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Défaillances d’entreprises :
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Conjoncture,
financement, PGE… pourquoi les défaillances d’entreprise continuent-elles
d’augmenter ? -
Vivre
une défaillance : si j’avais su, je m’y serais pris plus tôt -
Qu’est-ce que les coopératives peuvent
apprendre aux autres entreprises en matière de défaillance ? -
Défaillances
d’entreprises : l’immobilier inquiète |
Après des années de
difficultés économiques, de multiples rachats, plusieurs redressements
judiciaires (le dernier en avril 2024) et une liquidation judiciaire en 2008,
le fabriquant de verres presque centenaire Duralex entrevoit le bout du tunnel,
avec une reprise par ses salariés, validée le 26 juillet dernier par le
tribunal de commerce d’Orléans. Elle se fait sous le statut de Scop, société
coopérative et participative, inscrit dans l’économie sociale et solidaire, où les
salariés sont propriétaires de l’entreprise et prennent les décisions de façon
démocratique.
S’il est trop tôt pour
prédire la réussite du projet, ce statut de Scop peut être un facteur
encourageant. Car cinq ans après leur création, 78,7 % des coopératives
salariées (Scop et Scic, sociétés coopératives d’intérêt collectif) étaient
encore en activité en 2023, selon la Conféfération générale des Scop et des
Scic (CG Scop). 17,4 points de plus que l’ensemble des entreprises, et en
augmentation de deux points en un an.
Elles peuvent être créées ex
nihilo (61 % des coopératives salariées en 2023), par transmission d’entreprise
saine (16 %), par transformation d’une association en coopérative (16 %), ou,
comme c’est le cas pour Duralex, par transmission d’une entreprise en
difficulté (8 %). En 2023, quinze coopératives ont été créées suite à la
reprise d’une entreprise en difficulté, ce qui représenté 9 % des créations de
Scop et Scic. Si le taux de pérennité dans ce cas (69 %), est inférieur à la
moyenne des coopératives, il reste supérieur à l’ensemble des entreprises.
Selon la déléguée générale de
la CG Scop, Fatima Bellaredj, « l’expertise du mouvement est composée
d’audits marketing, industriel, et financier ; d’aide à la constitution
juridique et humaine de la Scop et de l’accompagnement sur le tour de table
financier. C’est ce qui permet de convaincre les administrateurs judiciaires ».
La transmission d’entreprises
saines assure quant à elle un taux de pérennité à cinq ans de 91,5 % aux coopératives.
Même si les coopératives des secteurs les plus touchés par les défaillances
(immobilier, construction, hébergement, restauration…) sont aussi touchées par
les difficultés macro-économiques.
Fatima Bellaredj avance deux
explications principales de cette solidité : une structuration financière
particulière et un fort accompagnement. Deux sujets justement pointés par les
professionnels de la défaillance et de la restructuration dans l’accélération
des défauts.
Financièrement, les Scop sont tenues de mettre au moins 16 % de leurs résultats nets en réserve, et les Scic, 57,5 %. En 2023, 42 % des bénéfices des coopératives ont été mis en réserve. Cela assure nécessairement une solidité à l’entreprise pour faire face à des imprévus ou engager des investissements.
Fatima Bellaredj reconnait
que dans le modèle coopératif, « le point négatif, c’est la
capitalisation des fonds propres. C'est compliqué d'aller chercher de l'argent.
Les entreprises classiques ne rencontrent pas ce problème parce qu'elles
ouvrent leur capital. Nous, ce n'est pas impossible mais cela n’intéresse pas
les investisseurs, pas ou très rémunérés. A part des acteurs du territoire qui
veulent y maintenir ou créer une activité. Il n'empêche que le capital augmente
quand même, grâce notamment à ce que les salariés remettent dans le capital et
aux réserves ».
Outre ces réserves
importantes, le mouvement coopératif possède des outils financiers propres, pour
aider les entreprises en difficulté de trésorerie avec des prêts spécifiques,
sous réserve que la coopérative soit jugée économiquement viable par l’Union
régionale des Scop, l’Urscop. « Quand on finance, cela donne de la
crédibilité, donc d’autres financeurs viennent, ce qui permet un financement à
la hauteur », assure la déléguée générale.
La gestion collective et
paritaire des coopératives peut aussi contribuer à expliquer leur solidité. Les
membres, à la fois salariés et sociétaires, sont potentiellement plus enclins à
chercher l’intérêt commun. Et les décisions sont prises en commun, ce qui
s’oppose au schéma de l’entrepreneur seul face à ses difficultés, qui ne sait
pas toujours vers qui se tourner.
Surtout, le mouvement
coopératif dispose d’un « réseau d'accompagnement de proximité. Il aide
à travailler la prévention des difficultés, le refinancement si besoin ».
Dès la création d’une coopérative, la CG Scop propose systématiquement un
accompagnement à la création : montage du business plan, initiation
juridique et financière, gestion, dimension coopérative et sociétariat. Presque
tous les dirigeants de nouvelles Scop suivent ces formations de base, quasiment
gratuites.
Elle propose ensuite, en
fonction des besoins, des formations de dirigeants d’entreprise, en partenariat
avec l’université Paris – Dauphine, et depuis quelques années, une formation au
management intermédiaire, ainsi que sur divers sujets, et un fonds d’aide au
financement de la formation professionnelle.
Ces entreprises disposent
également de la révision coopérative, revue du fonctionnement de la coopérative
sur les aspects « juridiques, administratifs, de gouvernance, de
formation, de sociétariat, de partage des bénéfices et des perspectives
économiques et financières » selon le site dédié. Effectuée par des
réviseurs agréés par le ministre en charge de l’Economie sociale et solidaire,
elle est au moins annuelle pour les Scop sans commissaire aux comptes, tous les
cinq ans pour les Scic et les Scop avec commissaire aux comptes. Cette
intervention permet de détecter relativement tôt les éventuelles difficultés et
de prendre les mesures nécessaires.
L’avenir dira si ces éléments
assureront enfin de la stabilité à Duralex. Fatima Bellaredj raconte en tous
cas que cela a été « un projet un peu hors normes. C’était incroyable,
tout le monde avait envie d’y aller, les salariés, nous, les banques, les
collectivités territoriales ». Selon elle, les facteurs qui faisaient
apparaître une reprise en Scop comme viable étaient « la solidité du
plan stratégique et commercial portée par la future direction, et le soutien de
la Région Centre-Val de Loire, de la métropole d’Orléans ainsi que des députés
de la région, Duralex étant une marque iconique connue mondialement ».
Aude David
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