INTERVIEW. 79e congrès des experts-comptables : « Nous allons devoir proposer de nouvelles missions tout en réalisant nos missions traditionnelles avec de nouveaux outils »


jeudi 10 octobre 20246 min

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À l’occasion du rendez-vous annuel de la profession, du 9 au 11 octobre, Boris Sauvage, vice-président du Conseil national de l’ordre des experts-comptables en charge du numérique et l’un des quatre rapporteurs du congrès, analyse la transformation en cours et à venir des cabinets, poussée par une digitalisation qui tarde à se concrétiser, et notamment par la généralisation de la facture électronique.

JSS : Le 79e congrès de la profession est dédié à l’évolution des missions des cabinets. Pourquoi avoir choisi ce thème ?

Boris Sauvage : Ce thème s'inscrit dans la lignée des travaux de l’an passé. Notre environnement évolue, avec une digitalisation de notre profession et des fonctions comptables des entreprises qui s’accélère, notamment avec l'arrivée de la facture électronique, l'intelligence artificielle et les enjeux que cela représente en termes d'exploitation des données financières. L’an dernier, le congrès a donné lieu à des travaux qui ont pu nous faire prendre conscience qu'il fallait que nos cabinets évoluent, et avec eux nos stratégies, nos missions et nos compétences, pour répondre encore mieux aux besoins des entreprises.

Fort de ce constat, nous allons nous intéresser cette année à la manière d’y parvenir. L’idée est d’accompagner les cabinets sur leur adaptation à ce nouvel environnement.

JSS : Le congrès sera cette année structuré autour de trois axes : reconstruire un projet de cabinet, réaliser les missions de demain et développer les compétences. Que contiendra chacun de ces axes ?

B.S. : Pour le premier axe, l'idée est de parler de la stratégie au sein du cabinet. Nous allons accompagner les structures sur la manière de construire leur tactique, en déterminant les forces et les faiblesses de chacune, leurs souhaits de développement. En bref : repenser son projet de cabinet et décider vers quoi on veut aller.

Le deuxième axe est double. La digitalisation va apporter des missions supplémentaires, mais va aussi demander une façon inédite d’aborder les missions traditionnelles. La question sera de savoir comment l’expert-comptable pourra organiser, proposer et produire ses nouvelles missions tout en réalisant ses missions traditionnelles avec de nouveaux outils.

On parle beaucoup de full service, qui est le fait de proposer une externalisation totale à l'entreprise de toute la partie administrative comptable et fiscale, notamment la préparation de factures, la gestion du poste client et les règlements aux fournisseurs. L’idée est de décharger le chef d'entreprise de toute cette partie administrative, nos clients étant essentiellement des TPE.

Cela pourra aussi être le moment de mettre un peu le pied dans les missions de durabilité, à destination cette fois-ci des TPE. On parle beaucoup du rapport de durabilité obligatoire pour les grandes entreprises, mais on oublie l’impact de la durabilité pour les petites entreprises.

Enfin, une fois que la stratégie est définie, il faut adapter les compétences. C’est notre troisième et dernier axe. Nous verrons comment faire évoluer les compétences des équipes actuelles. Nous avons un plan de formation très ambitieux au sein de notre profession.

JSS : Comment les experts-comptables s’approprient-ils le sujet de la durabilité ?

B.S. : C’est justement aujourd'hui l’un des axes sur lesquels nous souhaitons embarquer davantage les confrères. Aujourd’hui, nous parlons beaucoup des problématiques liées à la directive CSRD, mais il y a également d'autres petits réflexes à adopter pour les TPE, qui n’ont pourtant pas de contraintes légales à observer. Cela implique de produire des données, c’est notre cœur de métier.

« Le Conseil milite pour un déploiement volontaire anticipé de la réforme de la facture électronique. »

Boris Sauvage, rapporteur du 79e congrès des experts-comptables

Nous pouvons aujourd’hui réaliser un indicateur de mesure sur la performance financière des entreprises. Demain, nous pourrons aussi les accompagner sur des mesures d'indicateurs extra-financiers. Un vaste plan de formation est en cours pour que l’expert-comptable puisse être présent auprès des entreprises sur toute cette problématique.

JSS : L’an dernier, le congrès était consacré à la facture électronique. Les cabinets sont-ils tous prêts pour sa généralisation ?

B.S. : Les cabinets ont continué à se préparer cette année. Nous avons fait un grand plan de formation au sein des cabinets, avec un premier axe qui consistait à comprendre les enjeux de la réforme et ses impacts. Nous allons prochainement proposer une deuxième formation à destination de l'ensemble des cabinets sur la manière d’accompagner les entreprises. L’immatriculation provisoire de certaines plateformes de dématérialisation partenaires (PDP) arrivée à l’été rend les outils peu à peu disponibles.

Tout le monde n’est pas prêt, mais les experts-comptables ont repris ces sujets depuis quelques mois afin d’être en mesure d’accompagner les entreprises. Nous avons proposé à la fin du mois de septembre une formation en ligne. Nous avons eu 500 participants pendant plus de trois heures. Par rapport à nos formations habituelles, c’est un très bon score. Tout n'est pas terminé, mais cela avance bien.

Au niveau du Conseil national, nous militons pour un déploiement volontaire anticipé de la réforme, et donc pour sortir du calendrier de l’obligation fixé par l’État. Nous pouvons anticiper avec les entreprises et commencer à faire des échanges. Cela permettra d’être prêt au moment de la généralisation.

On parle beaucoup de la facture électronique comme d’une contrainte. Mais les grandes entreprises se sont mises à la facture électronique il y a une dizaine d’années. Si elles l’ont fait, c’est que cela leur apportait des gains organisationnels et financiers. Il n’y a pas besoin d’attendre l’obligation pour avoir des gains dans une entreprise plus petite. Nous souhaiterions pouvoir commencer dès la fin de l’année 2024 ou le début de l’année 2025.

JSS : Êtes-vous toujours victimes des difficultés que traverse le Guichet unique des formalités des entreprises ?

B.S. : Il y a eu des améliorations sur Guichet unique, qui fonctionne mieux qu’à son lancement, mais aujourd'hui tout ne fonctionne pas encore parfaitement et de manière fluide. Quand des situations compliquées se produisent, elles sont très complexes à débloquer.

JSS : Où en est l’obtention auprès de Bercy de la simplification du mandat implicite, qui vous permet de représenter vos clients auprès de l’administration fiscale ?

B.S. : C’était l’un de nos chevaux de bataille au sein de la profession. Nous demandions cette simplification depuis longtemps, nous sommes enfin convenus d’un accord et ce mandat est en cours de mise en place. Cela nous évitera de passer par des process lourds et encore au format papier comme c'est le cas aujourd'hui. C’est un gain de temps pour les experts-comptables et un meilleur service auprès des entreprises.

JSS : Le CNOEC a lancé en juillet dernier ExpertCHAT, un chatbot conversationnel dédié aux experts-comptables…

B.S. : Notre robot conversationnel fonctionne comme ChatGPT mais il est spécialisé sur le contenu concernant notre exercice professionnel et notre règlementation. Cette partie n’était pas traitée par les IA généralistes grand public. Nous avons donc décidé de comprendre comment cette technologie fonctionne et de l'appliquer dans notre cas particulier pour pouvoir utiliser l'intelligence artificielle sur notre quotidien. Cela permet de favoriser l'adoption de l’IA par les cabinets.

Nous préparons l’étape suivante avec la construction du data lake (stockage de données massives dans un format brut, ndlr) de la profession, issu d’une collecte d'informations financières et extra-financières. Cela nous permettra dans un premier temps d’avoir des services de benchmark (positionnement par rapport aux concurrents ou partenaires, ndlr). Demain, nous pourrons travailler sur des moteurs d'intelligence artificielle spécifiques, par exemple pour détecter des entreprises qui pourraient être en difficulté. En analysant des fichiers, nous pouvons déjà commencer à identifier les difficultés des entreprises, détecter les zones d’alerte sur la comptabilité et déterminer des indicateurs de durabilité pour les TPE.

Nous avons aujourd’hui des modélisations mathématiques s’appuyant sur des données pour prévoir la météo, on pourrait très bien imaginer avoir également des prévisions mathématiques sur la santé des entreprises en analysant l'ensemble des informations produites par les experts-comptables pour les entreprises.

Propos recueillis par Alexis Duvauchelle

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