Béatrice Brugère : « La justice est une œuvre anthropologique qui dessine le contour d'une société »


dimanche 22 décembre 2024 à 07:003 min

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Dans son ouvrage Justice : la colère qui monte, plaidoyer pour une refondation complète, la vice-procureure du tribunal judiciaire de Paris et secrétaire générale du syndicat unité magistrat (SUM) FO, porte un regard critique sur la justice en France et plaide pour sa réorganisation.

Justice : la colère qui monte, plaidoyer pour une refondation complète : depuis sa sortie en février dernier, l'ouvrage de Béatrice Brugère rencontre sans surprise une large adhésion, notamment parmi les avocats. Jean Castelain, ancien bâtonnier de Paris et président du Cercle, où la vice-procureure du tribunal judiciaire de Paris et secrétaire générale du syndicat unité magistrat FO a présenté son ouvrage début décembre, confiait à cette occasion : « Il faut lire ce livre. Je ne suis pas d'accord avec tout ce qui est écrit, mais il y a beaucoup de choses avec lesquelles je suis tout à fait d'accord, car c'est d'une incroyable lucidité et d'une grande liberté de ton. »

Le syndicalisme sert à réformer

Le syndicalisme judiciaire a une image assez marquée (le mur des cons). La secrétaire générale du SUM FO a une autre approche. Elle est certes engagée, mais pour améliorer la justice, son fonctionnement et réaffirmer sa vocation. Elle ne se veut ni militante, ni politisée, et déclare : « Je reste persuadée que la justice est une œuvre anthropologique qui dessine le contour d'une société. L’institution de la justice détaille, avec l'accord des citoyens, ce qui est bien, ce qui est mal, ce qui est sacré, ce qui ne l'est pas. On a trop tendance à la réduire à une technicité ou à une application de la règle, et je pense que c’est une des causes de la crise de la justice aujourd'hui. »

Elle conçoit donc son action syndicale comme réformiste ; une action qui demande « du temps pour réfléchir et pour prendre de la distance avec le métier ». Il ne s’agit pas de défendre le corps de la magistrature, mais de réfléchir à sa mission pour l’intérêt général. Car un magistrat est là pour « chercher la justice et le bien commun ». Pour cela, il doit « observer un équilibre entre impartialité, engagement et liberté ».

L’auteure croit que son ministère est sans doute le plus réformé, comme s’il n’atteignait jamais le niveau des attentes. Son livre ne se contente pas de faire un état des lieux regrettable. Il cherche les causes qui font que ça ne fonctionne pas, pour proposer d’y répondre.

La vice-procureure soulève une première question : « Pourquoi avons-nous un taux d'élucidation si faible, alors que la France est dotée de moyens technologiques qui pourraient participer à l’améliorer ? Par exemple, nous avons un taux d’élucidation de 7 % pour le vol, c’est comme s’il était dépénalisé. Dans ce taux, 78 % des auteurs demeurent non identifiés dans les procédures pénales. La moyenne européenne oscille de 35 à 38 %. » Malgré les renforts financiers, matériels et humains, la situation se dégrade. Autrement dit, l’augmentation des moyens alloués, par ailleurs indispensable, ne constitue pas une réponse à tout.

« Alors qu'on juge de moins en moins, les délais aux civiles sont de plus en plus longs, alors qu'on réforme de plus en plus, l’insécurité juridique croit, alors qu’on simplifie, les procédures se complexifient, etc. » Pour Béatrice Brugère, la liste des biais est longue.

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