Jennifer Baert : « En entreprise, il faut apprécier les risques et surtout décider, dans un monde en constant changement » -


mardi 12 avril 2022 à 10:086 min

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Leader mondial de l’assurance-crédit, Euler Hermes (Allianz) vient de nommer Jennifer Baert secrétaire générale du groupe. Auparavant directrice de l’analyse crédit, comment accueille-t-elle cette nouvelle fonction ? Entretien.

 




Pouvez-vous vous présenter et revenir sur votre parcours ?

Je suis avocate franco-anglaise de formation. J’ai eu la chance d’avoir une carrière très variée qui m’a permis d’alterner entre droit et finance, entre France et Angleterre, et entre fonctions de conseil et fonctions opérationnelles.

De par mes origines, j’ai toujours voulu intervenir sur des dossiers internationaux et ne pas circonscrire mon activité professionnelle à un seul pays, et pour cela, je voulais être qualifiée à la fois en droit anglais et en droit français.

À Londres, j’ai commencé mes études au King’s College où j’ai obtenu un Bachelor of Letters of Law puis au College of Law, ce qui m’a permis de devenir avocat-solicitor d’Angleterre et du Pays de Galles.

À Paris, j’ai étudié à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l’université Paris 2 Panthéon-Assas où j’ai obtenu une maîtrise de droit privé, un DESS de droit des affaires et fiscalité, avant d’être admise au barreau de Paris.

J’ai exercé mon métier d’avocat pendant sept ans chez Cleary Gottlieb à Londres et à Paris avant de rejoindre le monde de l’entreprise chez Euler Hermes, le leader mondial de l’assurance-crédit, filiale du groupe Allianz.

Chez Euler Hermes, j’ai exercé plusieurs postes successifs, que j’ai perçus comme des occasions de continuer à apprendre, à découvrir de nouvelles personnes, de nouveaux aspects de la vie des entreprises, des situations et des problématiques nouvelles, à me construire en tant que dirigeante.

 

 

Vous êtes, depuis le 1er mars, la nouvelle secrétaire générale du Groupe Euler Hermes. Pouvez-vous revenir sur cette nomination ?

C’est un retour aux sources : j’étais entrée chez Euler Hermes comme directrice juridique pour mener la restructuration du groupe dans le contexte de Solvabilité 2. Une fois cette restructuration achevée, j’ai eu la chance de rejoindre l’opérationnel et d’être nommée directrice de l’indemnisation et du recouvrement, puis, trois ans plus tard, directrice de l’information et de l’analyse crédit.

Récemment, Clarisse Kopff, CEO et présidente du Directoire et Loeiz Limon Duparcmeur, membre du directoire en charge des Finances, m’ont proposé de créer un poste de secrétaire générale regroupant le juridique, le fiscal, la gouvernance, la propriété intellectuelle, le corporate, le réglementaire et le contentieux. C’est une fonction stratégique, notamment dans une entreprise du secteur financier, et un challenge passionnant que j’espère relever avec succès.

 



« La nature de l’entreprise change. Elle était traditionnellement un centre de profit, elle devient un acteur social. »



 

Vous avez précédemment occupé différentes fonctions au sein du groupe (directrice de l’analyse crédit et directrice de l’indemnisation et du recouvrement). Que retenez-vous de ces expériences ?

Le fait d’avoir occupé des fonctions opérationnelles sera un très grand atout dans mes fonctions de secrétaire générale, tout comme le fait d’avoir été avocate et de bien appréhender le cadre juridique m’a énormément aidé dans mes fonctions opérationnelles, par exemple à transformer nos modèles de risque crédit en toute conformité avec notre cadre réglementaire.

J’ai occupé la Direction de l’information et de l’analyse crédit pendant quatre ans. Dans un monde où la donnée sur les entreprises est de plus en plus ouverte, pour garder notre rôle de leader sur le marché, nous devons évoluer en permanence, identifier de nouvelles sources de données, tester leur caractère prédictif, les intégrer dans nos bases de données et dans nos modèles de risque crédit. Ces données sont indispensables à nos 500 analystes crédit pour mieux appréhender le risque.

J’ai également occupé la Direction de l’indemnisation et du recouvrement. Le recouvrement de créances commerciales constitue l’un des services essentiels du contrat d’assurance-crédit. Nous disposons d’un réseau de 450 collaborateurs chargés de recouvrement dans le monde, spécialistes des procédures de recouvrement sur leurs territoires, ce qui permet de recouvrer des créances quel que soit le pays du débiteur avec un taux de succès important, à l’amiable et judiciairement le cas échéant.

 

 

Comme vous le disiez, vous êtes également passée par des cabinets d’avocats. Pourquoi avez-vous préféré vous engager en entreprise ?

J’ai eu la chance de commencer ma carrière dans des cabinets exceptionnels, d’abord chez Bredin Prat, puis chez Cleary Gottlieb, à Paris et à Londres.

Un avocat doit conseiller son client et attirer son attention sur les risques. En entreprise, il faut apprécier les risques et surtout décider, dans un monde en constant changement. L’opérationnel m’a également exposée à la finance, aux opérations, au management, aux plans stratégiques, à la conduite de projets, d’équipes nombreuses à la direction, qui ne sont pas des fonctions qu’un avocat a traditionnellement l’habitude de gérer.

 

 

Vous suivez 83 millions d’entreprises dans 160 pays. À ce titre, vous dîtes que « la donnée est le cœur de votre métier »…

Pour rester leader dans un monde en changement constant, nous sommes amenés à revoir en permanence nos process d’identification, de collecte et de modélisation de données.

Les fonctions opérationnelles que j’ai occupées à la direction du crédit m’ont permis de mieux appréhender la richesse et la qualité du service offert par Euler Hermes à ses assurés dans le monde entier, qui repose sur un business model unique et une connaissance mondiale des entreprises absolument exceptionnelle. La puissance de nos algorithmes et la qualité de nos analystes crédit nous permettent d’anticiper les risques et d’évaluer la solvabilité d’à peu près toutes les entreprises dans le monde en temps réel. C’est cela que nos assurés viennent chercher chez nous, et toute l’entreprise est tournée vers la qualité de service offerte à nos assurés.

Cette adaptation constante aux lignes qui bougent et cette anticipation des changements de l’environnement économique est une des grandes forces de notre entreprise.

 


Vous avez été co-présidente d’Allianz Neo, le réseau de promotion de la mixité du groupe Allianz au niveau mondial, et souhaitez intégrer les hommes au cœur de ce processus d’égalité. Quel regard portez-vous sur ce combat ?

J’ai fondé Allianz Neo en 2017. J’ai ensuite voulu que l’association soit co-présidée avec un homme. En effet, ce qui me motive, ce n’est pas seulement la question de l’égalité hommes-femmes, ce sont toutes les dynamiques qui permettent de rassembler toutes les sensibilités et les compétences pour travailler ensemble et aboutir à un environnement de travail le plus inclusif possible. Donc pour moi, il est évidemment indispensable d’associer hommes et femmes sur les sujets de mixité, ce ne sont pas les uns au détriment des autres, c’est tous ensemble pour un monde meilleur et plus efficace. Toutes les études le prouvent.

J’ai toujours aimé reprendre la métaphore de l’oiseau qui ne vole jamais aussi bien et aussi haut qu’avec ses deux ailes totalement déployées. De même, une entreprise, ou une société, n’est jamais aussi performante et aussi harmonieuse que quand hommes et femmes y sont également représentés, à tous les niveaux et dans toutes les fonctions.

Le deuxième point, c’est que la question de la mixité doit selon moi dépasser désormais le cadre des ressources humaines. On ne peut pas limiter la question de l’égalité hommes-femmes à celle de nos salariés, c’est un sujet pour tous, et pour le CEO, et non uniquement pour le DRH. C’est une question de responsabilité sociétale, de finance et de politique d’investissements, de marketing et de positionnement de notre offre clients, pour n’en citer que quelques-unes.

 

 

À quelques jours de l’élection présidentielle, quels sont, selon vous, les principaux enjeux des entreprises aujourd’hui ?

La nature de l’entreprise change. Elle était traditionnellement un centre de profit, elle devient un acteur social. On ne rend plus compte seulement aux actionnaires, mais à l’ensemble des stakeholders. L’entreprise doit prendre en considération ses propres impératifs, mais intégrer également ceux de l’ensemble de la société. Pour les dirigeants, c’est une révolution culturelle, parfois difficile à mettre en œuvre.

L’expression ultime de ce mouvement est la création de l’entreprise à mission, suite au rapport de Jean-Dominique Senart et Nicole Notat. Les illustrations sont extrêmement nombreuses : des entreprises qui réduisent leurs flux d’activités en Russie suite à l’invasion de l’Ukraine, les réseaux sociaux dont on attend qu’ils suspendent des comptes. La plus importante de toutes est incontestablement le changement climatique qui est l’affaire de chacun, en tout lieu et à tout moment.

 


Propos recueillis par Cécile Leseur

et Constance Périn



 

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