont été sauvés, soit environ 200 000 par jour. « Ça
donne un supplément d’âme quand on se lève le matin », a-t-il confié. « On
ne va pas juste chercher un salaire, on va aider des gens, ceux qui en ont
besoin ».
« Rendre systémique
ce qui était marginal »
Également présente lors de la
table ronde pour mieux expliquer le rôle de la banque dans l’accompagnent des
entreprises à impact, Raphaèle Leroy, directrice de l’Engagement d’Entreprises
pour la Banque Commerciale en France chez BNP Paribas, a salué les modèles des
deux fondateurs : « Chacun, dans son secteur, a réussi à le transformer en
profondeur. Et ça, c’est fondamental, car transformer un secteur, c’est casser
un modèle pour rendre systémique ce qui était marginal. »
Mais comment une banque
peut-elle concrètement soutenir la croissance des entreprises à impact ? « En
facilitant la transition écologique de nos clients entreprises via des
outils de financement, comme le crédit vert, mais aussi en accélérant les
entrepreneurs à impact. Pour faire en sorte que les projets émergent » a
affirmé Raphaèle Leroy.
BNP Paribas a notamment mis
en place le dispositif Act For Impact, destiné aux acteurs de l’économie
sociale et solidaire ainsi qu’aux entrepreneurs à impact. Ce programme mobilise
aujourd’hui « 2 milliards d’euros, incluant la microfinance, et propose
bien plus qu’un simple soutien financier : un accompagnement stratégique
personnalisé, des expertises techniques, et un accès à un réseau de partenaires
pour faciliter le développement et maximiser l’impact des projets ».
La banque a également créé un centre d’affaires dédié, le Green Desk,
pour accompagner spécifiquement les acteurs de la transition énergétique.
Pour Raphaèle Leroy (BNP Paribas), « il y a encore beaucoup de modèles à inventer » en matière d’entreprenariat à impact
Raphaèle Leroy a insisté sur la
capacité à « avoir des concepts solides » - l’occasion de prendre une
nouvelle fois exemple sur les deux fondateurs ; deux cas qui prouvent,
selon elle, qu’il est possible de conjuguer « business et rentabilité ».
« Il faut que cela inspire d’autres entrepreneurs à se lancer »,
a-t-elle souligné.
Avant d’insister : « Ces
deux entreprises montrent qu’il est possible d’avoir une croissance
exponentielle tout en ayant un impact. Même si l’on ne peut pas tous faire
d’énormes levées de fonds comme elles, le message reste le même : on peut
grandir en changeant les choses. »
L’entreprenariat à impact
attire de plus en plus
Aurélien de Meaux, également
fondateur de Cheerz, la célèbre plateforme d'impression de photos en ligne, a
mis en lumière un autre levier essentiel à la réussite des entreprises à impact
: le recrutement des « meilleurs talents ». « C’est vraiment
ce qui compte ».
D’après l’entrepreneur, un
autre facteur important de succès joue actuellement : l’accès au capital
s’est nettement facilité, notamment grâce à l’attention croissante portée aux
thématiques RSE : « Il y a pas mal de capitaux dirigés vers l’impact, donc
on arrive plus facilement à se financer et à embarquer des gens. »
« C’est ce qui manquait à la sphère de
l’impact, ce qu’on appelle la tech for good : des entrepreneurs comme Aurélien
qui ont déjà vu, déjà fait, et qui embarquent avec eux des talents qu’ils ont
rencontrés dans leurs aventures passées. » a abondé Jean Moreau.
À lire aussi : Au salon Go Entrepreneurs, Olivia Grégoire en opération
sensibilisation sur la transmission d’entreprise
Mais le chemin vers une
licorne à impact n’a rien d’évident, a rappelé Raphaèle Leroy. La spécialiste estime
que cela impose de relever plusieurs défis. Le premier, selon elle, est de
réussir à « jouer sur deux tableaux » : bâtir un modèle économique
solide tout en développant un impact mesurable et crédible. « Cette équation
permet à l’entreprise d’être durable », a-t-elle résumé.
La dirigeante de la BNP a évoqué
l’importance de développer des indicateurs d’impact clairs et quantifiables, à
la hauteur de ceux utilisés en finance. « Il ne suffit pas de dire que l’on
réduit le CO2, il faut pouvoir dire de combien. Ou encore, combien d’euros on a
permis d’économiser en sauvant des repas. Le véritable tournant viendra quand
on changera de perspective sur la performance, qu’on la regardera dans sa
globalité – économique et sociale – et qu’on prouvera que ça fonctionne ».
« Atteindre un milliard
d’euros de coûts évités pour la société »
Jean Moreau, qui a passé cinq
ans en banque d'affaires, a une vision claire de ce qui l'anime dans son rôle
d'entrepreneur... et ce n’est pas le profit. « Ce qui m'intéresse, ce n’est pas
la course à la richesse ou l’introduction en bourse, mais plutôt d’atteindre un
milliard d’euros de coûts évités pour la société », a-t-il expliqué.
Par ailleurs, pour le CEO de
Phenix, d’autres entreprises à impact, comme Back Market, qui reconditionne des
appareils électriques et électroniques, ont déjà franchi ce cap. « Eux ont
sûrement atteint, voire dépassé, ce milliard. Nous, on n’en est plus très loin,
en mode Robin des bois de l’aide alimentaire », a-t-il ajouté, avec une pointe
d’humour.
L'entrepreneur se réjouit de l'émergence
croissante d'entreprises qui montrent qu'un autre modèle est possible. « Il
n’y a plus cette dichotomie entre le capitalisme et les ONG. » Selon lui,
une voie médiane existe, celle des entreprises à mission, qui combinent « la
niaque et l’ambition des premières » avec « le supplément d'âme des
secondes ».
Cependant, cette dynamique
positive ne suffit pas à provoquer une ruée vers l'entrepreneuriat à impact.
Jean Moreau a identifié un frein majeur : « Il manque encore des clients à
grande échelle et des acheteurs en fin de chaîne. » Et pour convaincre ces
acteurs, il insiste sur un impératif : « Un bon produit et une bonne
expérience utilisateur. »
Un constat que partage
Raphaèle Leroy, pour qui le potentiel de l'entrepreneuriat à impact reste
immense. « Il y a encore beaucoup de modèles à inventer », a-t-elle
affirmé, citant en exemple l'entreprise Merci Julie, qui accompagne le
vieillissement à domicile. « On a besoin de nouvelles licornes pour
améliorer nos vies, dans tous les domaines. »
La route est encore longue,
mais le chemin pourrait être prometteur pour ceux qui sauront allier innovation
et impact.
Romain
Tardino
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