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La présidente du CNB a dénoncé des adversaires de la justice « plus forts que jamais » et a
déploré un désengagement politique dans le passé qui pèse sur le présent.
Ce jeudi 19 septembre avait
lieu à la maison de la Chimie à Paris la deuxième édition de la Grande Rentrée
des avocats. « Un moment important pour échanger, se former et profiter
d’un moment de confraternité », a souligné Julie Couturier, présidente
du Conseil national des barreaux (CNB), au cours de son allocution.
L’occasion pour l’avocate de
rendre un hommage particulièrement appuyé à son confrère Henri Leclerc, mort en
août dernier, en citant un extrait de son livre, La parole et l’action : « Ils
sont toujours là, nos vieux adversaires. Nous les connaissons bien. Ils
s'appellent l'arbitraire qui menace la liberté, l'intolérance qui détruit la
fraternité, le racisme qui nie l’égalité, l’individualisme qui tue le citoyen.
Elle est toujours présente la misère, cette insulte à la dignité. Et devant
nous dressés, tous les pouvoirs dont on abuse, les conservatismes qui empêchent
de rêver l'avenir, les puissances économiques qui préfèreront toujours la
conclusion d'un marché au respect d'un principe. », a-t-elle prononcé,
sous les applaudissements nourris des avocats présents dans l’amphithéâtre. « N’oublions
ni ses combats, ni ses colères, ni ses ambitions pour la justice de notre pays »,
a-t-elle prôné, avant d’initier une minute de silence.
« La justice est
redevenue un chantier prioritaire de l’État »
Des adversaires « plus
forts que jamais, à l’étranger mais aussi chez nous en France », a
estimé l’ancienne bâtonnière du barreau de Paris, pour qui ces ennemis sont d’autant
plus prospères « par la force du trouble institutionnel dans lequel se
perd notre pays ». Julie Couturier a en ce sens regretté de ne pas
pouvoir adresser de compliments ou doléances au ministre de la Justice et s’est
montrée inquiète pour l’avenir : « Dans un travail exigent et sans
relâche, nous arrivons tout de même à obtenir des résultats. Mais en l’absence
de volonté politique, que peut-on espérer pour l’avenir, pour la justice de
notre pays, et d’ailleurs pouvons-nous encore espérer ou faut-il se préparer à
craindre sans cesse les flèches de nos adversaires ? »
Dans ce contexte, la présidente du CNB a défendu l’utilité de son organisation : « Les avocats se
battront pour qu’il n’y ait pas de retour en arrière » sur les
conclusions des États généraux de la justice, la
revalorisation du budget de la justice et « un retour de la
Chancellerie à la place qui est la sienne, au cœur du régalien ».
Mais si Julie Couturier s’est
félicitée de ces avancées intervenues ces dernières années, saluant « la
pugnacité » d’Éric Dupond-Moretti pour que « la
justice [redevienne] un chantier prioritaire de l’État », elle a
toutefois déploré un désengagement politique de longue date. Et de dénoncer le
fait que, pendant ce temps, « personne n’a pris tout à fait la mesure de
ce que nous étions en train de devenir, une société ou plus personne ne fait confiance
à la justice ».
« La menace d’un
basculement démocratique se fait de plus en plus palpable »
Elle en veut pour preuve « le
tribunal médiatique qui détruit des vies à force de fracas, le domaine de la
violence qui est en extension constance, ou l’insécurité qui est devenue le
sentiment le mieux partagé par les Français ». L’ancienne bâtonnière a
alerté : « La menace d’un basculement démocratique se fait de plus
en plus palpable », dénonçant « les radicaux de tous bords
remettant en cause la règle de droit au prétexte qu’elle serait devenue un
obstacle ».
Un discours qui prend racine
dans un pays où la culture juridique n’est pas un bien partagé, en
particulier par les nouvelles générations : « Ce qui nous semble à
nous juristes évident et fondamental, relève pour nos jeunes d'un langage
suranné et barbare ». Pour tenter d’y remédier, la
présidente du CNB souhaite intensifier l’engagement de l’institution en faveur
de l’éducation au droit dès le plus jeune âge. À l’occasion de la 7e
édition de la journée du droit le 4 octobre prochain, l’ancienne bâtonnière de
Paris se rendra dans un établissement pour aborder la lutte contre le
harcèlement et les discriminations.
Julie Couturier a pu vanter l’unité
de la profession : « Malgré nos exercices, nos pratiques, nos
territoires multiples différences, nous partageons les mêmes aspirations, les
mêmes craintes et le même combat. » Lancée en juin dernier, la Grande
consultation nationale des avocats a déjà recueilli les avis de 12500
professionnels dans de nombreuses villes, notamment Grasse, Toulon, Nice,
Carpentras ou encore Nanterre. Un grand succès qui amène la présidente à un
constat : « Si les pouvoirs publics peuvent nous identifier, ce n’est
pas toujours le cas de nos confrères qui souvent méconnaissent le CNB, ses
missions et ce qu'il peut faire pour eux. » Dans les principales
doléances des confrères, Julie Couturier souligne les problèmes de délai, de
manque de magistrats, de fonctionnement du réseau privé virtuel des avocats
(RPVA), de financement de l’aide juridictionnelle, de fuite des collaborateurs
vers les grandes villes, ainsi que les craintes à propos de l’intelligence artificielle,
thématique des tables rondes organisées à l’occasion de la Grande Rentrée des
avocats.
Sur la réforme de la
procédure d’appel, décriée par la profession « malgré d’incontestables
avancées », une formation sera ouverte vendredi 20 septembre pour
accompagner les avocats. « C’est un sujet d’inquiétude majeure pour les
cabinets comme pour nos ordres », a-t-elle assuré, précisant que le
CNB resterait vigilant sur l’impact de la réforme.
L’allocution s’est terminée par
un soutien à l’avocate
tunisienne Sonia Dahmani, emprisonnée depuis le mois de mai « pour
quelques sarcasmes à la télévision » et condamné à huit mois de prison.
Les avocats présents dans la salle avaient un foulard rouge noué autour de leur
bras, symbole de la défense des libertés et des droits. « C’est un
foulard rouge en forme de résistance. Un foulard rouge surtout pour rappeler à
ceux qui en douteraient que la confraternité est une force qui n’a ni limites
ni frontières. »
Alexis
Duvauchelle
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