Campus des conflits : « l’aïkido relationnel », une clef pour résoudre les tensions en entreprise


dimanche 29 septembre 2024 à 11:096 min

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Du jeudi 26 au samedi 28 septembre, la Maison de la Conversation à Paris accueillait le Campus des Conflits, un événement dédié au partage et à l'expérimentation de diverses méthodes de résolution des conflits en entreprise. Parmi les approches présentées, l'atelier de Sat Prem s'est distingué par son procédé insolite, qui flirte parfois - à dessein - avec l’inconfort.

Dans une salle feutrée de la Maison de la Conversation à Paris, jeudi 26 septembre, plus d’une quinzaine de participants – des entrepreneurs, des salariés, et des curieux – se retrouvent en cercle pour un atelier pas tout à fait comme les autres. Sat Prem, de son vrai nom Stéphanie Bardin, formatrice et consultante en leadership relationnel, les invite à rester dans le calme et le silence le temps d’une méditation, les yeux fermés, ou non. « Retrouvez-vous avec vous-mêmes », indique-t-elle.

Sat Prem s’adresse aux participants, les invitant à se questionner : « Parmi les visages ici présents, certains peuvent peut-être vous paraître amicaux, d’autres, en revanche, rappellent des rivaux, voire des adversaires. Qu’est-ce que vous ressentez ? ». Dans cette ambiance introspective, l’objectif est de permettre à chacun de puiser dans des ressentis habituellement tus au sein de leur entreprise, où tensions et frictions entre collègues et supérieurs laissent parfois des traces profondes.


Pour commencer l’atelier, Sat Prem invite les participants à méditer dans le silence pour « se retrouver »

« Aïkido et Alchimie Relationnelle », comme l’appelle Sat Prem, est une approche singulière, conçue pour guider vers une meilleure gestion des conflits en entreprise. Sous l’égide d’ART International, une organisation spécialisée en développement personnel, la formatrice amène ses participants à découvrir, à observer « comment le conflit peut se transformer en énergie de clarté, de créativité et de connexion ». Devenue ambassadrice en francophonie de la méthode des « relations authentiques » née aux États-Unis, Stéphanie Bardin aspire à transformer ces moments de friction en opportunités de compréhension et d'authenticité.

Une expérience de découverte accélérée

« Les conflits au travail font perdre 3 heures par semaine aux 2/3 des salariés ? » C’est ce constat, dressé par Carole Laubry, coach et formatrice, qui a conduit ces spécialistes du relationnel à lancer le « Campus des Conflits », un programme de transformation collective où ateliers et discussions se mêlent durant trois jours pour ouvrir de véritables « espaces de dialogue et de rencontre sur la thématique du conflit ». Le but : explorer comment le conflit peut devenir un levier de changement positif. Mais pour réinventer leurs relations professionnelles, les participants n’ont pas beaucoup de temps.

Parmi les nombreux ateliers proposés au Campus des Conflits, celui de Sat Prem dure deux heures seulement, loin des sessions de plusieurs jours qui permettent une transformation en profondeur. Un vrai « challenge », explique-t-elle. Avant d’ajouter : « C’est expérimental, mais j'avais vraiment à cœur de donner un avant-goût aux gens, pour les rendre curieux ; qu’ils aient envie d'explorer davantage ce que je propose ».

Dans cette expérience de découverte accélérée, une fois la méditation passée, le premier exercice consiste à « découvrir l’autre » par un simple échange de regards. Répartis en duos, les participants se font donc face, sans un mot, et tentent d’établir une connexion. « Se fixer ainsi, sans parole, peut être intimidant, voire oppressant pour certains » prévient la formatrice, qui recommande aux plus anxieux de fermer les yeux.

Le silence devient presque tangible. Certains regards sont durs ou insondables, d’autres plus amicaux. Plusieurs participants finissent par détourner le regard pour reprendre leurs esprits. « Souvent le regard est synonyme de la manière dont on a été éduqué et regardé pas ses parents », affirme Sat Prem.

Apprendre à écouter l’autre

Plus tard, lors du « jeu de l’empathie », les participants sont de nouveau invités à sortir de leur zone de confort. Pour amorcer cette étape, la formatrice leur demande de se lever, de marcher dans la pièce et de se tourner vers quelqu’un qu’ils ne connaissent pas, comme pour « créer une connexion avec quelqu’un dans la pièce ». Le but : inviter un inconnu à participer avec soi à cet exercice de confiance.

Dans cet échange, chaque membre du duo explique brièvement les raisons qui l’a conduit à cet atelier et dispose d’un temps limité pour s’exprimer. Dès que l’animatrice fait retentir un gong, c’est à l’autre d’intervenir. Une fois son partenaire entendu, il est en effet amené à reformuler ses propos et à vérifier qu’il les a bien compris. À la clé, l’objectif est simple : atteindre un meilleur degré de compréhension de l’autre et de soi.

Après cet exercice axé principalement sur l’écoute, l’atelier prend un tournant plus introspectif. Il s’agit désormais de voir « comment l’inconfort que l’on peut vivre peut être une opportunité de mieux se connaître », car selon Sat Prem, « parfois le conflit peut être révélateur de certains de ses propres comportements que l’on ne regarde pas forcément ». La formatrice propose d’explorer cette zone d’inconfort.

Si dans un premier temps, chaque participant est invité à se diriger vers la personne de la pièce qui lui inspire le plus d’affinités, il est ensuite amené à s’approcher de celle qui lui est la moins sympathique, voire celle pour qui il ressent une « répulsion ». Certains surmontent la gêne avec légèreté, trouvant même de quoi plaisanter. L’une des participantes avoue à son partenaire avec le sourire : « Je suis venue vers toi, il y avait vraiment un mini ressentiment ». D'autres, pour qui l’atelier s'avère plus difficile, préfèrent quant à eux ne pas y participer.

« Utiliser l’énergie de l’autre pour créer de la connexion avec lui »

Derrière l’enchaînement des jeux se cache en réalité une préparation minutieuse pour viser le cœur de l’atelier organisé par Sat Prem : l’aïkido relationnel. Un terme qui peut prêter à confusion, car il ne s'agit aucunement d'un affrontement physique, mais plutôt d'une démarche visant à « utiliser l’énergie de l’autre pour créer de la connexion avec lui », à l’image du véritable aïkido, cette discipline de défense « où l’on exploite la force de son adversaire pour s’en servir à son avantage ». L’idée centrale repose sur le fait qu’au cours d’un moment conflictuel, il est essentiel d’accueillir la colère de l’autre tout en cherchant à la comprendre.

Pour mettre cela en pratique, chaque participant doit choisir un partenaire, puis s’engager dans un jeu de rôle. L’un des deux doit incarner une personne avec qui son coéquipier a déjà eu un conflit significatif, qu’il s’agisse d’un collègue ou d’un proche. Dans cet exercice, celui qui joue la colère doit s’exprimer librement, tandis que son partenaire écoute attentivement avant de reformuler ce qui lui est reproché. Ce processus permet de se servir de la colère de l’autre pour favoriser la communication, afin de trouver des solutions sans que les tensions ne s’intensifient. « Souvent, le conflit c’est cela : on ne se comprend pas, nos avis se télescopent. Parfois, cela vient de nulle part, ou de non-dits », souligne Sat Prem.

Alors que l’atelier arrive à son terme, une session de partage est proposée, permettant aux participants de s’exprimer sur leur expérience. La coach en leadership relationnel invite chacun à résumer son ressenti en un mot. « Enthousiasme » et « satisfaction » ressortent majoritairement face à l’expérience vécue. « J’ai pu dire des choses que je n’aurais jamais pu lui dire en temps normal, j’étais content de pouvoir en parler avec mon directeur et d’être enfin entendu », confie par ailleurs un participant. Toutefois, d'autres partagent des impressions plus mitigées, comme une participante qui confie : « J’ai eu de la difficulté », tandis qu’un autre admet avoir été « perturbé par l’intensité » de l’atelier.

Si cet atelier avait pour unique objectif de stimuler l’envie d’approfondir la réflexion sur les relations humaines, Sat Prem reste résolument optimiste : « Ce que je vois, c'est que de plus en plus de personnes s'intéressent à cela, prennent conscience et mesurent l'importance de l'humain au cœur de l'entreprise. Le conflit est une évidence au cœur des relations humaines, c'est incontournable. Un événement comme celui du Campus des Conflits est véritablement le témoignage d’une réelle prise de conscience sur ce sujet ».

Romain Tardino

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