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« Être
acteurs plutôt que spectateurs, proposer plutôt que protester, construire
plutôt que dénigrer ». En préambule des 100 propositions formulées par
la profession dans le cadre de l’élection présidentielle, l’Ordre national des
experts-comptables, par la voix de son président Lionel Canesi, entend
concrètement prendre part au débat. Partenaire privilégiée des entreprises, la
profession a ainsi réuni 100 propositions tournées vers les entrepreneurs,
destinées aux candidats à l’élection présidentielle, mais surtout au futur
locataire de l’Elysée des cinq prochaines années.
Alors
que la campagne présidentielle peine à démarrer, les experts-comptables comptent
bien, eux, « se mêler de ce qui les
regarde(nt) » en prenant part au débat.
Se
plaçant comme des « économistes du quotidien », ils revendiquent plus que
jamais leur rôle central au cœur de l’activité économique, sociale et donc
démocratique du pays. C’est à ce titre que le Conseil national de l’ordre des
experts-comptables (CNOEC) a lancé une réflexion nationale, de laquelle sont
ressorties 100 propositions qui émanent « de
citoyens concernés par les mutations sociales, sociétales et environnementales
de notre époque », et placent «
l’entreprise au cœur de la société ».
Cette
réflexion, menée en guise de «
contribution concrète au nécessaire débat », se veut donc être une « solution aux urgences économiques liées à la
conjoncture inédite, mais également des mesures plus structurelles à même de
répondre aux grands défis de moyen et de long terme ». Elles seront
soumises à tous les candidats à l’élection présidentielle, promet le CNOEC.
Les
experts-comptables ont organisé leurs propositions autour de cinq axes
principaux, comme cinq piliers majeurs : faciliter la
vie des entrepreneurs ; accompagner les TPE-PME vers les enjeux sociétaux,
écologiques et digitaux ; pérenniser le modèle
social français ; moderniser la vie démocratique ; et dynamiser
l’économie de nos territoires ultramarins.
Aux côtés des
entreprises dans les moments les plus prospères comme dans les périodes de
doutes, les experts-comptables entendent poser leur regard avisé sur les problématiques intéressant les entrepreneurs. À ce titre, avec une trentaine de
propositions, la majeure partie de leur réflexion concerne la simplification de
la vie des entrepreneurs.
Pour faciliter leur
quotidien, les experts-comptables entendent au préalable agir sur le cadre
juridique, fiscal et social des entreprises, en autorisant par exemple la
liberté du choix du statut social du dirigeant, indépendamment de la structure
juridique de l’entreprise. Ils soumettent aussi l’idée de doter l’entreprise individuelle
d’une personnalité juridique propre distincte de celle de l’entrepreneur, de
créer un « impôt unique sur les bénéfices
des entreprises » qui s’appliquerait à toute entreprise quelle que soit sa
forme juridique, ou encore d’exonérer (impôt sur le revenu et impôt sur les
sociétés) les bénéfices incorporés au capital dans la limite de 50 000 euros par an.
Ces
« économistes du quotidien » désirent
également faciliter la transmission d’entreprises. Pour ce faire, ils proposent
notamment de pérenniser l’amortissement fiscal du fonds commercial et de
l’étendre à tous les éléments incorporels, d’harmoniser les droits d’enregistrement
des cessions d’entreprises (fonds de commerce ou titres de société) à 0,1 %
pour faciliter la reprise d’entreprises, ou encore d’exonérer totalement des
droits de mutation à titre gratuit les transmissions d’entreprises au sein du
cercle familial ou au profit des salariés.
En
plus d’agir sur la compétitivité des entreprises françaises, les professionnels
du chiffre envisagent de moderniser l’imposition des revenus et du patrimoine,
en rendant par exemple optionnelle l’imposition par foyer fiscal et en créant
de nouvelles tranches « pour une
meilleure progressivité de l’impôt » (sur 39,3 millions de foyers fiscaux, 43,77 % payent l’IRPP et 13 % payent 80 % du montant global).
Parmi
d’autres propositions figurent l’exonération de la résidence principale de
l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) et l’exonération des dons de somme
d’argent pour l’acquisition d’un bien immobilier (achat, construction,
investissement locatif…), l’augmentation du montant des donations exonérées et
la réduction de la durée des abattements (par exemple 150 000 euros tous
les 12 ans pour la donation en nue-propriété et 300 000 euros tous
les 6 ans pour la donation en pleine propriété).
Lourdement touché par
le développement des achats en ligne notamment pendant la crise sanitaire, le commerce de proximité n'est pas oublié. A ce tire, les experts-comptables avancent deux
idées : la création d’un contrat de revitalisation artisanale et
commerciale régional regroupant, sous forme d’un GIE, l’ensemble des foncières
concernées par la gestion de baux commerciaux, et la création d’une entreprise
à but d’emploi et d’insertion régionale, dédiée à la création d’un service de
livraison de proximité à usage exclusif des commerces de proximité.
En
ce qui concerne l’accompagnement les TPE-PME vers les enjeux sociétaux, écologiques
et digitaux, les professionnels du chiffre concertés proposent la mise en place
d’un socle d’indicateurs venant mesurer l’impact écologique de ces entreprises,
en se basant de la comptabilité. Ils désirent également élargir le crédit à
impact aux TPE-PME, ajouter au bilan vert réalisé par une dimension sociale et
sociétale pour permettre la réalisation d’un bilan RSE et créer un bilan
carbone des experts-comptables avec une norme définie par le CNOEC.
Dans leurs
propositions figurent aussi la mise en place d’une fiscalité incitative pour
orienter les investissement des entreprises vers les secteurs environnementaux et digitaux, en
créant un suramortissement sur les investissements éco-responsables assurant la
transition écologique. Ils entendent également agir sur les véhicules propres,
avec la récupération de la TVA et un amortissement intégral du prix
d’acquisition, mais aussi inciter les entrepreneurs à acquérir du matériel
électronique d’occasion, avec la mise en place d’une TVA réduite à 5,5 % pour les produits de seconde main.
Concernant le
numérique, pour protéger les DATA des entreprises, le CNOEC fait ici appel à
l’Europe, en proposant la mise en place d’un Cloud souverain européen.
En
premier lieu, les experts-comptables entendent agir sur le pouvoir d’achat des
Français en exonérant notamment les heures supplémentaires et complémentaires
de cotisations sociales (salariales et patronales) et d’impôts. Selon le CNOEC,
cette mesure favoriserait également « la
capacité des entrepreneurs à assurer leur production malgré les difficultés de
recrutement ».
Pour
les professionnels du chiffre, la formation apparaît également comme
primordiale. À ce titre, ils proposent de faire évoluer le ministère de
l’Éducation en un ministère de la Formation, intégrant la formation tout au
long de sa vie (formation initiale et continue). Ils suggèrent également la
mise en place, tous les cinq ans, d’une grande conférence sur la formation sous
l’égide des régions, permettant d’anticiper les besoins en recrutement des
entreprises dans les bassins d’emploi, et la poursuite des efforts vers
l’alternance. Les experts-comptables entendent également construire un socle
européen de formation professionnelle, améliorer l’accès à la formation dans
les TPE et PME en allouant une aide forfaitaire annuelle de 1 000 euros par
salarié pour les entreprises de moins 50 salariés, et créer un crédit d’impôt
de 2 000 euros pour toutes les formations certifiantes des travailleurs
non-salariés et assimilés, majoré du double si la formation relève de la RSE.
Dans
ces propositions, figure aussi le désir de simplifier et mettre en cohérence
les prélèvements sociaux, en mettant notamment fin « à la multiplication, à l’augmentation et à la complexification
progressive des cotisations qui ont conduit à une perte totale du lien entre
l’effort contributif du cotisant et les prestations auxquelles il donne droit ».
S’emparant également de la réforme des retraites, la profession suggère de prendre en compte et d’utiliser comme modèle les régimes autonomes des professionnels libéraux, en limitant le régime universel pour chacun des trois régimes (fonction publique, salariés et indépendants) au seul régime de base. Elle désire aussi ajuster l’âge de départ à la retraite autour d’un âge pivot « pour financer l’avenir des retraites », tout en encourageant l’activité des seniors via notamment la possibilité pour toute personne cumulant emploi et retraite d’acquérir des droits supplémentaires durant la période de cumul emploi/retraite.
Les
experts-comptables élus ont également exposé leur point de vue concernant la
vie démocratique des collectivités qu’ils entendent moderniser, en rendant
notamment possible le vote électronique. Ils désirent également revoir
l’organisation territoriale et réformer la fiscalité locale, en redonnant une
plus grande autonomie fiscale aux communes sur trois dimensions : foncière,
revenu et consommation (TVA locale). Autre proposition : permettre la
présentation et l’adoption des comptes annuels d’une collectivité territoriale
sur la base d’un bilan, d’un compte de résultat et d’une annexe. Afin de garantir et renforcer le lien avec les concitoyens, la profession suggère la mise en
place de tableaux de bord normatifs de gestion des collectivités locales
(définis au niveau national et sous délibération parlementaire), lesquels
seront rendus publics « afin de permettre
à chaque citoyen d’analyser cette gestion à l’aide l’indicateurs objectifs
(principe d’évaluation des politiques publiques) ».
Le dernier axe
développé par les experts-comptables concerne le dynamisme de l’économie des
territoires ultramarins.
La
profession formule des propositions afin de créer les conditions d’une reprise
rapide et durable, en pérennisant notamment le dispositif « 1 jeune 1 solution » au-delà du 31 décembre 2022 eu égard à la
situation du chômage de masse des jeunes sur ces territoires. Elle entend également mettre en œuvre
un « plan Marshall » de la formation
axé sur la montée en compétences « dès
lors que subsiste un manque de main-d’œuvre qualifiée dans les Outre-mer,
menaçant la reprise économique », et assoir le développement économique et
social des Outre-mer par un renforcement des mesures de structuration des
économies, notamment en dynamisant la commande publique et en réalisant des
grands travaux).
Concernant
spécifiquement la Corse, le CNOEC suggère d’exonérer d’impôt sur le revenu les
entreprises individuelles ou d’impôt sur les bénéfices les sociétés jusqu’à 70
000 euros de résultat sous condition de maintien du bénéfice en réserve dans
l’entreprise ou la société, d’alléger de 50 % les cotisations sociales
patronales pour les salariés avec un plafond égal à 2 fois le Smic, et de 50 %
pour les cotisations à la Sécurité sociale des indépendants (SSI) pour les
entrepreneurs individuels et les gérants majoritaires rémunérés de SARL et les
cotisations de Sécurité sociale pour les présidents de SAS rémunérés, et
d’abaisser le taux normal de la TVA à 10 %, «
les taux de TVA spécifiques à la Corse supérieurs à ce nouveau taux seraient
alignés sur ce dernier (exemple : le taux de TVA sur les produits pétroliers de
13 % serait abaissé à 10 %) ».
Des
mesures précises, concrètes, participant à la construction d’ « une France plus forte, juste et compétitive
», dont pourraient s’emparer les candidats à l’élection présidentielle, comme
l’envisage le CNOEC.
Constance
Périn
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