DOSSIER. Qu’est-ce que les coopératives peuvent apprendre aux autres entreprises en matière de défaillance ?


samedi 7 septembre 2024 à 10:005 min

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Notre série «Défaillances d’entreprises : au cœur du réacteur»

Après une période de soutien exceptionnel, les entreprises françaises voient leurs défaillances repartir à la hausse — des TPE aux grandes PME, tous secteurs confondus. Entre retours de dispositifs d’aide, dettes à honorer, et fragilité financière exacerbée, cette série explore les causes de cette montée des faillites, les expériences vécues par les dirigeants, les leçons à tirer du modèle coopératif, et les inquiétudes croissantes liées à l’immobilier.
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    Défaillances d’entreprises : au cœur du réacteur

    -         Conjoncture, financement, PGE… pourquoi les défaillances d’entreprise continuent-elles d’augmenter ?

    -         Vivre une défaillance : si j’avais su, je m’y serais pris plus tôt

    -         Qu’est-ce que les coopératives peuvent apprendre aux autres entreprises en matière de défaillance ?

    -         Défaillances d’entreprises : l’immobilier inquiète

     

    Les coopératives de salariés ont plus de chances de survivre que les autres entreprises. Qu’est-ce qui explique leur solidité, et comment les autres entreprises peuvent-elles s’en inspirer ?

    Après des années de difficultés économiques, de multiples rachats, plusieurs redressements judiciaires (le dernier en avril 2024) et une liquidation judiciaire en 2008, le fabriquant de verres presque centenaire Duralex entrevoit le bout du tunnel, avec une reprise par ses salariés, validée le 26 juillet dernier par le tribunal de commerce d’Orléans. Elle se fait sous le statut de Scop, société coopérative et participative, inscrit dans l’économie sociale et solidaire, où les salariés sont propriétaires de l’entreprise et prennent les décisions de façon démocratique.

    S’il est trop tôt pour prédire la réussite du projet, ce statut de Scop peut être un facteur encourageant. Car cinq ans après leur création, 78,7 % des coopératives salariées (Scop et Scic, sociétés coopératives d’intérêt collectif) étaient encore en activité en 2023, selon la Conféfération générale des Scop et des Scic (CG Scop). 17,4 points de plus que l’ensemble des entreprises, et en augmentation de deux points en un an.

    Elles peuvent être créées ex nihilo (61 % des coopératives salariées en 2023), par transmission d’entreprise saine (16 %), par transformation d’une association en coopérative (16 %), ou, comme c’est le cas pour Duralex, par transmission d’une entreprise en difficulté (8 %). En 2023, quinze coopératives ont été créées suite à la reprise d’une entreprise en difficulté, ce qui représenté 9 % des créations de Scop et Scic. Si le taux de pérennité dans ce cas (69 %), est inférieur à la moyenne des coopératives, il reste supérieur à l’ensemble des entreprises.

    Selon la déléguée générale de la CG Scop, Fatima Bellaredj, « l’expertise du mouvement est composée d’audits marketing, industriel, et financier ; d’aide à la constitution juridique et humaine de la Scop et de l’accompagnement sur le tour de table financier. C’est ce qui permet de convaincre les administrateurs judiciaires ».

    La transmission d’entreprises saines assure quant à elle un taux de pérennité à cinq ans de 91,5 % aux coopératives. Même si les coopératives des secteurs les plus touchés par les défaillances (immobilier, construction, hébergement, restauration…) sont aussi touchées par les difficultés macro-économiques.

    Une grande solidité financière

    Fatima Bellaredj avance deux explications principales de cette solidité : une structuration financière particulière et un fort accompagnement. Deux sujets justement pointés par les professionnels de la défaillance et de la restructuration dans l’accélération des défauts.

    Financièrement, les Scop sont tenues de mettre au moins 16 % de leurs résultats nets en réserve, et les Scic, 57,5 %. En 2023, 42 % des bénéfices des coopératives ont été mis en réserve. Cela assure nécessairement une solidité à l’entreprise pour faire face à des imprévus ou engager des investissements.

    Fatima Bellaredj reconnait que dans le modèle coopératif, « le point négatif, c’est la capitalisation des fonds propres. C'est compliqué d'aller chercher de l'argent. Les entreprises classiques ne rencontrent pas ce problème parce qu'elles ouvrent leur capital. Nous, ce n'est pas impossible mais cela n’intéresse pas les investisseurs, pas ou très rémunérés. A part des acteurs du territoire qui veulent y maintenir ou créer une activité. Il n'empêche que le capital augmente quand même, grâce notamment à ce que les salariés remettent dans le capital et aux réserves ».

    Outre ces réserves importantes, le mouvement coopératif possède des outils financiers propres, pour aider les entreprises en difficulté de trésorerie avec des prêts spécifiques, sous réserve que la coopérative soit jugée économiquement viable par l’Union régionale des Scop, l’Urscop. « Quand on finance, cela donne de la crédibilité, donc d’autres financeurs viennent, ce qui permet un financement à la hauteur », assure la déléguée générale.

    Une gestion collective et beaucoup d'accompagnement

    La gestion collective et paritaire des coopératives peut aussi contribuer à expliquer leur solidité. Les membres, à la fois salariés et sociétaires, sont potentiellement plus enclins à chercher l’intérêt commun. Et les décisions sont prises en commun, ce qui s’oppose au schéma de l’entrepreneur seul face à ses difficultés, qui ne sait pas toujours vers qui se tourner.

    Surtout, le mouvement coopératif dispose d’un « réseau d'accompagnement de proximité. Il aide à travailler la prévention des difficultés, le refinancement si besoin ». Dès la création d’une coopérative, la CG Scop propose systématiquement un accompagnement à la création : montage du business plan, initiation juridique et financière, gestion, dimension coopérative et sociétariat. Presque tous les dirigeants de nouvelles Scop suivent ces formations de base, quasiment gratuites.

    Elle propose ensuite, en fonction des besoins, des formations de dirigeants d’entreprise, en partenariat avec l’université Paris – Dauphine, et depuis quelques années, une formation au management intermédiaire, ainsi que sur divers sujets, et un fonds d’aide au financement de la formation professionnelle.

    Ces entreprises disposent également de la révision coopérative, revue du fonctionnement de la coopérative sur les aspects « juridiques, administratifs, de gouvernance, de formation, de sociétariat, de partage des bénéfices et des perspectives économiques et financières » selon le site dédié. Effectuée par des réviseurs agréés par le ministre en charge de l’Economie sociale et solidaire, elle est au moins annuelle pour les Scop sans commissaire aux comptes, tous les cinq ans pour les Scic et les Scop avec commissaire aux comptes. Cette intervention permet de détecter relativement tôt les éventuelles difficultés et de prendre les mesures nécessaires.

    L’avenir dira si ces éléments assureront enfin de la stabilité à Duralex. Fatima Bellaredj raconte en tous cas que cela a été « un projet un peu hors normes. C’était incroyable, tout le monde avait envie d’y aller, les salariés, nous, les banques, les collectivités territoriales ». Selon elle, les facteurs qui faisaient apparaître une reprise en Scop comme viable étaient « la solidité du plan stratégique et commercial portée par la future direction, et le soutien de la Région Centre-Val de Loire, de la métropole d’Orléans ainsi que des députés de la région, Duralex étant une marque iconique connue mondialement ».

    Aude David

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