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La plupart des mesures rejetées ont été qualifiées de cavaliers budgétaires. La baisse du seuil d’exemption de la TVA a été validée, malgré sa suspension par le ministre de l’Économie.
Le dernier obstacle est
franchi : le Conseil constitutionnel a jugé partiellement conforme la loi
de finances pour 2025, ce jeudi 13 février. Les Sages avaient été saisis par
deux recours : l’ensemble des députés Rassemblement national d’un côté, et
des députés La France insoumise de l’autre.
Plusieurs dispositions
étaient attaquées. Et si la plupart d’entre elles ont été jugées conformes au
texte fondateur de la Cinquième République, dix articles de la loi ont été
censurés. La plupart l’ont été en raison de leur caractère de cavaliers
budgétaires – autrement dit, ils ne rentraient pas dans le cadre d’une loi de
finances.
Le rapport sur la politique de
l’ESS ne verra pas le jour
C’est le cas notamment des articles
176 et 194, qui prévoyaient la remise au Parlement par le gouvernement de deux
rapports : l’un, inséré en annexe au projet de loi de finances, sur la
politique de l’économie sociale et solidaire (ESS) ; l’autre sur les
spécificités du régime d’assurance chômage applicable aux travailleurs
frontaliers et sur les coûts que leurs prestations chômage représentent pour
l’Unédic. L’article 177 modifiait la structure juridique l’Agence de gestion de
l’immobilier de l’État (AGILE) et clarifiait ses missions, ajoutant par exemple
la gestion, l’entretien et la rénovation des biens immobiliers dont elle serait
propriétaire « afin d’optimiser leurs usages et contribuer aux
objectifs de l’État en matière de transition écologique ».
Sans juger de leur
constitutionnalité sur le fond, le Conseil constitutionnel a déterminé que « ces
dispositions ne concernent ni les ressources, ni les charges, ni la trésorerie,
ni les emprunts, ni la dette, ni les garanties de l’État, ni la comptabilité
publique », ni à tout autre sujet lié au budget.
L’article 108, qui devait
permettre aux collectivités territoriales de bénéficier des attributions du
Fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée au titre des
redevances versées aux sociétés publiques locales d’aménagement d’intérêt
national, a lui aussi été censuré, en raison de son introduction en commission
mixte paritaire, alors qu’il n’existait pas, « à ce stade de la
procédure, [une] relation directe avec une disposition restant en discussion ».
Les députés des oppositions
n’obtiennent pas gain de cause
Mais la plupart des griefs
présentés par les députés ont été rejetés. Les élus La France insoumise
critiquaient la procédure même d’adoption de la loi, estimant que « certaines
dispositions organiques ont été méconnues par le gouvernement »,
notamment au sujet de l’obligation de présenter au Parlement, avant le 15
juillet, un rapport indiquant la trajectoire budgétaire envisagée pour l’année
à venir. Si un document a bien été communiqué à l’Assemblée, celui-ci est
arrivé avec deux mois de retard et « ne présentait pas le niveau de
détail habituel du rapport », avait assuré la présidente du groupe
LFI-NFP à l’Assemblée.
Mais « une
éventuelle méconnaissance de ces dispositions ne saurait faire obstacle à
l’examen du projet concerné », a assuré le Conseil constitutionnel,
qui a préféré s’assurer de la conformité de la loi « au regard tant des
exigences de continuité de la vie nationale que de l’impératif de sincérité
qui s’attache à l’examen des lois de finances pendant toute la durée de
celui-ci » et a déterminé que ces exigences « n’ont pas été
méconnues ».
L’un des principaux reproches
faits par le groupe Rassemblement national visait un article qui précise les
missions et prérogatives attribuées à la Commission de régulation de l’énergie
dans le cadre de la mise en œuvre de la nouvelle taxe sur l’utilisation de
combustible nucléaire pour la production d’électricité couplée à un versement
nucléaire universel (VNU) conçus pour faire bénéficier le consommateur d’une
réduction de leurs factures d’électricité.
Le RN, qui craint que ce
nouveau mécanisme aboutisse plus tard à une hausse des prix, avait assuré aux
Sages que l’étude d’impact qui accompagnait l’article de loi était « très
insuffisante pour éclairer les débats parlementaires ». L’obligation de
réalisation d’une telle étude « n’est pas applicable aux projets de
lois de finances », a répondu le Conseil constitutionnel.
La baisse du seuil
d’exemption de la TVA validée par le Conseil… mais suspendue par le ministre
Très critiquée, la mise en
place d’un seuil commun d’exemption de la TVA pour les autoentrepreneurs a
également été analysée par les Sages après la saisine du groupe LFI qui lui
reprochait d’instaurer une inégalité devant les charges publiques car ne tenant
pas compte du type d’activité exercée.
« En fixant ainsi un
même plafond pour tous les assujettis établis en France, quelle que soit
l’opération réalisée, les dispositions contestées n’instituent, par
elles-mêmes, aucune différence de traitement entre les contribuables »,
a au contraire assuré le Conseil, selon qui le législateur « a entendu
simplifier le régime de franchise de taxe sur la valeur ajoutée et lutter contre
les distorsions de concurrence ».
Maintenue dans la loi, la
mesure a cependant été suspendue « pendant le temps d’une
concertation », a annoncé le ministre de l’Économie Éric Lombard le
6 février dernier.
Alexis
Duvauchelle
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