Au salon Go Entrepreneurs, les licornes à impact en faveur d’une action tournée vers « ceux qui en ont besoin »


vendredi 11 avril 2025 à 10:356 min

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Back Market, Joyeux, Too Good To Go… Alors que la réussite d’une entreprise ne peut plus se résumer à sa seule valorisation financière, un nouveau modèle progresse : celui des licornes à impact. Ces entreprises à forte croissance conjuguent performance économique et utilité sociale ou environnementale. Elles entendent désormais tracer la voie, pour un monde entrepreneurial plus responsable.

« Soyons fiers de nos licornes ! » Face à un public mêlant entrepreneurs aguerris et jeunes pousses, l’appel du journaliste Fabrice Lundy, maître de cérémonie du salon Go Entrepreneurs, jeudi 10 avril, a résonné avec force, dans une société en quête de modèles économiques plus responsables. En 2021, déjà, l’Hexagone comptait près de 727 startups à impact.

Aurélien de Meaux, co-fondateur d’Electra, spécialiste de la recharge rapide pour véhicules électriques, et Jean Moreau, co-fondateur/CEO de Phenix, scale-up qui accompagne les entreprises pour limiter le gaspillage, deux figures françaises des licornes à impact, ont plaidé pour la même cause : il est possible de bâtir des entreprises performantes sans renoncer à l’utilité sociale.

« On a sauvé de la poubelle plus de 500 millions de repas »

Si les deux dirigeants ont défendu une vision engagée de l’entrepreneuriat, fondée sur l’impact environnemental et social, c’est parce que leurs entreprises en sont, chacune à leur manière, l’illustration concrète. Pour Aurélien de Meaux, le défi est clair : lever l’un des principaux freins au passage à l’électrique - celui de la recharge.

Présente dans neuf pays et forte de 450 stations, sa société déploie un maillage dense de bornes pour faciliter cette transition. « Les gens pointaient du doigt le problème de la recharge pour les véhicules électriques. Nous essayons d’y répondre en déployant un maximum de bornes », a-t-il expliqué. Aurélien de Meaux a souligné les atouts de ce nouveau modèle de mobilité, à la fois pour le climat et pour la souveraineté énergétique. « Dans un pays où on a 56 réacteurs nucléaires qui surproduisent de l’électricité, il n’y a pas besoin d’aller chercher du pétrole à l’autre bout du monde pour nos transports. »

Jean Moreau, de son côté, s’inscrit dans une autre forme de transition. Avec Phenix, il lutte contre le gaspillage à grande échelle : « Nos clients sont des enseignes comme Carrefour, Danone, Franprix, qui ont des invendus. Au lieu de les envoyer à l’incinération via Veolia, on les revend à prix cassé à des consommateurs en quête de pouvoir d’achat. Ce qui ne part pas est donné à des associations caritatives, et le reste finit dans des centres équestres, des refuges, des zoos… ».

Le bilan est conséquent : plus de 500 millions de repas ont été sauvés, soit environ 200 000 par jour. « Ça donne un supplément d’âme quand on se lève le matin », a-t-il confié. « On ne va pas juste chercher un salaire, on va aider des gens, ceux qui en ont besoin ».

« Rendre systémique ce qui était marginal »

Également présente lors de la table ronde pour mieux expliquer le rôle de la banque dans l’accompagnent des entreprises à impact, Raphaèle Leroy, directrice de l’Engagement d’Entreprises pour la Banque Commerciale en France chez BNP Paribas, a salué les modèles des deux fondateurs : « Chacun, dans son secteur, a réussi à le transformer en profondeur. Et ça, c’est fondamental, car transformer un secteur, c’est casser un modèle pour rendre systémique ce qui était marginal. »

Mais comment une banque peut-elle concrètement soutenir la croissance des entreprises à impact ? « En facilitant la transition écologique de nos clients entreprises via des outils de financement, comme le crédit vert, mais aussi en accélérant les entrepreneurs à impact. Pour faire en sorte que les projets émergent » a affirmé Raphaèle Leroy.

BNP Paribas a notamment mis en place le dispositif Act For Impact, destiné aux acteurs de l’économie sociale et solidaire ainsi qu’aux entrepreneurs à impact. Ce programme mobilise aujourd’hui « 2 milliards d’euros, incluant la microfinance, et propose bien plus qu’un simple soutien financier : un accompagnement stratégique personnalisé, des expertises techniques, et un accès à un réseau de partenaires pour faciliter le développement et maximiser l’impact des projets ». La banque a également créé un centre d’affaires dédié, le Green Desk, pour accompagner spécifiquement les acteurs de la transition énergétique.


Pour Raphaèle Leroy (BNP Paribas), « il y a encore beaucoup de modèles à inventer » en matière d’entreprenariat à impact

Raphaèle Leroy a insisté sur la capacité à « avoir des concepts solides » - l’occasion de prendre une nouvelle fois exemple sur les deux fondateurs ; deux cas qui prouvent, selon elle, qu’il est possible de conjuguer « business et rentabilité ». « Il faut que cela inspire d’autres entrepreneurs à se lancer », a-t-elle souligné.

Avant d’insister : « Ces deux entreprises montrent qu’il est possible d’avoir une croissance exponentielle tout en ayant un impact. Même si l’on ne peut pas tous faire d’énormes levées de fonds comme elles, le message reste le même : on peut grandir en changeant les choses. »

L’entreprenariat à impact attire de plus en plus

Aurélien de Meaux, également fondateur de Cheerz, la célèbre plateforme d'impression de photos en ligne, a mis en lumière un autre levier essentiel à la réussite des entreprises à impact : le recrutement des « meilleurs talents ». « C’est vraiment ce qui compte ».

D’après l’entrepreneur, un autre facteur important de succès joue actuellement : l’accès au capital s’est nettement facilité, notamment grâce à l’attention croissante portée aux thématiques RSE : « Il y a pas mal de capitaux dirigés vers l’impact, donc on arrive plus facilement à se financer et à embarquer des gens. »

 « C’est ce qui manquait à la sphère de l’impact, ce qu’on appelle la tech for good : des entrepreneurs comme Aurélien qui ont déjà vu, déjà fait, et qui embarquent avec eux des talents qu’ils ont rencontrés dans leurs aventures passées. » a abondé Jean Moreau.

Mais le chemin vers une licorne à impact n’a rien d’évident, a rappelé Raphaèle Leroy. La spécialiste estime que cela impose de relever plusieurs défis. Le premier, selon elle, est de réussir à « jouer sur deux tableaux » : bâtir un modèle économique solide tout en développant un impact mesurable et crédible. « Cette équation permet à l’entreprise d’être durable », a-t-elle résumé.

La dirigeante de la BNP a évoqué l’importance de développer des indicateurs d’impact clairs et quantifiables, à la hauteur de ceux utilisés en finance. « Il ne suffit pas de dire que l’on réduit le CO2, il faut pouvoir dire de combien. Ou encore, combien d’euros on a permis d’économiser en sauvant des repas. Le véritable tournant viendra quand on changera de perspective sur la performance, qu’on la regardera dans sa globalité – économique et sociale – et qu’on prouvera que ça fonctionne ».

« Atteindre un milliard d’euros de coûts évités pour la société »

Jean Moreau, qui a passé cinq ans en banque d'affaires, a une vision claire de ce qui l'anime dans son rôle d'entrepreneur... et ce n’est pas le profit. « Ce qui m'intéresse, ce n’est pas la course à la richesse ou l’introduction en bourse, mais plutôt d’atteindre un milliard d’euros de coûts évités pour la société », a-t-il expliqué.

Par ailleurs, pour le CEO de Phenix, d’autres entreprises à impact, comme Back Market, qui reconditionne des appareils électriques et électroniques, ont déjà franchi ce cap. « Eux ont sûrement atteint, voire dépassé, ce milliard. Nous, on n’en est plus très loin, en mode Robin des bois de l’aide alimentaire », a-t-il ajouté, avec une pointe d’humour.

L'entrepreneur se réjouit de l'émergence croissante d'entreprises qui montrent qu'un autre modèle est possible. « Il n’y a plus cette dichotomie entre le capitalisme et les ONG. » Selon lui, une voie médiane existe, celle des entreprises à mission, qui combinent « la niaque et l’ambition des premières » avec « le supplément d'âme des secondes ».

Cependant, cette dynamique positive ne suffit pas à provoquer une ruée vers l'entrepreneuriat à impact. Jean Moreau a identifié un frein majeur : « Il manque encore des clients à grande échelle et des acheteurs en fin de chaîne. » Et pour convaincre ces acteurs, il insiste sur un impératif : « Un bon produit et une bonne expérience utilisateur. »

Un constat que partage Raphaèle Leroy, pour qui le potentiel de l'entrepreneuriat à impact reste immense. « Il y a encore beaucoup de modèles à inventer », a-t-elle affirmé, citant en exemple l'entreprise Merci Julie, qui accompagne le vieillissement à domicile. « On a besoin de nouvelles licornes pour améliorer nos vies, dans tous les domaines. »

La route est encore longue, mais le chemin pourrait être prometteur pour ceux qui sauront allier innovation et impact.

Romain Tardino

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