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Le
prévenu a passé la nuit chez sa maîtresse et, au matin, sa compagne en colère
vient lui demander des explications. Il est ivre et se met à l’insulter, puis
la menace et la frappe, jusqu’à ce qu’elle prévienne la police. Le 19 septembre,
devant le tribunal, il assume une partie des faits.
« Madame explique qu’elle dormait chez sa mère cette nuit-là, rapporte la présidente des comparutions immédiates de Bobigny. Ayant essayé en vain de joindre Monsieur toute la nuit, elle en a déduit qu’il était chez cette femme qu’il voyait déjà avant ». Sonia furibonde a sonné au petit matin au domicile d’Aïssa, et comme elle le pensait, c’est Amadou qui a ouvert. « Je suis rentré dans l’appartement, il m’a dit ‘tu fais quoi chez les gens ?’, je lui ai dit ‘c’est toi qui fais quoi ?’ », et ça a dégénéré.
Amadou
a exigé qu’elle lui donne un jeu de clefs qu’elle n’a pas voulu lui rendre,
alors il s’est énervé, l’a insultée, frappée, l’a jetée contre le mur, dit-elle.
Puis il l’a étranglée, avant de la jeter sur le canapé, de la gifler et lui
mettre un coup de poing. Quand elle a réussi à sortir de l’appartement, il l’a
rattrapée par les cheveux. Alors elle a sorti son portable pour filmer la
scène, a hurlé pendant qu’il l’insultait. « Je vais te tuer sur le Coran
tu vas plus respirer, je vais t’écraser la tête », entend-on
notamment, dit la présidente.
Sonia
appelle d’abord le père d’Amadou qui s’en fiche complètement et raccroche. Elle
appelle la police et c’est là qu’il la laisse partir. Il est interpellé peu de
temps après.
Les
policiers relèvent que Sonia présente des marques dans le cou et sur la face.
Lui, en état d’ivresse manifeste, a de nombreuses plaies saignantes aux mains,
aux chevilles, et sent fortement l’alcool. Ivre, il a lourdement chuté en
scooter en début de nuit.
« Moi, j’assume ce que j’ai fait »
Interpellé
sur place, Amadou admet avoir commis des violences et montre ses blessures,
qu’il tente de relier à sa chute dans l’escalier, causée selon lui par Sonia.
En réalité, s’il s’est étalé dans les marches, c’est en tentant de la
poursuivre, alors que, complètement soûl, il n’était pas en mesure de
coordonner efficacement ses membres inférieurs. « C’est sûr que ça n’a
pas dû arranger l’entorse à la cheville et la fracture du doigt »,
concède la présidente. De son index attelé, Amadou opine.
Que
reconnaît-il aujourd’hui, ce prévenu de 28 ans ? « Pas de coup de
poing, pas de coup de pied. Tirage de cheveux et étranglement, j’assume
totalement.
-
C’est
déjà beaucoup monsieur.
- Moi, j’assume ce que j’ai fait. »
C’est
dit. La présidente demande à Sonia de venir à la barre. Elle approche à tout
petits pas, avec l’entrain de celle qui ne pensait pas que ça en arriverait là.
« Est-ce que vous tenez à dire quelque chose ? Vous avez reçu des coups
?
-
Oui
-
Des
coups de poing ?
-
Je
sais plus.
-
Voulez-vous
vous constituer partie civile ?
- Non. »
Elle
se rassoit.
« Il y a vos torts, Monsieur, et
puis il y a le pénal »
« Vous
avez vu, Monsieur, Madame ne veut même pas se constituer partie civile.
-
Parce
que nous deux, on sait nos torts.
-
Il
y a vos torts Monsieur, et puis il y a le pénal.
-
Parce
que dans le fond, y a pas de violence.
-
Monsieur,
quand on étrangle quelqu’un, qu’on lui tire les cheveux, c’est assez violent
quand même.
-
Je
tenais à m’excuser pour ça, mais j’en serais pas arrivé là si elle n’était pas
venue.
- Non mais vous vous rendez compte, là, Monsieur,
de ce que vous dites ? »
Personnalité
condensée d’Amadou : 10 condamnations et une problématique avec l’alcool qu’il
aimerait bien régler, « si possible ». Il fume aussi du
cannabis quotidiennement et, à cause de cela, a perdu tous les points de son
permis de conduire. Il a 4 000 euros d’amende à régler au trésor public, qu’il
paye chaque mois à hauteur de 30 euros. Il a une fille de 7 ans qui vit chez sa
mère et est éboueur en intérim.
« Il n’y a jamais de bonnes réponses pour les violences conjugales »
Tonique
et offensive, la procureure envoie : « L’audience reflète bien cette
procédure : une déresponsabilisation patente. La personnalité du prévenu est
non équivoque, il ne reconnait absolument pas la gravité des faits commis.
C’est bien facile quand on a des victimes dans l’empathie, qui sont dans la
culpabilité, qui sont bien trop amoureuses pour dire qu’elles ont subi ces
violences et se constituer partie civile. Mais les déclarations sont là : il se
transforme en monstre lorsqu’il consomme de l’alcool », dit-elle.
Elle
demande 2 ans de prison, dont 10 mois avec sursis probatoire (Amadou écarquille
les yeux), assortis d’un mandat de dépôt. Qu’il se fasse suivre pour les
stupéfiants, l’alcool, par un psychologue, qu’il travaille et fasse un stage de
sensibilisation aux violences conjugales. Enfin, qu’il soit interdit de contact
et de se présenter au domicile de Sonia.
« Il
n’y a jamais de bonnes réponses pour les violences conjugales »,
philosophe l’avocat d’Amadou. « On ne se contente pas de l’infraction,
on veut le contexte ; ce contexte est simple, triste. Il y a un côté vaudeville
: la légitime qui débarque chez la maitresse au saut du lit. Elle vient pour
faire ce que Monsieur va appeler ‘son cinéma’. Alors, évidemment que les
violences sont allées beaucoup trop loin », et l’avocat poursuit son
récit, pour finalement réclamer de ne pas envoyer son client en prison, mais de
prononcer un placement sous surveillance électronique.
C’est
ce que le tribunal lui accorde : deux ans dont un an avec sursis probatoire
(assortis des obligations requises par la procureure). La peine ferme est
aménagée ab initio, sous la forme d’une détention à domicile sous surveillance
électronique.
Julien Mucchielli
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