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Leader mondial de l’assurance-crédit, Euler Hermes (Allianz) vient de nommer Jennifer Baert secrétaire générale du groupe. Auparavant directrice de l’analyse crédit, comment accueille-t-elle cette nouvelle fonction ? Entretien.
Pouvez-vous
vous présenter et revenir sur votre parcours ?
Je suis avocate franco-anglaise de
formation. J’ai eu la chance d’avoir une carrière très variée qui m’a permis
d’alterner entre droit et finance, entre France et Angleterre, et entre
fonctions de conseil et fonctions opérationnelles.
De par mes origines, j’ai toujours
voulu intervenir sur des dossiers internationaux et ne pas circonscrire mon
activité professionnelle à un seul pays, et pour cela, je voulais être
qualifiée à la fois en droit anglais et en droit français.
À Londres, j’ai commencé mes études au
King’s College où j’ai obtenu un Bachelor of Letters of Law puis au
College of Law, ce qui m’a permis de devenir avocat-solicitor d’Angleterre et
du Pays de Galles.
À Paris, j’ai étudié à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l’université Paris 2 Panthéon-Assas où j’ai obtenu une maîtrise de droit privé, un DESS de
droit des affaires et fiscalité, avant d’être admise au barreau de Paris.
J’ai exercé mon métier d’avocat
pendant sept ans chez Cleary Gottlieb à Londres et à Paris avant de rejoindre
le monde de l’entreprise chez Euler Hermes, le leader mondial de
l’assurance-crédit, filiale du groupe Allianz.
Chez Euler Hermes, j’ai exercé
plusieurs postes successifs, que j’ai perçus comme des occasions de continuer à
apprendre, à découvrir de nouvelles personnes, de nouveaux aspects de la vie
des entreprises, des situations et des problématiques nouvelles, à me
construire en tant que dirigeante.
Vous
êtes, depuis le 1er
mars, la nouvelle secrétaire générale du Groupe Euler Hermes. Pouvez-vous
revenir sur cette nomination ?
C’est un retour aux sources :
j’étais entrée chez Euler Hermes comme directrice juridique pour mener la
restructuration du groupe dans le contexte de Solvabilité 2. Une fois cette
restructuration achevée, j’ai eu la chance de rejoindre l’opérationnel et d’être nommée directrice de l’indemnisation et du
recouvrement, puis, trois ans plus tard, directrice de l’information et de
l’analyse crédit.
Récemment, Clarisse Kopff, CEO et
présidente du Directoire et Loeiz Limon Duparcmeur, membre du directoire en charge
des Finances, m’ont proposé de créer un poste de secrétaire générale
regroupant le juridique, le fiscal, la gouvernance, la propriété
intellectuelle, le corporate, le réglementaire et le contentieux. C’est une
fonction stratégique, notamment dans une entreprise du secteur financier, et un
challenge passionnant que j’espère relever avec succès.
« La
nature de l’entreprise change. Elle était traditionnellement un centre de
profit, elle devient un acteur social. »
Vous
avez précédemment occupé différentes fonctions au sein du groupe (directrice de
l’analyse crédit et directrice de l’indemnisation et du recouvrement). Que retenez-vous de ces expériences ?
Le fait d’avoir occupé des fonctions
opérationnelles sera un très grand atout dans mes fonctions de secrétaire
générale, tout comme le fait d’avoir été avocate et de bien appréhender le
cadre juridique m’a énormément aidé dans mes fonctions opérationnelles, par
exemple à transformer nos modèles de risque crédit en toute conformité avec
notre cadre réglementaire.
J’ai occupé la Direction de
l’information et de l’analyse crédit pendant quatre ans. Dans un monde où la
donnée sur les entreprises est de plus en plus ouverte, pour garder notre rôle
de leader sur le marché, nous devons évoluer en permanence, identifier de
nouvelles sources de données, tester leur caractère prédictif, les intégrer
dans nos bases de données et dans nos modèles de risque crédit. Ces données
sont indispensables à nos 500 analystes crédit pour mieux appréhender le
risque.
J’ai également occupé la Direction de
l’indemnisation et du recouvrement. Le recouvrement de créances commerciales
constitue l’un des services essentiels du contrat d’assurance-crédit. Nous
disposons d’un réseau de 450 collaborateurs chargés de recouvrement dans le
monde, spécialistes des procédures de recouvrement sur leurs territoires, ce
qui permet de recouvrer des créances quel que soit le pays du débiteur avec un
taux de succès important, à l’amiable et judiciairement le cas échéant.
Comme
vous le disiez, vous êtes également passée par des cabinets d’avocats. Pourquoi
avez-vous préféré vous engager en entreprise ?
J’ai eu la chance de commencer ma
carrière dans des cabinets exceptionnels, d’abord chez Bredin Prat, puis chez
Cleary Gottlieb, à Paris et à Londres.
Un avocat doit conseiller son client
et attirer son attention sur les risques. En entreprise, il faut apprécier les
risques et surtout décider, dans un monde en constant changement.
L’opérationnel m’a également exposée à la finance, aux opérations, au
management, aux plans stratégiques, à la conduite de projets, d’équipes
nombreuses à la direction, qui ne sont pas des fonctions qu’un avocat a
traditionnellement l’habitude de gérer.
Vous
suivez 83 millions d’entreprises dans 160 pays. À ce titre, vous dîtes que
« la donnée est le cœur de votre métier »…
Pour rester leader dans un monde en
changement constant, nous sommes amenés à revoir en permanence nos process
d’identification, de collecte et de modélisation de données.
Les fonctions opérationnelles que j’ai
occupées à la direction du crédit m’ont permis de mieux appréhender la richesse
et la qualité du service offert par Euler Hermes à ses assurés dans le monde
entier, qui repose sur un business model unique et une connaissance
mondiale des entreprises absolument exceptionnelle. La puissance de nos
algorithmes et la qualité de nos analystes crédit nous permettent d’anticiper
les risques et d’évaluer la solvabilité d’à peu près toutes les entreprises dans
le monde en temps réel. C’est cela que nos assurés viennent chercher chez nous,
et toute l’entreprise est tournée vers la qualité de service offerte à nos
assurés.
Cette adaptation constante aux lignes
qui bougent et cette anticipation des changements de l’environnement économique
est une des grandes forces de notre entreprise.
Vous
avez été co-présidente d’Allianz Neo, le réseau de promotion de la mixité du
groupe Allianz au niveau mondial, et souhaitez intégrer les hommes au cœur de
ce processus d’égalité. Quel regard portez-vous sur ce
combat ?
J’ai fondé Allianz Neo en 2017. J’ai
ensuite voulu que l’association soit co-présidée avec un homme. En effet, ce
qui me motive, ce n’est pas seulement la question de l’égalité hommes-femmes,
ce sont toutes les dynamiques qui permettent de rassembler toutes les
sensibilités et les compétences pour travailler ensemble et aboutir à un environnement de travail le plus
inclusif possible. Donc pour moi, il est évidemment indispensable d’associer
hommes et femmes sur les sujets de mixité, ce ne sont pas les uns au détriment
des autres, c’est tous ensemble pour un monde meilleur et plus efficace. Toutes
les études le prouvent.
J’ai toujours aimé reprendre la
métaphore de l’oiseau qui ne vole jamais aussi bien et aussi haut qu’avec ses
deux ailes totalement déployées. De même, une entreprise, ou une société, n’est
jamais aussi performante et aussi harmonieuse que quand hommes et femmes y sont
également représentés, à tous
les niveaux et dans toutes les fonctions.
Le deuxième point, c’est que la
question de la mixité doit selon moi dépasser désormais le cadre des ressources
humaines. On ne peut pas limiter la question de l’égalité hommes-femmes à celle
de nos salariés, c’est un sujet pour tous, et pour le CEO, et non uniquement
pour le DRH. C’est une question de responsabilité sociétale, de finance et de
politique d’investissements, de marketing et de positionnement de notre offre
clients, pour n’en citer que quelques-unes.
À
quelques jours de l’élection présidentielle, quels
sont, selon vous, les principaux enjeux des entreprises aujourd’hui ?
La nature de l’entreprise change. Elle
était traditionnellement un centre de profit, elle devient un acteur social. On
ne rend plus compte seulement aux actionnaires, mais à l’ensemble des stakeholders.
L’entreprise doit prendre en considération ses propres impératifs, mais
intégrer également ceux de l’ensemble de la société. Pour les dirigeants, c’est
une révolution culturelle, parfois difficile à mettre en œuvre.
L’expression ultime de ce mouvement
est la création de l’entreprise à mission, suite au rapport de Jean-Dominique
Senart et Nicole Notat. Les illustrations sont extrêmement nombreuses :
des
entreprises qui réduisent leurs flux d’activités en Russie
suite à l’invasion
de l’Ukraine, les réseaux sociaux dont on attend
qu’ils suspendent des comptes. La plus importante de toutes est
incontestablement le changement climatique qui est l’affaire de chacun, en tout
lieu et à tout moment.
Propos recueillis par Cécile Leseur
et Constance Périn
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