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La Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale a entamé, jeudi 20 mars, une première série d’auditions dans le cadre de l’enquête parlementaire sur les violences dans les établissements scolaires, menée dans le sillage de l’affaire Bétharram. Huit collectifs d’anciens élèves d’établissements privés catholiques ont été invités à témoigner.
« Les enfants ont parlé », a assuré Constance Bertrand, ancienne élève de
l’Institution Saint-Dominique, de Neuilly-sur-Seine. Et même « crié » ce
qu’ils avaient subi. Pourtant, à chaque fois, ils se sont heurté à des murs ; «
ce qui me met en colère, c’est de savoir que certains [agresseurs] ont
été couverts par les directions successives. »
Comme Constance Bertrand, les représentants de huit
collectifs de victimes de différents établissements et institutions privés
catholiques ont été auditionnés hier, jeudi 20 mars, devant la commission
d’enquête parlementaire mise en place dans le sillage de l’affaire
Bétharram. Face aux députés, ils ont raconté les coups, les sévices, les
agressions sexuelles et les viols survenus au sein de ces structures il y a
parfois plus de cinquante ans.
En réponse à la multiplication des témoignages, la
Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale
avait obtenu, en février dernier, les prérogatives d’une commission d’enquête
pour une durée de six mois. Sous la présidence de la députée socialiste de
Seine-Saint-Denis, Fatiha Keloua Hachi, et avec les rapporteurs Paul Vannier
(La France insoumise, Val-d’Oise) et Violette Spillebout (Ensemble pour la
République, Nord), la commission vise à identifier les défaillances dans les contrôles
instaurés par l’État et les établissements scolaires, qu’ils soient publics ou
privés.
Mais elle veut aussi, a détaillé Paul Vennier, « proposer des évolutions pour empêcher d'autres Bétharram, d'autres Saint-François-Xavier d’Ustaritz, d'autres Notre-Dame de Garaison... Empêcher d'autres drames comme ceux que vous nous avez décrits et protéger tous les enfants. »
« L’omerta, c’est le modus operandi »
En ouverture, Alain Esquerre, porte-parole des
victimes de Bétharram (Pyrénées-Atlantique), a évoqué les violences exercées
par les « prêtres agresseurs ». La violence était « totalement
décomplexée », a abondé Bernard Lafitte pour les victimes de Notre-Dame du
Sacré-Cœur à Dax (Landes), évoquant une « pédagogie par les coups ».
Au sein de la congrégation pour jeunes filles du Bon
Pasteur, à Angers (Maine-et-Loire), Evelyne Le Bris s’est remémoré les
enfermements au mitard, la tonte des cheveux des filles qui tentaient de fuir «
les bonnes sœurs » qui [les] « martyrisaient ». « Tout le monde
savait au minimum qu’il y a avait de la violence physique dans ces
établissements, a assuré Gilles Parent, représentant du collectif des
victimes du collège Saint-François-Xavier, à Ustaritz (Pyrénées-Atlantique).
Si on avait ordonné des enquêtes, on aurait certainement découvert qu’en plus
des violences physiques, il y avait aussi des violences sexuelles. »
À lire aussi : Mineurs victimes : face à « des procédures
extrêmement violentes », le risque d'un second traumatisme
« L’omerta, c’est le modus operandi de toutes les écoles
privées catholiques », a également dénoncé
Constance Bertrand, mentionnant l’alerte d’élèves de l’institution
Saint-Dominique : « Ils sont allés se plaindre au censeur de l'époque qui
leur a dit "Ce sont des accusations sont très graves. Vous savez bien que
les prêtres sont en manque d'affection. Si vous continuez à dire sur deux
choses, il vous arrivera des choses très graves". » Des témoignages
bouleversants, relatant des faits qui ont bien souvent laissé des séquelles
chez les victimes, assure les différents représentants des collectifs :
suicides, dépression, dépendance, difficultés relationnelles...
Un appel à l’action
« Il est essentiel de mettre en place des dispositifs
d'alerte efficaces et accessibles pour les enfants », a reconnu la députée Violette Spillebout, co-rapporteure
de l'enquête. Mais pour l’heure, « ces dispositifs d’alerte ne marchent pas
», a constaté Alain Esquerre : « La preuve, on en est à créer des
pauvres pages Facebook. » Les collectifs de victimes réclament désormais
des solutions rapides et adaptées aux enfants, comme des mécanismes d’alerte
simplifiés.
Ils plaident également pour la création d’un « office
national de prévention et de contrôle des établissements scolaires » qui
pourrait s’inspirer des modèles existants dans d’autres secteurs, et mené «
des contrôles inopinés », et l’imprescriptibilité des violences commises
sur les mineurs. De nombreux témoignages soulignent la nécessité de mieux
contrôler les recrutements dans les établissements catholiques, pointant que de
nombreux agresseurs sont souvent « mutés » vers d'autres structures, sans suivi
adéquat.
Au-delà des mesures concrètes, toutes les victimes
expriment leur souhait d'obtenir des excuses sincères, tant de la part des
institutions responsables que des pouvoirs publics, qui doivent établir les
défaillances dans la chaîne des responsabilités. Ces excuses doivent être «
pour le manque de courage des adultes » de « tous ceux qui ont vu, et
qui n’ont rien fait ». La commission d'enquête dispose de six mois pour
formuler des recommandations concrètes. Une étape cruciale dans la
reconnaissance de la souffrance des victimes et l’instauration d’une réforme
des mécanismes de contrôle.
Après plusieurs déplacements sur le terrain réalisés par les co-rapporteurs ces derniers jours, plusieurs séances d’auditions publiques sont prévues ; différents responsables de l’administration et des institutions catholique doivent être entendus dans les prochains mois, ainsi que plusieurs responsables politiques. Dont le Premier ministre, François Bayrou, qui devra s’expliquer sur sa connaissance des violences à Notre-Dame de Bétharram, alors qu'il était ministre de l’éducation nationale.
C.D.
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