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Publiée en juin 2025, une étude intitulée
« Taille des classes et inégalités territoriales » le pointe :
du fait de la baisse démographique, de moins en moins d’élèves sont scolarisés.
Les effectifs du premier degré, qui ont diminué de 8 % entre 2015 et 2024, devraient
reculer de 19 % supplémentaires d’ici à 2034, avec de fortes disparités selon
les territoires.
Or, « dans un contexte
de contraintes sur les finances publiques, cette évolution pose la question
d’un ajustement de la dépense éducative », met en exergue cette
enquête. Et conduit à un choix : diminuer progressivement le nombre
d’enseignants en proportion, afin de maintenir, dans chaque département, la
taille moyenne des classes à son niveau actuel, ou bien garder le même nombre
d’enseignants, ce qui permettrait de réduire la taille des classes.
Réduire les effectifs
enseignants : neuf euros de perte… pour un euro d’économie
La taille des classes a en
effet un effet indirect sur l’économie et les recettes de l’Etat. Diminuer le
nombre d’enseignants entraînerait des économies à court terme. À taille de
classe constante, la baisse démographique permettrait de supprimer environ 50
000 postes d’enseignants d’ici à 2034, réduisant la dépense publique annuelle
d’environ 3,4 milliards d’euros à cet horizon. (Trajectoire qui ne pourrait
être atteinte uniquement par le non-remplacement des départs en retraite – lequel
couvrirait 98 % de la cible – et nécessiterait de « restreindre la mobilité
des enseignants demandant une mutation vers les départements les plus exposés à
la baisse, tels que Paris ou le Rhône »).
Toutefois, « Pour un euro
d’économie, on aura engendré une perte économique de neuf euros à long terme?»,
expliquait l’un des auteurs de l’étude, Julien Grenet, lors d’une présentation à
l’Institut des politiques publiques, fin juin. En effet, « à long
terme, cette option serait moins rentable socialement qu’un maintien des
effectifs enseignants, qui ferait passer la taille moyenne des classes
de 22,4 à 18,2 élèves entre 2024 et 2034, pour un gain économique estimé à 4,5 milliards
d’euros», souligne l’étude sur ce point.
À
lire aussi : Quelle trajectoire pour les
finances publiques ?
Au-delà, « cela
produit — une large littérature l’a montré — des effets bénéfiques sur les
apprentissages des élèves, et à long terme, sur leur insertion professionnelle.
Cela veut dire des salaires potentiellement plus élevés, et donc des ressources
fiscales plus élevées à long terme?», selon Julien. Supplément évalué à
environ 2,9 milliards d’euros.
Les calculs effectués ne prennent
par ailleurs pas en compte l’ensemble des retombées positives d’une réduction
de la taille des classes, que ce soit l’amélioration des conditions de travail
des enseignants ou d’externalités de long terme sur la santé, la criminalité ou
encore la participation civique.
Attention à l’accroissement
des inégalités territoriales
Cependant, la répartition
actuelle des enseignants risque de conduire à un accroissement des inégalités. « À
effectifs constants d’enseignants, la diminution du nombre d’élèves permettrait
de réduire globalement la taille des classes sur l’ensemble du territoire.
Toutefois, en l’absence de réallocation des moyens humains entre départements,
cette amélioration serait très inégale », pointe l’étude.
En effet, la baisse
démographique attendue d’ici dix ans ne sera pas uniforme. Les évolutions
prévues varient beaucoup selon les départements, de -5 % à plus de -30 %. Par
exemple, le Var et la Gironde devraient enregistrer une baisse des effectifs
scolaires de 12 % et 13 %, alors que des départements de l’Est pourraient
connaître des diminutions entre 25 % et 30 %, illustre l’étude.
Les départements les plus
socialement défavorisés tendraient à bénéficier de classes plus petites à
l’horizon 2034, ce qui s’explique « à la fois par une présence plus
importante d’écoles en éducation prioritaire et par une baisse démographique
généralement plus marquée dans ces territoires », avance l’étude. Toutefois,
cette règle présente des exceptions. C’est notamment le cas de Paris, qui allie
un IPS (indice de position sociale) de 127 avec l’une des tailles de classe
projetées les plus faibles (14,4 élèves en moyenne), alors que la
Seine-Saint-Denis, qui dispose d’un IPS de 95, atteindrait une moyenne de 16,6
élèves par classe.
« Ces écarts
soulignent que, sans réallocation active des moyens humains, une politique
passive d’ajustement local aux baisses d’effectifs ne suffirait pas à corriger
les déséquilibres existants ». Les auteurs invitent donc à « exploiter
l’opportunité offerte par la baisse démographique pour améliorer les conditions
d’encadrement tout en réduisant les inégalités territoriales, [en conservant]
le nombre d’enseignants au niveau national, tout en réallouant les postes entre
départements pour réduire les inégalités socio-spatiales dans la taille des
classes ».
Autrement dit, pour que cela
soit juste socialement, il faudrait donc orienter différemment la répartition
des enseignants, donc y penser dès maintenant pour adapter les affectations des
nouveaux enseignants.
Aude David
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