Article précédent


À la suite de l’audition de
la ministre Marlène Schiappa le 14 juin dernier, le président de la commission
d’enquête du Sénat a présenté une partie des conclusions relatives à l’enquête sur
le fonds Marianne lors d’une conférence de presse le 6 juillet. Au titre de ses
recommandations, la chambre haute préconise notamment de mieux définir, dans
les conventions attributives de subventions, les objectifs visés par les
associations retenues.
Impulsé par la ministre
déléguée chargée de la Citoyenneté Marlène Schiappa, le fonds Marianne a vu
l’enquête menée par le Sénat à son sujet s’achever. Celle-ci faisait suite aux
révélations de Médiapart quant à l’octroi des subventions versées aux associations
choisies. Après la demande, formulée par le président de la commission des
finances du Sénat Claude Reynal, de fournir des pièces justificatives
supplémentaires concernant le choix des associations le 21 avril dernier, au
motif que les premières pièces constituaient des preuves « insuffisantes »,
les travaux de la commission d’enquête ouverte peu après ont en effet permis
d’apporter de nouveaux éléments de réponse, présentés en conférence de presse le
6 juillet dernier.
Et si le rapporteur
Jean-François Husson a estimé que « le manque de rigueur, l’opacité et
la désinvolture ont conduit au fiasco » de ce fonds, devenu « un
fardeau attaché à l’allégorie de la République », a de son côté ajouté
Claude Reynal, la commission a établi 12 recommandations en vue d’une
refonte « nécessaire » des conditions d’attribution, pour plus
de transparence.
« Conditionner l’octroi
de subventions de plus de 23 000 euros »
Alors que le fonds Marianne a
pu être épinglé pour le montant conséquent des sommes versées à certaines associations
(355 000 euros de subvention pour l’USEPPM et 39 000 euros pour
Reconstruire le commun), la commission d’enquête préconise dorénavant de
« conditionner l’octroi de subventions de plus de 23 000 euros, qui est
le seuil réglementaire à partir duquel une convention attributive est
obligatoire, à la présentation d’un premier bilan annuel d’activité ».
Elle recommande également de « mieux séquencer le versement des subventions et
prévoir un régime de retenue sur les versements en cas de refus du porteur de
projet de se mettre en conformité avec les demandes de l'administration visant
à appliquer la convention attributive ».
La commission suggère en
outre de « renforcer les obligations de restitution et de bilan des
associations », mais aussi de « préciser, dans les
conventions attributives de subventions, les objectifs, notamment quantitatifs,
des projets », ce qui permettra dans un même temps de
justifier de la volonté de financer tel ou tel projet, là où « aucun
contrôle n’avait été réalisé pour vérifier que les comptes de [Recontruire le
commun] étaient en lien avec le projet Marianne », a par exemple
expliqué le rapporteur Jean-François Husson.
Rallonger les délais de
constitution de dossiers
Parmi les autres lacunes
reprochées au fonds, « la simplification du cahier des charges de
l’appel à projet produit en moins d’une semaine » et « des
délais insuffisants de constitution de dossiers de candidature de la part des associations ».
La commission d’enquête recommande ainsi dans sa première recommandation de « définir un délai
de droit commun de deux mois pour les réponses aux appels à projets nationaux.
Lorsqu'il est inférieur à cette durée, veiller à ce qu'il garantisse aux
associations le temps nécessaire pour déposer des projets complets et
crédibles. »
La commission recommande également de « garantir
pour l'ensemble des candidats aux appels à projets des conditions de traitement
équitables, notamment en évitant le “recyclage” de dossiers ayant déjà fait
l'objet d'un dépôt de demande », à l’instar de l’association USEPPM
dont la candidature avait été fortement appuyée par le cabinet en charge du
fonds.
Financement :
privilégier les associations expérimentées et fortement engagées
Parmi les recommandations
formulées par la commission d’enquête, cinq concernent le Comité
interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation,
financeur des associations défendant les valeurs de la République. Au titre du
financement, donc, la commission conseille dans un premier temps de « renforcer
le cadre pluriannuel du financement public des actions de soutien aux
associations porteuses d’un discours de défense des valeurs de la République en
ligne, tout en engageant une réflexion sur le rôle de chaque acteur dans la
stratégie de contre-discours ».
Cette recommandation
permettrait d’éviter le financement d’associations qui n’auraient pas (ou peu)
d’expérience en la matière et dont les actions seraient jusqu’ici « insignifiantes »
au regard de la subvention, comme cela a été le cas de l’USEPPM, qui recensait
alors un « faible » nombre d’actions menées sur les réseaux (à
peine 500 publications cumulées sur TikTok, Twitter et Instagram, selon le
rapport de la commission des finances).
À lire aussi : Le fonds Marianne dans le viseur
La commission invite ensuite
à « limiter au strict nécessaire la communication sur le financement de
partenaires associatifs du ministère de l’Intérieur en matière de lutte contre
le séparatisme sur les réseaux sociaux », « ouvrir le comité
de programmation du FIPDR [fonds interministériel de prévention de la
délinquance] à des personnalités extérieures qualifiées en matière de
prévention de la délinquance et de lutte contre la radicalisation et contre les
discours séparatistes », et à « consolider les moyens
consacrés au contrôle, notamment financier, de la mise en œuvre des projets
soutenus par le FIPDR ».
Eviter l’immixtion
ministérielle dans l’instruction des dossiers
La dernière recommandation vise
quant à elle à interdire, en matière d’octroi de subventions, « toute
interférence du cabinet du ministre dans l’instruction des dossiers, et [de] retracer
de manière écrite et motivée toute intervention du ministre ou de son cabinet à
l’issue de la procédure d’instruction », afin que des associations ne
soient pas favorisées par rapport à d’autres, comme cela a été le cas de SOS
Racisme, éconduite au profit de Reconstruire demain, et de garder une trace de
ce qui s’est réellement passé, la ministre s’étant entièrement défaussée sur l’administration
quant aux décisions prises dans le cadre du fonds, « où aucune note
écrite n’a été produite », a expliqué le rapporteur lors de la
conférence de presse.
Alors que le secrétaire
général du comité interministériel de prévention de la délinquance et de la
radicalisation Christian Gravel, qui pilotait le versement des 2,5 millions de
subventions mis en cause, a démissionné de son propre chef le 6 juin dernier, une
démission de Marlène Schiappa est-elle à prévoir ? Les appels en ce sens se
font en tout cas de plus en plus nombreux.
Allison
Vaslin
THÉMATIQUES ASSOCIÉES
Infos locales, analyses et enquêtes : restez informé(e) sans limite.
Recevez gratuitement un concentré d’actualité chaque semaine.
0 Commentaire
Laisser un commentaire
Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *