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Volumes de ventes en baisse, prix des logements en repli... 2023 marque le début d’un changement d’ère sur le marché immobilier. À l’occasion du lancement de l’opération « Les 4 jours du logement », les Notaires de France ont dévoilé ce lundi 11 décembre leur bilan immobilier 2023 et les premières tendances pour le début de l’année 2024. Les professionnels observent un retournement du marché à la faveur des acquéreurs. Avec une ombre au tableau cependant : le pouvoir d’achat des Français.
« Gageons que le marché immobilier n’a
plus vocation à moyen terme à atteindre des sommets, dans un contexte où les
taux d'intérêt ne reviendront plus à des valeurs aussi basses que celles que
nous avons pu connaître ».
Le ton est donné par le notaire Edouard Grimond du bureau du Conseil supérieur du
notariat. Le porte-parole du Conseil était chargé ce lundi 11 décembre
d’introduire le bilan immobilier 2023 des Notaires de France. Le tableau ?
Après une période « haussière
extrêmement concentrée et exceptionnelle », l’année 2023 aura été
marquée par la conjonction de plusieurs paramètres défavorables au marché
« avec la fin de l’euphorie et de la
période anormale ». Le contexte inflationniste a mécaniquement dégradé
le pouvoir d’achat des Français et la hausse des taux, impacté le marché
immobilier.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : avec une baisse de 18 % du nombre de transactions immobilières entre septembre 2022 et septembre 2023, l’année devrait se clôturer avec 850 000 à 890 000 transactions. « Un niveau proche de celui de l’année 2016, alors que nous étions encore à plus d’1,1 million de ventes de logements anciens en fin d’année dernière », souligne Edouard Grimond. La vitesse de rotation du parc (NDLR : le ratio entre le nombre de logements vendus et celui de logements détenus par des particuliers qui avait grimpé autour de 4 % au plus fort du marché en 2021, est descendu à 3 %, son niveau de 2000. « Il s’agit d’un décrochage important. Le point de bascule remonte à juillet 2022 et ne fait que s’amplifier », estime Frédéric Violot, notaire à Caen.
Malgré une baisse généralisée, quelques
départements résistent, dans l’est du territoire notamment (Haut-Rhin,
Ardennes). A contrario, les départements franciliens et limitrophes
Île-de-France, ainsi que le Var et les départements du Nord enregistrent la
plus forte baisse du volume de transactions.
Dans
ce contexte de baisse des volumes, la baisse concomitante des prix aura mis un
moment à se dessiner. « Les vendeurs
ont mis un certain temps à intégrer les baisses de prix rendues inéluctables au
regard des conditions de financements des acquéreurs et des hausses de prix
constatées les années passées. Avec une capacité d’emprunt qui se réduit,
l’achat immobilier est rendu complexe, en particulier pour les primoaccédants.
Partout sur le territoire, les Notaires de France constatent le retour de la
négociation et par conséquent une augmentation mécanique des délais de vente »,
analyse Edouard Grimond.
Mais
pour la première fois depuis 2015, les prix de l’immobilier amorcent une baisse sur l’ensemble de la
France. Sur 1 an, l’indice des prix a ainsi baissé de 2 % pour les
appartements anciens, et de 1,6 % pour les maisons anciennes. « C’est une baisse modérée, mais elle
contraste avec l’amplitude des hausses constatées ces dernières années : +8,1 %
en 2022, +9,1 % en 2021 », analyse la notaire parisienne Élodie Frémont. Et cette baisse ne devrait pas s’arrêter là puisque les
projections des notaires tablent sur un recul des prix de 3 % sur un an pour
les appartements, et de 3,4 % pour les maisons à fin décembre 2023. Cette
baisse généralisée ne se traduit pas de la même façon à l’échelle du
territoire, avec un contraste province/Île-de-France. Ainsi, les prix des
appartements anciens restent relativement stables en province à +0,5% alors
qu’ils ont chuté de -5,3% en un an en région francilienne. Cette baisse
pourrait d’ailleurs atteindre -6,8% en Île-de-France à fin janvier 2024, contre
seulement -1,1% en province. La tendance est encore plus marquée pour les maisons
anciennes. Dans cette catégorie, les indices de prix pourraient aussi décrocher à -3,3 % pour la province et -7,3 % pour l’Île-de-France, d’ici à fin janvier
2024.
Ces
disparités se retrouvent à l’échelle des villes, où les prix au m² médians
oscillent entre 1 210 € à Saint-Étienne et jusqu’à 10 180 € à Paris. Les
notaires observent que le prix médian au m² augmente dans les communes dites
accessibles et diminue dans les communes les plus onéreuses. Ainsi Orléans
(+5,1 %), Marseille (+5,6 %) et Toulon (+7,2 %) enregistrent les hausses les plus
significatives. À l’inverse, à Lyon, Paris et Nantes, la tendance des prix au
m² est à la baisse. Un décrochage modéré (jusqu’à 4 %) mais qui fait suite au
ralentissement déjà constaté il y a un an pour ces communes. Deux communes
onéreuses font figure d’exception : Lille (+2,6 %) et Nice (+7,3 %), qui se
distingue pour la deuxième année consécutive, après une évolution déjà
prononcée en 2022 (+5,9 %). Cette évolution des prix « n’est pas corrélée à l’évolution démographique » précise Frédéric Violot, « les villes
dans lesquelles la démographie a le plus augmenté ne sont pas forcément celles
pour lesquelles les prix ont le plus augmenté ».
Sur le marché des maisons anciennes, le prix
de vente médian baisse aussi sur un an dans 12 des 18 agglomérations observées
par les Notaires de France. Dans les agglomérations de Nice, Reims, Toulouse,
Orléans, Lille et Dijon, l’évolution annuelle est comprise entre 0 et -2 %. La
baisse la plus prononcée concerne l’agglomération de Strasbourg (-4,4 %),
marquant ainsi une rupture avec les évolutions des années antérieures (+10 % en
2022, +7 % en 2021, +4 % en 2020 et 2019). Quelques hausses subsistent néanmoins,
notamment dans les agglomérations du Havre (+3,3 %), Montpellier (+3,4 %) et
Toulon (+4,3 %).
Si
la baisse des prix semble enclenchée, celle-ci doit se mesurer à l’aune du pouvoir d’achat immobilier
des Français. Et dire que ce
pouvoir d’achat est en berne est une « lapalissade », estime Frédéric Violot. Les ménages modestes et intermédiaires ont connu la plus faible
progression de revenus -7 % entre 1999 et 2023 – « une évolution qui ne peut pas porter la hausse des prix constatés
pendant cette même période » estime le notaire. Et d’ajouter : « une maison de 100 m² n’est plus finançable
par les ménages intermédiaires depuis 2021. Quant à l’évolution du revenu
disponible pour les ménages modestes, il est relativement faible. Les ménages
modestes et intermédiaires sont en train de sortir de la course ».
Dans
le détail, sur les neuf premiers mois de l’année, le pouvoir d’achat immobilier a
diminué de 24 m² par rapport à 1999. Entre 2021 et 2023, le pouvoir d’achat
immobilier était déjà passé de 84 m² à 75 m², enregistrant une baisse de 11 %
(-9 m²). En France
métropolitaine, sur la base d’un remboursement de 800 euros par mois sur
20 ans, le pouvoir d’achat
immobilier pour un appartement ancien en 2023 est de 36 m², soit une perte de 4 m² sur une
année. Du côté des maisons, il est aujourd’hui possible d’acquérir un
bien de 97 m² avec une mensualité de 1 300 euros par mois sur une
période de 20 ans, soit une
perte de 14 mètres carrés pour les acquéreurs. Et en la matière,
l’ensemble des villes est logé à la même enseigne puisque toutes enregistrent
une baisse de pouvoir d’achat immobilier. À noter que les grandes villes du pourtour
méditerranéen sont fortement touchées par la baisse du pouvoir d’achat
immobilier, à l’instar de Nice, Toulon, et Marseille qui enregistrent un recul
de plus de 15 % par rapport à l’année précédente.
Les
Français ont conscience de cette crispation du marché. Selon les résultats de
la dernière enquête commandée par Notaires de France sur le parcours immobilier
des Français, 41 % des sondés estiment de plus en plus difficile de trouver un
bien immobilier correspondant à leurs critères. Ils n’étaient que 32 % en 2021.
Le financement pour acquérir un bien immobilier est également perçu comme plus
ardu : 24 % l’estimant facile contre 50 % en 2021, soit 26 points d’écart. Ainsi
dans le contexte actuel où les taux sont plus élevés et les emprunts
difficiles, les Français jugent encore plus nécessaire qu’avant d’avoir un
apport conséquent pour acheter (82 %, +10 pts par rapport à 2021, +16 pts par
rapport à 2019). Dernier enseignement de ce sondage et pas des moindres : ces
deux dernières années, 1 Français sur 5 déclare avoir dû renoncer ou abandonner
un projet immobilier, phénomène qui touche davantage les plus jeunes. Pour près
des trois quarts d’entre eux, cet abandon est lié à des raisons financières,
comme la hausse des prix des logements, des taux d’intérêt, l’inflation et la
perte de pouvoir d’achat.
Dans
ce contexte tendu, les passoires énergétiques se fraient un chemin sur le
marché des ventes immobilières. Sur les 37 millions de logements que compte la
France au 1er janvier 2023, leur nombre est estimé à 6,6 millions, soit 17,8 %
du parc. L’année 2022 s’était déjà démarquée par une forte augmentation de la
part de ces logements énergivores sur le marché des transactions : ils
représentent dorénavant 18 % des ventes, soit 7 points de plus en 2 ans. « Depuis le deuxième trimestre 2021, la
volumétrie des transactions de biens énergivores de catégorie F et G a augmenté
de façon considérable, de 11 % à 18 % ces derniers mois. Les logements de
catégorie D représentent toujours 33 % des transactions - la part la plus
importante du marché - mais ont perdu 5% à la faveur quasi exclusive des
catégories F et G », détaille Frédéric Violot. Et ce n’est pas le
durcissement des critères d’établissement du DPE au deuxième trimestre 2021 qui
est en cause, il s’agit de « ventes-réactions », en prévision de
l’interdiction à la location des passoires énergétiques prévue à l’horizon 2028
par la Loi Climat et Résilience. Les propriétaires souhaitent « liquider leur logement énergivore plutôt que
d’avoir à supporter les travaux de rénovation », conclut le notaire. Pas sûr toutefois que les vendeurs trouvent preneur, à l’heure
où la performance énergétique du logement pèse de plus en plus dans les
critères de choix d’un logement des Français, d’après l’enquête 2023 commandée
par les Notaires de France.
Delphine Schiltz
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