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À l’occasion du rendez-vous
annuel de la profession, du 9 au 11 octobre, Boris Sauvage, vice-président du Conseil national de
l’ordre des experts-comptables en charge du numérique et l’un des quatre
rapporteurs du congrès, analyse la transformation en cours et à venir des
cabinets, poussée par une digitalisation qui tarde à se concrétiser, et notamment par la généralisation de
la facture électronique.
JSS : Le 79e
congrès de la profession est dédié à l’évolution des missions des cabinets.
Pourquoi avoir choisi ce thème ?
Boris Sauvage : Ce thème
s'inscrit dans la lignée des travaux de l’an passé. Notre environnement évolue,
avec une digitalisation de notre profession et des fonctions comptables des
entreprises qui s’accélère, notamment avec l'arrivée de la facture électronique,
l'intelligence artificielle et les enjeux que cela représente en termes d'exploitation
des données financières. L’an dernier, le congrès a donné lieu à des travaux qui
ont pu nous faire prendre conscience qu'il fallait que nos cabinets évoluent,
et avec eux nos stratégies, nos missions et nos compétences, pour répondre
encore mieux aux besoins des entreprises.
Fort de ce constat, nous
allons nous intéresser cette année à la manière d’y parvenir. L’idée est
d’accompagner les cabinets sur leur adaptation à ce nouvel environnement.
JSS : Le congrès sera
cette année structuré autour de trois axes : reconstruire un projet de cabinet,
réaliser les missions de demain et développer les compétences. Que contiendra
chacun de ces axes ?
B.S. : Pour
le premier axe, l'idée est de parler de la stratégie au sein du cabinet. Nous
allons accompagner les structures sur la manière de construire leur tactique,
en déterminant les forces et les faiblesses de chacune, leurs souhaits de développement.
En bref : repenser son projet de cabinet et décider vers quoi on veut
aller.
Le deuxième axe est double. La
digitalisation va apporter des missions supplémentaires, mais va aussi demander
une façon inédite d’aborder les missions traditionnelles. La question sera de
savoir comment l’expert-comptable pourra organiser, proposer et produire ses
nouvelles missions tout en réalisant ses missions traditionnelles avec de
nouveaux outils.
On parle beaucoup de full service,
qui est le fait de proposer une externalisation totale à l'entreprise de toute
la partie administrative comptable et fiscale, notamment la préparation de
factures, la gestion du poste client et les règlements aux fournisseurs. L’idée
est de décharger le chef d'entreprise de toute cette partie administrative, nos
clients étant essentiellement des TPE.
Cela pourra aussi être le
moment de mettre un peu le pied dans les missions de durabilité, à destination
cette fois-ci des TPE. On parle beaucoup du rapport de durabilité obligatoire
pour les grandes entreprises, mais on oublie l’impact de la durabilité pour les
petites entreprises.
Enfin, une fois que la
stratégie est définie, il faut adapter les compétences. C’est notre troisième
et dernier axe. Nous verrons comment faire évoluer les compétences des équipes
actuelles. Nous avons un plan de formation très ambitieux au sein de notre profession.
JSS : Comment les
experts-comptables s’approprient-ils le sujet de la durabilité ?
B.S. : C’est
justement aujourd'hui l’un des axes sur lesquels nous souhaitons embarquer davantage
les confrères. Aujourd’hui, nous parlons beaucoup des problématiques liées à la
directive CSRD, mais il y a également d'autres petits réflexes à adopter pour
les TPE, qui n’ont pourtant pas de contraintes légales à observer. Cela
implique de produire des données, c’est notre cœur de métier.
« Le
Conseil milite pour un déploiement volontaire anticipé de la réforme de la
facture électronique. »
Boris Sauvage, rapporteur du 79e
congrès des experts-comptables
Nous pouvons aujourd’hui
réaliser un indicateur de mesure sur la performance financière des entreprises.
Demain, nous pourrons aussi les accompagner sur des mesures d'indicateurs extra-financiers.
Un vaste plan de formation est en cours pour que l’expert-comptable puisse être
présent auprès des entreprises sur toute cette problématique.
JSS : L’an dernier, le
congrès était consacré à la facture électronique. Les cabinets sont-ils tous
prêts pour sa généralisation ?
B.S. : Les
cabinets ont continué à se préparer cette année. Nous avons fait un grand plan
de formation au sein des cabinets, avec un premier axe qui consistait à comprendre
les enjeux de la réforme et ses impacts. Nous allons prochainement proposer une
deuxième formation à destination de l'ensemble des cabinets sur la manière
d’accompagner les entreprises. L’immatriculation provisoire de certaines
plateformes de dématérialisation partenaires (PDP) arrivée à l’été rend les
outils peu à peu disponibles.
Tout le monde n’est pas prêt,
mais les experts-comptables ont repris ces sujets depuis quelques mois afin
d’être en mesure d’accompagner les entreprises. Nous avons proposé à la fin du
mois de septembre une formation en ligne. Nous avons eu 500 participants
pendant plus de trois heures. Par rapport à nos formations habituelles, c’est
un très bon score. Tout n'est pas terminé, mais cela avance bien.
Au niveau du Conseil
national, nous militons pour un déploiement volontaire anticipé de la réforme,
et donc pour sortir du calendrier de l’obligation fixé par l’État. Nous pouvons
anticiper avec les entreprises et commencer à faire des échanges. Cela
permettra d’être prêt au moment de la généralisation.
On parle beaucoup de la
facture électronique comme d’une contrainte. Mais les grandes entreprises se
sont mises à la facture électronique il y a une dizaine d’années. Si elles l’ont
fait, c’est que cela leur apportait des gains organisationnels et financiers.
Il n’y a pas besoin d’attendre l’obligation pour avoir des gains dans une
entreprise plus petite. Nous souhaiterions pouvoir commencer dès la fin de
l’année 2024 ou le début de l’année 2025.
JSS : Êtes-vous toujours
victimes des difficultés que traverse le Guichet unique des formalités des
entreprises ?
B.S. : Il y
a eu des améliorations sur Guichet unique, qui fonctionne mieux qu’à son
lancement, mais aujourd'hui tout ne fonctionne pas encore parfaitement et de
manière fluide. Quand des situations compliquées se produisent, elles sont très
complexes à débloquer.
JSS : Où en est l’obtention
auprès de Bercy de la simplification du mandat implicite, qui vous permet de
représenter vos clients auprès de l’administration fiscale ?
B.S. : C’était
l’un de nos chevaux de bataille au sein de la profession. Nous demandions cette
simplification depuis longtemps, nous sommes enfin convenus d’un accord et ce
mandat est en cours de mise en place. Cela nous évitera de passer par des
process lourds et encore au format papier comme c'est le cas aujourd'hui. C’est
un gain de temps pour les experts-comptables et un meilleur service auprès des
entreprises.
JSS : Le CNOEC a lancé
en juillet dernier ExpertCHAT, un chatbot conversationnel dédié aux
experts-comptables…
B.S. : Notre
robot conversationnel fonctionne comme ChatGPT mais il est spécialisé sur le
contenu concernant notre exercice professionnel et notre règlementation. Cette
partie n’était pas traitée par les IA généralistes grand public. Nous avons donc
décidé de comprendre comment cette technologie fonctionne et de l'appliquer
dans notre cas particulier pour pouvoir utiliser l'intelligence artificielle sur
notre quotidien. Cela permet de favoriser l'adoption de l’IA par les cabinets.
Nous préparons l’étape
suivante avec la construction du data lake (stockage de données massives
dans un format brut, ndlr) de la profession, issu d’une collecte d'informations
financières et extra-financières. Cela nous permettra dans un premier temps
d’avoir des services de benchmark (positionnement par rapport aux concurrents
ou partenaires, ndlr). Demain, nous pourrons travailler sur des moteurs d'intelligence
artificielle spécifiques, par exemple pour détecter des entreprises qui
pourraient être en difficulté. En analysant des fichiers, nous pouvons déjà
commencer à identifier les difficultés des entreprises, détecter les zones
d’alerte sur la comptabilité et déterminer des indicateurs de durabilité pour
les TPE.
Nous avons aujourd’hui des
modélisations mathématiques s’appuyant sur des données pour prévoir la météo,
on pourrait très bien imaginer avoir également des prévisions mathématiques sur
la santé des entreprises en analysant l'ensemble des informations produites par
les experts-comptables pour les entreprises.
Propos
recueillis par Alexis Duvauchelle
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