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Du jeudi 26 au samedi 28 septembre, la Maison de la Conversation à Paris accueillait le Campus des Conflits, un événement dédié au partage et à l'expérimentation de diverses méthodes de résolution des conflits en entreprise. Parmi les approches présentées, l'atelier de Sat Prem s'est distingué par son procédé insolite, qui flirte parfois - à dessein - avec l’inconfort.
Dans
une salle feutrée de la Maison de la Conversation à Paris, jeudi 26 septembre, plus
d’une quinzaine de participants – des entrepreneurs, des salariés, et des
curieux – se retrouvent en cercle pour un atelier pas tout à fait comme les
autres. Sat Prem, de son vrai nom Stéphanie Bardin, formatrice et consultante
en leadership relationnel, les invite à rester dans le calme et le silence le
temps d’une méditation, les yeux fermés, ou non. « Retrouvez-vous avec vous-mêmes
», indique-t-elle.
Sat
Prem s’adresse aux participants, les invitant à se questionner : « Parmi les
visages ici présents, certains peuvent peut-être vous paraître amicaux,
d’autres, en revanche, rappellent des rivaux, voire des adversaires. Qu’est-ce
que vous ressentez ? ». Dans cette ambiance introspective, l’objectif est
de permettre à chacun de puiser dans des ressentis habituellement tus au sein
de leur entreprise, où tensions et frictions entre collègues et supérieurs
laissent parfois des traces profondes.
Pour commencer l’atelier, Sat Prem invite les participants à méditer dans le silence pour « se retrouver »
« Aïkido
et Alchimie Relationnelle », comme l’appelle Sat Prem, est une approche
singulière, conçue pour guider vers une meilleure gestion des conflits en
entreprise. Sous l’égide d’ART International, une organisation spécialisée en
développement personnel, la formatrice amène ses participants à découvrir, à
observer « comment le conflit peut se transformer en énergie de clarté, de
créativité et de connexion ». Devenue ambassadrice en francophonie de la
méthode des « relations authentiques » née aux États-Unis, Stéphanie Bardin
aspire à transformer ces moments de friction en opportunités de compréhension
et d'authenticité.
Une expérience de découverte
accélérée
« Les conflits au travail
font perdre 3 heures par semaine aux 2/3 des salariés ? » C’est ce constat,
dressé par Carole Laubry, coach et formatrice, qui a conduit ces spécialistes du
relationnel à lancer le « Campus des Conflits », un programme de
transformation collective où ateliers et discussions se mêlent durant trois
jours pour ouvrir de véritables « espaces de dialogue et de rencontre sur la
thématique du conflit ». Le but : explorer comment le conflit peut
devenir un levier de changement positif. Mais pour réinventer leurs relations
professionnelles, les participants n’ont pas beaucoup de temps.
Parmi les nombreux ateliers
proposés au Campus des Conflits, celui de Sat Prem dure deux heures seulement, loin
des sessions de plusieurs jours qui permettent une transformation en profondeur.
Un vrai « challenge », explique-t-elle. Avant d’ajouter :
« C’est expérimental, mais j'avais vraiment à cœur de donner un avant-goût
aux gens, pour les rendre curieux ; qu’ils aient envie d'explorer davantage
ce que je propose ».
Dans cette expérience de
découverte accélérée, une fois la méditation passée, le premier exercice consiste
à « découvrir l’autre » par un simple échange de regards. Répartis en
duos, les participants se font donc face, sans un mot, et tentent d’établir une
connexion. « Se fixer ainsi, sans parole, peut être intimidant, voire
oppressant pour certains » prévient la formatrice, qui recommande aux plus
anxieux de fermer les yeux.
Le silence devient presque
tangible. Certains regards sont durs ou insondables, d’autres plus amicaux. Plusieurs
participants finissent par détourner le regard pour reprendre leurs esprits. « Souvent
le regard est synonyme de la manière dont on a été éduqué et regardé pas ses
parents », affirme Sat Prem.
Apprendre à écouter l’autre
Plus tard, lors du « jeu de
l’empathie », les participants sont de nouveau invités à sortir de leur zone de
confort. Pour amorcer cette étape, la formatrice leur demande de se lever, de
marcher dans la pièce et de se tourner vers quelqu’un qu’ils ne connaissent
pas, comme pour « créer une connexion avec quelqu’un dans la pièce ». Le
but : inviter un inconnu à participer avec soi à cet exercice de confiance.
Dans cet échange, chaque
membre du duo explique brièvement les raisons qui l’a conduit à cet atelier et dispose
d’un temps limité pour s’exprimer. Dès que l’animatrice fait retentir un gong,
c’est à l’autre d’intervenir. Une fois son partenaire entendu, il est en effet amené
à reformuler ses propos et à vérifier qu’il les a bien compris. À la clé,
l’objectif est simple : atteindre un meilleur degré de compréhension de l’autre
et de soi.
À lire aussi : INTERVIEW. « Les
entreprises ne peuvent plus attendre trois ans pour régler leurs conflits » :
la médiation à la rescousse
Après cet exercice axé
principalement sur l’écoute, l’atelier prend un tournant plus introspectif. Il
s’agit désormais de voir « comment l’inconfort que l’on peut vivre peut être
une opportunité de mieux se connaître », car selon Sat Prem, « parfois
le conflit peut être révélateur de certains de ses propres comportements que
l’on ne regarde pas forcément ». La formatrice propose d’explorer cette
zone d’inconfort.
Si dans un premier temps,
chaque participant est invité à se diriger vers la personne de la pièce qui lui
inspire le plus d’affinités, il est ensuite amené à s’approcher de celle qui
lui est la moins sympathique, voire celle pour qui il ressent une « répulsion
». Certains surmontent la gêne avec légèreté, trouvant même de quoi plaisanter.
L’une des participantes avoue à son partenaire avec le sourire : « Je suis
venue vers toi, il y avait vraiment un mini ressentiment ». D'autres, pour
qui l’atelier s'avère plus difficile, préfèrent quant à eux ne pas y participer.
« Utiliser l’énergie de
l’autre pour créer de la connexion avec lui »
Derrière l’enchaînement des
jeux se cache en réalité une préparation minutieuse pour viser le cœur de
l’atelier organisé par Sat Prem : l’aïkido relationnel. Un terme qui peut
prêter à confusion, car il ne s'agit aucunement d'un affrontement physique,
mais plutôt d'une démarche visant à « utiliser l’énergie de l’autre pour
créer de la connexion avec lui », à l’image du véritable aïkido, cette
discipline de défense « où l’on exploite la force de son adversaire
pour s’en servir à son avantage ». L’idée centrale repose sur le fait
qu’au cours d’un moment conflictuel, il est essentiel d’accueillir la colère de
l’autre tout en cherchant à la comprendre.
Pour mettre cela en pratique,
chaque participant doit choisir un partenaire, puis s’engager dans un jeu de
rôle. L’un des deux doit incarner une personne avec qui son coéquipier a déjà
eu un conflit significatif, qu’il s’agisse d’un collègue ou d’un proche. Dans
cet exercice, celui qui joue la colère doit s’exprimer librement, tandis que
son partenaire écoute attentivement avant de reformuler ce qui lui est
reproché. Ce processus permet de se servir de la colère de l’autre pour
favoriser la communication, afin de trouver des solutions sans que les tensions
ne s’intensifient. « Souvent, le conflit c’est cela : on ne se comprend
pas, nos avis se télescopent. Parfois, cela vient de nulle part, ou de non-dits
», souligne Sat Prem.
Alors que l’atelier arrive à son terme, une session de partage est proposée, permettant aux participants de s’exprimer sur leur expérience. La coach en leadership relationnel invite chacun à résumer son ressenti en un mot. « Enthousiasme » et « satisfaction » ressortent majoritairement face à l’expérience vécue. « J’ai pu dire des choses que je n’aurais jamais pu lui dire en temps normal, j’étais content de pouvoir en parler avec mon directeur et d’être enfin entendu », confie par ailleurs un participant. Toutefois, d'autres partagent des impressions plus mitigées, comme une participante qui confie : « J’ai eu de la difficulté », tandis qu’un autre admet avoir été « perturbé par l’intensité » de l’atelier.
Si cet atelier avait pour
unique objectif de stimuler l’envie d’approfondir la réflexion sur les
relations humaines, Sat Prem reste résolument optimiste : « Ce que je
vois, c'est que de plus en plus de personnes s'intéressent à cela, prennent
conscience et mesurent l'importance de l'humain au cœur de l'entreprise. Le
conflit est une évidence au cœur des relations humaines, c'est incontournable.
Un événement comme celui du Campus des Conflits est véritablement le témoignage
d’une réelle prise de conscience sur ce sujet ».
Romain
Tardino
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