CHRONIQUE. (94) Une « mule » interceptée à Orly avec plus d'un kilo de cocaïne dans le ventre


samedi 31 août 2024 à 10:0011 min

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Ousmane* a été arrêté début août à l’aéroport d’Orly. Placé en retenue douanière à la suite d’un test positif à la cocaïne, les fonctionnaires ont découvert qu'il avait ingéré de nombreuses « ovules » de cette drogue.

Ousmane ne sait plus combien il en a avalé, mais au moins une centaine. Pour un poids total de 1 565 grammes. Cette mule interpellée à Orly depuis un vol en provenance de Cayenne transportait dans son ventre des « ovules » de cocaïne, repérées par les douaniers à la suite d’un test salivaire positif. Il comparaît devant le tribunal de Créteil pour transport et détention de marchandises dangereuses pour la santé publique. Dix ans encourus.

Au cours de l’audition, le prévenu, déjà condamné en 2023 pour trafic de stupéfiants, a assuré avoir rencontré le donneur d’ordre « dans la rue, un mois auparavant ». Étonnamment, il a indiqué « ne pas avoir besoin d’argent », ne pas connaitre le montant de sa rémunération, mais avoir « quand même accepté ». Le réseau lui a avancé 800 euros pour son billet d’avion, et il devait retrouver le commanditaire à sa sortie de l’aéroport.

La présidente est confuse : « Dans ce type d'affaires, c'est rare que les personnes impliquées n’aient pas besoin d'argent.

- La personne qui m’a proposé ce travail, je lui dois de l’argent

- D'accord, vous avez des dettes. Vous lui devez combien ?

- 1500.

- Et avec ce transfert, cette dette aurait été remboursée ?

- Oui.

- Vous avez indiqué travailler comme préparateur de commandes. De manière non déclarée, mais vous avez précisé gagner 1 200 euros.

- Oui c'est ça. Mais ça me permettait pas de tout rembourser. »

Ousmane reste laconique. Il ne semble pas avoir une quelconque envie de s'épancher sur ce qui l'a amené à faire la mule. La juge cherche à en savoir plus : « Il ressort que vous avez fait un autre vol, en avril et mai, et cela correspond à peu près aux dates auxquelles vous dites avoir rencontré cet homme. Est-ce que c'était déjà un transfert pour rembourser cette personne ?

- Non, pas du tout. C'était comme ça, des vacances

- Des vacances ? Hum, ok. Mais [votre précédente condamnation], c'était pour quoi ? Vous aviez déjà des dettes auprès de quelqu'un d'autre ?

- Non. Et c'était la première fois. »

Malien et muni d'un titre de séjour italien, Ousmane a une trentaine d'années et réside dans un foyer en Île-de-France. Il aide financièrement sa famille restée au pays. Quand la juge lui demande quel est son projet, il assure qu'il souhaite arrêter le transport de stupéfiants.

Une situation de « totale précarité »

Le procureur déplore que l’investigation du téléphone n'ait pas permis de retrouver le créancier d'Ousmane, « si toutefois il existe », puis requiert la révocation du sursis de six mois auquel il avait été condamné. Il demande une peine totale de deux ans.

« On aurait presque pu faire une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité », estime l’avocat d’Ousmane, ce dernier ayant « reconnu presque immédiatement les faits ». Pour son conseil, le délit reproché est une conséquence du trafic de stup’ pour lequel il a déjà été condamné. Sa dette lui paraît donc « inhérente » à sa condamnation en 2023 pour des faits semblables.

« Vous savez très bien qu’à partir du moment où l’on perd la marchandise lors d’une condamnation, on devient débiteur vis-à-vis de celui qui [l’]a fourni », affirme l’avocat. L’incapacité du parquet à démontrer les dettes du prévenu « ne doit [donc] pas rentrer en ligne de compte pour déterminer la peine qui sera prononcée », déduit-il, tout en rappelant la « totale précarité » des conditions de vie d’Ousmane, « obligé de travailler de manière non déclarée ». Et il n’a aucune famille en France.

Il appelle à une gradation de la peine. La condamnation d’Ousmane pour des faits similaires ayant été de six mois avec sursis, la réquisition du parquet de deux ans ferme lui paraît excessive. « Elle pourrait être diminuée de six mois, que cela suffirait amplement pour faire comprendre à monsieur qu’il doit trouver d’autres moyens de subsistance que de se livrer au trafic de stupéfiants. » L’avocat obtient gain de cause, ce sera finalement un an ferme

*Le prénom a été changé

Etienne Antelme

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