Bétharram, Ustaritz... Au cœur de l’enquête parlementaire sur les violences scolaires, la voix des victimes


vendredi 21 mars 2025 à 15:444 min

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La Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale a entamé, jeudi 20 mars, une première série d’auditions dans le cadre de l’enquête parlementaire sur les violences dans les établissements scolaires, menée dans le sillage de l’affaire Bétharram. Huit collectifs d’anciens élèves d’établissements privés catholiques ont été invités à témoigner.

« Les enfants ont parlé », a assuré Constance Bertrand, ancienne élève de l’Institution Saint-Dominique, de Neuilly-sur-Seine. Et même « crié » ce qu’ils avaient subi. Pourtant, à chaque fois, ils se sont heurté à des murs ; « ce qui me met en colère, c’est de savoir que certains [agresseurs] ont été couverts par les directions successives. »

Comme Constance Bertrand, les représentants de huit collectifs de victimes de différents établissements et institutions privés catholiques ont été auditionnés hier, jeudi 20 mars, devant la commission d’enquête parlementaire mise en place dans le sillage de l’affaire Bétharram. Face aux députés, ils ont raconté les coups, les sévices, les agressions sexuelles et les viols survenus au sein de ces structures il y a parfois plus de cinquante ans.

En réponse à la multiplication des témoignages, la Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale avait obtenu, en février dernier, les prérogatives d’une commission d’enquête pour une durée de six mois. Sous la présidence de la députée socialiste de Seine-Saint-Denis, Fatiha Keloua Hachi, et avec les rapporteurs Paul Vannier (La France insoumise, Val-d’Oise) et Violette Spillebout (Ensemble pour la République, Nord), la commission vise à identifier les défaillances dans les contrôles instaurés par l’État et les établissements scolaires, qu’ils soient publics ou privés.

Mais elle veut aussi, a détaillé Paul Vennier, « proposer des évolutions pour empêcher d'autres Bétharram, d'autres Saint-François-Xavier d’Ustaritz, d'autres Notre-Dame de Garaison... Empêcher d'autres drames comme ceux que vous nous avez décrits et protéger tous les enfants. »            

« L’omerta, c’est le modus operandi »

En ouverture, Alain Esquerre, porte-parole des victimes de Bétharram (Pyrénées-Atlantique), a évoqué les violences exercées par les « prêtres agresseurs ». La violence était « totalement décomplexée », a abondé Bernard Lafitte pour les victimes de Notre-Dame du Sacré-Cœur à Dax (Landes), évoquant une « pédagogie par les coups ».

Au sein de la congrégation pour jeunes filles du Bon Pasteur, à Angers (Maine-et-Loire), Evelyne Le Bris s’est remémoré les enfermements au mitard, la tonte des cheveux des filles qui tentaient de fuir « les bonnes sœurs » qui [les] « martyrisaient ». « Tout le monde savait au minimum qu’il y a avait de la violence physique dans ces établissements, a assuré Gilles Parent, représentant du collectif des victimes du collège Saint-François-Xavier, à Ustaritz (Pyrénées-Atlantique). Si on avait ordonné des enquêtes, on aurait certainement découvert qu’en plus des violences physiques, il y avait aussi des violences sexuelles. »

« L’omerta, c’est le modus operandi de toutes les écoles privées catholiques », a également dénoncé Constance Bertrand, mentionnant l’alerte d’élèves de l’institution Saint-Dominique : « Ils sont allés se plaindre au censeur de l'époque qui leur a dit "Ce sont des accusations sont très graves. Vous savez bien que les prêtres sont en manque d'affection. Si vous continuez à dire sur deux choses, il vous arrivera des choses très graves". » Des témoignages bouleversants, relatant des faits qui ont bien souvent laissé des séquelles chez les victimes, assure les différents représentants des collectifs : suicides, dépression, dépendance, difficultés relationnelles...            

Un appel à l’action                

« Il est essentiel de mettre en place des dispositifs d'alerte efficaces et accessibles pour les enfants », a reconnu la députée Violette Spillebout, co-rapporteure de l'enquête. Mais pour l’heure, « ces dispositifs d’alerte ne marchent pas », a constaté Alain Esquerre : « La preuve, on en est à créer des pauvres pages Facebook. » Les collectifs de victimes réclament désormais des solutions rapides et adaptées aux enfants, comme des mécanismes d’alerte simplifiés.

Ils plaident également pour la création d’un « office national de prévention et de contrôle des établissements scolaires » qui pourrait s’inspirer des modèles existants dans d’autres secteurs, et mené « des contrôles inopinés », et l’imprescriptibilité des violences commises sur les mineurs. De nombreux témoignages soulignent la nécessité de mieux contrôler les recrutements dans les établissements catholiques, pointant que de nombreux agresseurs sont souvent « mutés » vers d'autres structures, sans suivi adéquat.              

Au-delà des mesures concrètes, toutes les victimes expriment leur souhait d'obtenir des excuses sincères, tant de la part des institutions responsables que des pouvoirs publics, qui doivent établir les défaillances dans la chaîne des responsabilités. Ces excuses doivent être « pour le manque de courage des adultes » de « tous ceux qui ont vu, et qui n’ont rien fait ». La commission d'enquête dispose de six mois pour formuler des recommandations concrètes. Une étape cruciale dans la reconnaissance de la souffrance des victimes et l’instauration d’une réforme des mécanismes de contrôle.

Après plusieurs déplacements sur le terrain réalisés par les co-rapporteurs ces derniers jours, plusieurs séances d’auditions publiques sont prévues ; différents responsables de l’administration et des institutions catholique doivent être entendus dans les prochains mois, ainsi que plusieurs responsables politiques. Dont le Premier ministre, François Bayrou, qui devra s’expliquer sur sa connaissance des violences à Notre-Dame de Bétharram, alors qu'il était ministre de l’éducation nationale. 

C.D.

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