Inauguration de l’exposition « Les femmes et la Justice » au Musée du barreau de Paris


jeudi 3 novembre 2016 à 14:515 min

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Le musée du barreau de Paris a ouvert ses portes mercredi 19 octobre 2016 pour accueillir une foule impressionnante venue admirer la nouvelle exposition « Les femmes et la justice », consacrée aux femmes avocates, magistrates, ou criminelles, et qui a vu le jour grâce au livre éponyme d’Emmanuel Pierrat, conservateur du musée. Accueillies par ce dernier et par Dominique Attias, vice-bâtonnière du barreau de Paris, de nombreuses grandes figures de la justice et du droit ont pu apprécier en avant-première tableaux, caricatures, photographies et statues mettant à l’honneur les destins de femmes remarquables.

 


Le visiteur qui ce soir-là s’est rendu au vernissage a d’abord été saisi par la beauté du lieu qui abrite le musée. En effet, l’Hôtel de la Porte est en lui-même un chef d’œuvre de l’art de la perspective en raison de son architecture particulière. Arrivé au bas des marches qui mènent aux salles du musée, le spectateur tombe nez à nez avec le portrait de Jeanne Chauvin, première femme avocate à plaider en 1907. Le Conseil de l’Ordre du barreau de Paris lui avait d’abord interdit l’accès à la profession, ce qu’elle avait contesté en l’assignant en Justice. Grâce à des militantes comme elle, les femmes ont peu à peu accédé aux postes de justice « pour devenir aujourd’hui, plus nombreuses que les hommes », explique Emmanuel Pierrat. Jusqu’au début du XXe siècle, pour l’opinion publique, la place des femmes se trouvait seulement dans le box des accusés. L’exposition présente ainsi des caricatures sexistes et misogynes (Jeanne Chauvin plaidant enceinte par exemple) publiées jadis dans les journaux, notamment dans l’Excelsior. Grâce à des personnalités comme Jeanne Chauvin, Hélène Miropolsky (1ère femme à avoir plaidé aux Assises), Dominique de La Garanderie (1ère femme à avoir été élue bâtonnière de l’Ordre des avocats de Paris en 1998), et tant d’autres, les femmes ont désormais gagné leur titre de gardienne de la Justice.


Parmi les œuvres exposées, on compte également des portraits de femmes accusées (de Thérèse Humbert, à Florence Ray en passant pas Marie-Antoinette et Henriette Caillaux), car dans ce domaine aussi le sexisme a longtemps été présent. Or, comme le rappelle avec humour Dominique Attias « Les hommes n’ont pas le monopole de la délinquance et de la grande criminalité ». Pour ne prendre qu’un exemple, évoquons le procès d’Henriette Caillaux, celle qui assassina en mars 1914 Gaston Calmette, directeur du Figaro. Elle fut défendue avec succès par Fernand Labori, celui-là même qui défendit Dreyfus, mais certainement pas de la meilleure manière. Ainsi, selon lui « la femme étant un animal sans intelligence et sans cerveau » Henriette Caillaux ne pouvait donc pas avoir prémédité le meurtre de la victime. Lheureuse (ou malheureuse) accusée fut donc acquittée, retrouvant sa liberté mais perdant au passage sa dignité !



Et aujourd’hui ?


Le 23 octobre dernier, le buste d’Olympe de Gouges entrait à l’Assemblée nationale, dans la légendaire salle des Quatre Colonnes. Celle qui fut guillotinée sous la Terreur pour avoir défié Robespierre et qui clama alors courageusement « Si la femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune » est considérée par les historiens comme la premère féministe de France. Son entrée à l’Assemblée  représente donc un symbole fort pour toutes celles (et ceux) qui se lèvent jour après jour pour faire grandir l’égalité entre les femmes et les hommes. 


A notre époque, alors que les voix de « femmes remarquables, passionnées et passionnantes » (selon les termes de la vice-bâtonnière), se font de plus en plus entendre par la société, en quoi était-il nécessaire d’organiser cette exposition au Barreau de Paris ?


Parce qu’il faut rappeler à nos esprits le combat de ces femmes admirables, tant la bataille est loin d’être gagnée. Emmanuel Pierrat rappelle ainsi qu’il y a quelques mois seulement, dans le Sud-Ouest, un candidat au Conseil de l’Ordre  (dont il a préféré taire le nom) a déclaré que les femmes ne pouvaient certainement pas être avocates, car elles sont incapables de plaider. Cela surprend, cela choque, cela attriste mais la réalité c’est qu’un grand nombre de personnes (et pas seulement des hommes) pense encore de cette manière. (…)


 

Maria-Angélica Bailly

 

Renseignements et réservation

Musée du barreau de Paris,

25 rue du jour, 75001 Paris

Téléphone : 01 44 32 47 48 Mail : musee@avocatparis.org

Exposition du 20 octobre 2016 au 28 février 2017



 

 

 

Avocats et juges sont aujourd’hui, dans une très grande majorité, des femmes. Si les places les plus en vue sont toujours occupées par une poignée d’hommes qui portent la robe, plusieurs « femmes de loi » ont déjà marqué l’Histoire de leur empreinte. Il en est ainsi des premières avocates de France qui ont su se battre pour obtenir, à l’instar de Jeanne Chauvin, au début de XXe siècle, de prêter serment. Certaines avocates ont défendu des causes retentissantes, telles Gisèle Halimi (plaidant pour les femmes ayant avorté clandestinement), Isabelle Coutant-Peyre (avocate des groupes terroristes, qui a épousé le terroriste Carlos en prison). D’autres sont même devenues bâtonnier dès les années 1990 : Dominique de La Garanderie, Christiane Féral-Schuhl ou encore Dominique Attias. Les femmes de loi sont également des juges, de Simone Rozès, qui a siégé comme plus haute magistrate de France, à Eva Joly, longtemps juge d’instruction. Le genre féminin siège enfin, depuis bien longtemps cette fois, du côté du box des accusés : Marie-Antoinette, Thérèse Humbert, sans oublier les sœurs Papin, Simone Weber, ainsi qu’Henriette Caillaux, ou encore Florence Rey. Dans une salle d’audience, il n’y a pas de sexe faible, mais des femmes qui sont passées du rôle d’accusées à celui d’acteurs majeurs de la justice. C’est le portrait de 18 de ces femmes que brosse Emmanuel Pierrat.



Emmanuel Pierrat est avocat au Barreau de Paris, romancier, essayiste et grand collectionneur de livres anciens et d’art africain. Il est l’auteur de nombreux ouvrages juridiques de référence, mais aussi de plusieurs essais sur la culture, la justice ou encore la censure. Il est auteur des Grands Procès de l’histoire (2015) et coauteur avec Rosalie Varda d’Il était une fois Peau d’âne (2014) aux éditions de La Martinière.



Les femmes et la justice, Emmanuel Pierrat, Editions de la Martinière, 39,90 euros


Retrouvez la suite de cet article dans le Journal Spécial des Société n° 82 du 29 octobre 2016

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