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En tentant de récupérer la
somme qu’un couple lui devait, un jeune Sri-lankais de 27 ans s’est rendu ivre
à son domicile en pleine nuit et l’a agressé au couteau. Il comparaît devant le tribunal judiciaire de Bobigny pour violences aggravées.
Les policiers du commissariat d’Argenteuil ont
horodaté leur procès-verbal d’interpellation de Kumar P. à 4h22 du matin, puis
ont déposé l’intéressé dans une cellule de dégrisement. Très chiffonné, Kumar P. apparaît deux jours plus tard dans le box des comparutions immédiates de
Bobigny. Il reconnaît des proches dans le public, se souvient de tout et tient
à s’excuser :
« Je reconnais mon erreur.
- De
quoi, d’être allé frapper chez eux en pleine nuit ?
- J’ai
appelé plusieurs fois, il ne m’a pas répondu. J'ai attendu longtemps. Mais je
n’aurais pas dû rentrer.
- Vous
étiez ivre ?
- Oui,
un peu.
- Un
petit peu beaucoup, quand même. »
Les faits semblent établis : après son travail,
Kumar P. est allé toquer à la porte de ce couple qu’il connaît bien : il lui a
loué une chambre récemment.
Le jeune homme est en pétard, car cela fait des
mois qu’ils lui doivent la somme de 450 euros. Ils le mènent en bateau.
Cette fois, il est bien décidé à récupérer son argent.
« Tu seras veuve un jour !
»
Il ne fait pas très froid dans la nuit du 17 au 18 septembre, mais après une heure et demie passée dehors, le prévenu commence à s’impatienter et entre dans la maison (il avait conservé une clef, précise-t-il). Il se dirige vers la porte de la chambre du couple et s’annonce. C’est à partir de ce moment-là que la scène se floute.
L’épouse dit avoir été réveillée par un individu
énervé, alcoolisé, qu’elle connaît et qui tapait très fort : « Ouvrez la
porte, je vais vous découper ! » Le mari ouvre : « elle [l’épouse, ndlr]
vous voit, Monsieur, dit la présidente, qui pointez un couteau vers lui en
disant ‘sors de la chambre !’. Elle précise qu’il y avait son bébé dans le
salon, et que monsieur a mis le couteau sous la gorge du mari ». Ce dernier
s’est débattu, a essayé d’appeler la police, mais Kumar P. lui a pris de force
le téléphone, avant de crier à la femme : « Tu verras, on va le tuer, tu
seras veuve un jour ! ».
La victime dit ensuite qu’il a essayé de
l’étrangler quand elle tentait de les séparer.
Des coupures sur les bras
L’époux parvient à faire lâcher le couteau à Kumar, et sa conjointe en profite pour le pousser sous un meuble (où il sera retrouvé). Finalement, la police intervient et emmène tout le monde. Verdict : cinq jours d’ITT pour Monsieur, deux jours d’ITT pour Madame. Kumar P. a une bosse sur la tête, des griffures sur le visage… mais n’a pas récupéré ses 450 euros.
À lire aussi : CHRONIQUE. (78) Tribunal de Versailles : « Ne tenez pas
tête au tribunal ou vous allez être poursuivi pour outrage ! »
Entre le couple et le locataire - qui a tout vu -
le prévenu a beau se défendre, il lui est difficile de nier avoir eu un couteau
alors que sa victime porte des traces de coupures sur les bras.
« C’est super léger quand même, quand on voit la
taille du couteau », tente malgré tout l’avocat.
« Je n’ai jamais eu affaire à la police »
Kumar P. est sous OQTF mais, dit-il, il a un
récépissé de demande de carte de séjour. Il est serveur dans un restaurant à
Nanterre et vit chez un ami de son père depuis 9 mois. Dans le public, il y a
sa tante et ses cousins qui tentent de se rendre utile en aidant l’interprète
dans son travail (Kumar P. ne parle pas le français). Il essaie d’en dire plus sur
lui :
« Ça fait quatre ans que je vis ici, je travaille
déclaré, je n’ai jamais eu affaire à la police.
- Mais
comment allez-vous faire pour récupérer l’argent qu’ils vous doivent ?
- Je
leur ai prêté 450 quand j’étais chez eux.
- Oui
mais ils ne veulent pas vous rembourser, alors comment on fait ? Vous allez les
récupérer vous-même ? La question est : est-ce que pour 450 euros vous y
retournez ?
- Non.
»
Kumar P. n’est pas tombé dans le piège.
La procureure ne fait pas de suspense : les faits
sont établis. Peine requise : un an de prison ferme avec aménagement ab
initio (détention à domicile sous surveillance électronique).
Julien Mucchielli
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