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Dans son ouvrage Justice : la colère qui monte, plaidoyer pour une refondation complète, la vice-procureure du tribunal judiciaire de Paris et secrétaire générale du syndicat unité magistrat (SUM) FO, porte un regard critique sur la justice en France et plaide pour sa réorganisation.
Justice : la colère qui monte, plaidoyer pour une refondation complète : depuis sa sortie en février dernier, l'ouvrage de Béatrice
Brugère rencontre sans surprise une large adhésion, notamment parmi les avocats. Jean
Castelain, ancien bâtonnier de Paris et président du Cercle, où la vice-procureure du tribunal judiciaire de Paris et secrétaire générale du syndicat unité magistrat FO a présenté son ouvrage début décembre,
confiait à cette occasion : « Il faut lire ce livre. Je ne suis
pas d'accord avec tout ce qui est écrit, mais il y a beaucoup de choses avec
lesquelles je suis tout à fait d'accord, car c'est d'une incroyable lucidité et
d'une grande liberté de ton. »
Le syndicalisme judiciaire a
une image assez marquée (le mur des cons). La secrétaire générale du SUM
FO a une autre approche. Elle est certes engagée, mais pour améliorer la
justice, son fonctionnement et réaffirmer sa vocation. Elle ne se veut ni
militante, ni politisée, et déclare : « Je reste persuadée que la
justice est une œuvre anthropologique qui dessine le contour d'une société.
L’institution de la justice détaille, avec l'accord des citoyens, ce qui est
bien, ce qui est mal, ce qui est sacré, ce qui ne l'est pas. On a trop tendance
à la réduire à une technicité ou à une application de la règle, et je pense que
c’est une des causes de la crise de la justice aujourd'hui. »
Elle conçoit donc son action
syndicale comme réformiste ; une action qui demande « du temps
pour réfléchir et pour prendre de la distance avec le métier ». Il ne
s’agit pas de défendre le corps de la magistrature, mais de réfléchir à sa
mission pour l’intérêt général. Car un magistrat est là pour « chercher
la justice et le bien commun ». Pour cela, il doit « observer
un équilibre entre impartialité, engagement et liberté ».
L’auteure croit que son
ministère est sans doute le plus réformé, comme s’il n’atteignait jamais le
niveau des attentes. Son livre ne se contente pas de faire un état des lieux
regrettable. Il cherche les causes qui font que ça ne fonctionne pas, pour proposer
d’y répondre.
La vice-procureure soulève
une première question : « Pourquoi avons-nous un taux
d'élucidation si faible, alors que la France est dotée de moyens technologiques
qui pourraient participer à l’améliorer ? Par exemple, nous avons un taux
d’élucidation de 7 % pour le vol, c’est comme s’il était dépénalisé. Dans ce
taux, 78 % des auteurs demeurent non identifiés dans les procédures pénales. La
moyenne européenne oscille de 35 à 38 %. » Malgré les renforts
financiers, matériels et humains, la situation se dégrade. Autrement dit,
l’augmentation des moyens alloués, par ailleurs indispensable, ne constitue pas
une réponse à tout.
« Alors qu'on juge de
moins en moins, les délais aux civiles sont de plus en plus longs, alors qu'on
réforme de plus en plus, l’insécurité juridique croit, alors qu’on simplifie,
les procédures se complexifient, etc. » Pour Béatrice
Brugère, la liste des biais est longue.
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