Comment la taille des classes dans les écoles primaires affecte les finances publiques


samedi 12 juillet 2025 à 11:354 min

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Face à la baisse démographique, un choix s’impose : diminuer le nombre d’enseignants et maintenir la taille des classes, ce qui entraînerait des économies à court terme, ou, à l’inverse, préserver les effectifs et réduire les tailles des classes, ce qui serait plus rentable à long terme.

Publiée en juin 2025, une étude intitulée « Taille des classes et inégalités territoriales » le pointe : du fait de la baisse démographique, de moins en moins d’élèves sont scolarisés. Les effectifs du premier degré, qui ont diminué de 8 % entre 2015 et 2024, devraient reculer de 19 % supplémentaires d’ici à 2034, avec de fortes disparités selon les territoires.

Or, « dans un contexte de contraintes sur les finances publiques, cette évolution pose la question d’un ajustement de la dépense éducative », met en exergue cette enquête. Et conduit à un choix : diminuer progressivement le nombre d’enseignants en proportion, afin de maintenir, dans chaque département, la taille moyenne des classes à son niveau actuel, ou bien garder le même nombre d’enseignants, ce qui permettrait de réduire la taille des classes.

Réduire les effectifs enseignants : neuf euros de perte… pour un euro d’économie

La taille des classes a en effet un effet indirect sur l’économie et les recettes de l’Etat. Diminuer le nombre d’enseignants entraînerait des économies à court terme. À taille de classe constante, la baisse démographique permettrait de supprimer environ 50 000 postes d’enseignants d’ici à 2034, réduisant la dépense publique annuelle d’environ 3,4 milliards d’euros à cet horizon. (Trajectoire qui ne pourrait être atteinte uniquement par le non-remplacement des départs en retraite – lequel couvrirait 98 % de la cible – et nécessiterait de « restreindre la mobilité des enseignants demandant une mutation vers les départements les plus exposés à la baisse, tels que Paris ou le Rhône »).

Toutefois, « Pour un euro d’économie, on aura engendré une perte économique de neuf euros à long terme?», expliquait l’un des auteurs de l’étude, Julien Grenet, lors d’une présentation à l’Institut des politiques publiques, fin juin. En effet, « à long terme, cette option serait moins rentable socialement qu’un maintien des effectifs enseignants, qui ferait passer la taille moyenne des classes de 22,4 à 18,2 élèves entre 2024 et 2034, pour un gain économique estimé à 4,5 milliards d’euros», souligne l’étude sur ce point.

Au-delà, « cela produit — une large littérature l’a montré — des effets bénéfiques sur les apprentissages des élèves, et à long terme, sur leur insertion professionnelle. Cela veut dire des salaires potentiellement plus élevés, et donc des ressources fiscales plus élevées à long terme?», selon Julien. Supplément évalué à environ 2,9 milliards d’euros.

Les calculs effectués ne prennent par ailleurs pas en compte l’ensemble des retombées positives d’une réduction de la taille des classes, que ce soit l’amélioration des conditions de travail des enseignants ou d’externalités de long terme sur la santé, la criminalité ou encore la participation civique.

Attention à l’accroissement des inégalités territoriales

Cependant, la répartition actuelle des enseignants risque de conduire à un accroissement des inégalités. « À effectifs constants d’enseignants, la diminution du nombre d’élèves permettrait de réduire globalement la taille des classes sur l’ensemble du territoire. Toutefois, en l’absence de réallocation des moyens humains entre départements, cette amélioration serait très inégale », pointe l’étude.

En effet, la baisse démographique attendue d’ici dix ans ne sera pas uniforme. Les évolutions prévues varient beaucoup selon les départements, de -5 % à plus de -30 %. Par exemple, le Var et la Gironde devraient enregistrer une baisse des effectifs scolaires de 12 % et 13 %, alors que des départements de l’Est pourraient connaître des diminutions entre 25 % et 30 %, illustre l’étude.  

Les départements les plus socialement défavorisés tendraient à bénéficier de classes plus petites à l’horizon 2034, ce qui s’explique « à la fois par une présence plus importante d’écoles en éducation prioritaire et par une baisse démographique généralement plus marquée dans ces territoires », avance l’étude. Toutefois, cette règle présente des exceptions. C’est notamment le cas de Paris, qui allie un IPS (indice de position sociale) de 127 avec l’une des tailles de classe projetées les plus faibles (14,4 élèves en moyenne), alors que la Seine-Saint-Denis, qui dispose d’un IPS de 95, atteindrait une moyenne de 16,6 élèves par classe.

« Ces écarts soulignent que, sans réallocation active des moyens humains, une politique passive d’ajustement local aux baisses d’effectifs ne suffirait pas à corriger les déséquilibres existants ». Les auteurs invitent donc à « exploiter l’opportunité offerte par la baisse démographique pour améliorer les conditions d’encadrement tout en réduisant les inégalités territoriales, [en conservant] le nombre d’enseignants au niveau national, tout en réallouant les postes entre départements pour réduire les inégalités socio-spatiales dans la taille des classes ».

Autrement dit, pour que cela soit juste socialement, il faudrait donc orienter différemment la répartition des enseignants, donc y penser dès maintenant pour adapter les affectations des nouveaux enseignants.

Aude David

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