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Le mardi 30 janvier dernier, la Compagnie nationale des commissaires aux comptes organisait, comme chaque année, sa journée nationale des associations, fondations et fonds de dotation. L'occasion de présenter en fin de journée une conférence intitulée « Les 10 ans de la loi ESS : bilan et perspectives d'évolution ».
Près de 350 commissaires aux
comptes étaient réunis à la Maison de la chimie, mardi 30 janvier. Pendant la journée, ils ont
travaillé sur « des sujets complexes, liés à l'évolution de la
réglementation dans ce secteur et au rôle du commissaire aux comptes »,
et des questions comme le contrôle interne et la transparence financière.
François Jégard, président de
la commission associations et fondations de la Compagnie nationale des
commissaires aux comptes, a animé, pour clôturer la journée, une conférence traitant
de la loi ESS, scindée en deux tables rondes. L'occasion de préciser que les
commissaires aux comptes sont « le premier corps de contrôle légal de
ce secteur associatif estimé à 28 000 associations », ainsi que de
« 1500 fondations » et « 1000 fonds de dotation ».
Ouvrant le premier échange,
Joël Fusil, responsable du département ESS du cabinet d'audit et de conseil EY, souligne que la loi du 31 juillet 2014 relative à l'ESS a eu le
mérite d'apporter, à son article 59, une définition de la notion de subvention,
pour la première fois dans les textes. Une définition qui « concerne les subventions de toute nature
attribuées à titre facultatif », qu'elles soient de fonctionnement ou
d'investissement. Ainsi, précise Joël Fusil, la loi ESS est venue « loger » cette définition à
l'article 9-1 de la loi n°2000-321 du 12 avril 2000 relative aux droits des
citoyens dans leurs relations avec les administrations.
Prenant la parole pour
préciser ces notions, l'expert-comptable et commissaire aux comptes Philippe Guay insiste sur le caractère facultatif de la
subvention publique, « par
opposition au caractère législatif et réglementaire, qui lui, va plutôt définir
la notion de concours public ». Enfin, une troisième grande catégorie
de financement est celle de la commande publique, le tout formant une forme de « triptyque »
des financements de l’Économie sociale et solidaire. Depuis, cette analyse
distinctive a été intégrée à la comptabilité des associations et fondations, et
modernisée par l'Autorité des normes comptables (ANC), via le règlement
n°2018-06 du 5 décembre 2018.
Néanmoins, les intervenants
s'accordent à dire que sur le terrain, la frontière entre les subventions et
les autres financements publics n'est pas toujours évidente. Selon Philippe
Guay, « des divergences
d'interprétation subsistent toujours sur la catégorie dont relèvent les aides
financières publiques, subventions ou autres, notamment lorsqu'on parle de
financement d'aides au poste, tarification à l'acte, etc. ». Par
ailleurs, il observe que bien souvent, certaines autorités administratives ont
recours à la commande publique, alors qu'elles pourraient opter pour des
concours publics. Aussi, il se demande si cela relève d'un choix politique ou
d'un souci pour une procédure plus simple à mettre en œuvre de leur part.
Un autre point réglementaire
important mis en exergue par Philippe Guay concerne l'article L612-4 du Code de commerce, qui établit un seuil de 153 000 euros de subventions annuelles, à
partir duquel les associations doivent être contrôlées par un commissaire aux
comptes. Selon lui, le fait que ce seuil prenne désormais seulement en compte
les subventions perçues en numéraire est regrettable, car cela a « sorti du champ de cette réglementation un
grand nombre d'associations qui ne sont plus contrôlées, en tout cas par le
commissaire aux comptes ». Parmi les pistes d'amélioration envisagées,
il évoque notamment l'idée de proposer « une modernisation de la circulaire du Premier ministre sur la notion de
subvention », afin d'aider les autorités administratives à s'y
retrouver plus facilement.
Autre sujet central, les
opérations de fusions, de scissions et d'apports partiels d'actifs entre
acteurs de l'ESS. Pour Joël Fusil, la loi ESS « est venue combler un vide juridique en instaurant un certain nombre de
dispositions légales et réglementaires destinées à sécuriser notamment les
opérations de restructuration entre associations, entre fondations et entre
associations et fondations ». L'occasion pour Philippe Guay de
rappeler que les fondations n'ayant pas de membres, il est impossible de
fusionner une association avec une fondation. Par ailleurs, la loi ESS a repris
la notion de transfert universel de patrimoine, pour l'appliquer aux
associations. Ainsi, elle a spécifié que lorsque deux associations fusionnent,
« la contrepartie de l'apport est
constituée par la prise en charge d'une obligation matérielle ou morale telle
que la poursuite de l'activité ou le maintien des biens apportés à leur
affectation d'origine ». Parmi les points à améliorer, il critique l'obligation
d’information des tiers via une publication du projet de fusion dans un journal
d'annonces légales. Cela lui apparaît comme « une lourdeur et un coût un peu disproportionné par rapport aux
enjeux », notamment pour les petites et moyennes associations. Aussi,
il suggère « de renvoyer cette
obligation de publicité à posteriori », lors d'une future
modernisation du texte.
François Jégard évoque ensuite la directive dite CSRD (Corporate Sustainibility Reporting Directive), transposée dans le droit français fin décembre. Le président de la commission associations et fondations indique que si le secteur non lucratif de l'ESS n'est pas concerné par cette directive, ce dernier met toutefois en œuvre certains dispositifs relatifs à la RSE. Sur ce thème, Jean-Claude Marty mentionne notamment les outils proposés par l'AFA (Agence française anticorruption), ou encore Tracfin, mais aussi les labels RSE dédiés au monde associatif, que sont « Le don en confiance » et Ideas. Il aborde aussi différentes lois traitant de thématiques RSE et concernant l'ESS : par exemple la loi ELAN et le décret tertiaire, qui impliquent « des objectifs de réduction de consommation d'énergie très ambitieux, puisqu'on parle de 40 % de réduction en 2030, 50 % en 2040, 60 % en 2050 ».
François Jégard conclut en soulignant que si le reporting CSRD ne concerne
pas l'ESS, « on voit déjà des
exigences de la part de certains bailleurs, pour obtenir des informations très
concrètes sur les dispositions prises en matière d'ESG (environnement, social
et gouvernance) par les acteurs du secteur associatif ».
La seconde table ronde de la conférence rassemblait quant à elle trois acteurs de l'ESS : Valérie Daher, directrice générale de Break Poverty Foundation, Daniel Goldberg, président de l'Uniopss, et Nils Pedersen, président de la Fonda. Au président de la Fonda,
François Jégard demande de s'exprimer sur la manière dont il aborde la question
de la durabilité. Nils Pedersen considère que le secteur associatif, ne doit pas
seulement « se prévaloir de sa
dignité, à juste titre, mais aussi de la démontrer ». Sur le sujet des
subventions, il pointe le fait que « leur
part dans le financement des associations ne fait que diminuer »,
correspondant à un choix politique « ancien
de 20 ou 30 ans ».
La directrice de Break
Poverty Foundation, organisation dédiée à la lutte contre la pauvreté des
enfants et des jeunes, est quant à elle interrogée sur la notion d'utilité
sociale. Qualifiant « d'abyssal » le combat contre la pauvreté en
France, Valérie Daher raconte la mise en place d'une dotation d'action
territoriale, soutenue par les pouvoirs publics, mais aussi l'obligation
qu'elle a eu de créer une fondation sous égide, pour recevoir « les dons de chefs d'entreprise au titre de
l'IFI (impôt sur la fortune immobilière) ». Critiquant une certaine
complexité administrative, elle pointe également « des frais de gestion, des frais de rendu de compte, des audits
permanents de tous les bailleurs, qui font que malheureusement ce combat est
assez compliqué ». En ce qui concerne la question de la mesure de
l'impact, Break Poverty Foundation a développé un savoir-faire pour rassurer
les entreprises mécènes, au sujet du « retour
d'investissement social ». Cela, sur la base d'un « référentiel qui a été défini en amont du programme et qui est
mesuré pendant trois ans ».
Daniel Goldberg, le président de l'Uniopss (Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux), met en avant les spécificités d’organisation de ses membres. Ils « agissent directement pour le compte des pouvoirs publics, essentiellement de l'État et des départements ». Ainsi, des politiques publiques comme celles dédiées au handicap ou à la protection de l'enfance sont majoritairement gérées par des associations. Le président de l'Uniopss fait état du risque que ce cadre présente en termes d'action en « silo » : « Quand vous êtes sur un même bassin de vie, ce ne sont pas forcément les mêmes limites administratives qui sont là et que vous avez deux départements qui ont une politique publique différente, ça devient très compliqué. »
Il appelle
ainsi à renforcer la co-construction, entre décideurs publics, État et
départements, arguant que les associations fédérées par l'Uniopss refusent
d'être « uniquement qualifiées du terme
d'opérateur de ces politiques publiques », et sont de véritables « acteurs économiques dans les territoires ». Il termine son intervention en dénonçant un décret publié le
29 décembre 2023 et prévoyant que lorsque « les associations seront bénéficiaires dans leur
exercice, elles devront rétrocéder une partie de leurs bénéfices aux autorités
publiques au lieu de le réinvestir » : une disposition selon lui propice à freiner le développement des
structures associatives médico-sociales.
Plaidant également pour un
meilleur soutien à l'ESS, Nils Pedersen évoque la
nécessité de soutenir l'ingénierie de projet dans le secteur. Valérie Daher,
quant à elle, insiste sur la nécessité de ne pas imposer des contraintes
supplémentaires au secteur, rappelant que « le fait de rendre des comptes en plus, ce sont des frais de fonctionnement en plus et de la mission sociale en
moins ».
Étienne
Antelme
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