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Si la quasi-totalité des indicateurs sont en
hausse, notamment le nombre d’homicides, à son plus haut niveau depuis
2016, les violences intrafamiliales (+
17%) et les violences sexuelles (+ 11 %) enregistrées ne sont pas en reste. Toutefois, cela s’expliquerait en partie par une évolution des comportements en matière de dépôt de plainte,
boosté notamment par le mouvement de libération de la parole.
Le Ministère de l’Intérieur et des Outre-Mer a
publié fin juillet un bilan
statistique les évolutions sur l'insécurité et la délinquance en France enregistrées
par les services de police et de gendarmerie nationales.
Les chiffres dévoilés par
cette étude,
réalisée par le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure
(SSMSI), sont éloquents : la
quasi-totalité des indicateurs sont en hausse en 2022 par rapport à l’année
précédente, à l’exception des vols violents sans arme.
Pour la première fois depuis
2016, plus de 900 victimes d’homicides
En 2022, 959 victimes d’homicides
ont été recensées : ce sont 77 personnes de plus qu’en 2021, soit une hausse
de 9 %, après une croissance de 7 % déjà observée en 2021.
L’étude met par ailleurs en
exergue que le niveau des homicides est au plus haut depuis 2016, dépassant
pour la première fois la barre des 900 victimes (hors victimes d’attentats).
Le taux d’homicides par
habitant est en outre plus élevé dans les régions ultramarines. Sur la période
2020-2022, 14 homicides pour 100 000 habitants ont été dénombrés en Guyane, 7
en Guadeloupe, 6 en Martinique et 5 à Mayotte ; contre 1 homicide pour 100
000 habitants en moyenne sur toute la France.
79% des victimes sont des hommes,
nous apprend la synthèse, et les classes d’âges les plus touchées sont les
15-29 ans et les 30-44 ans. « Les personnes mises en cause sont moins
fréquemment des femmes : 91 % des mis en cause sont des hommes et 44 % ont
entre 18 et 29 ans », ajoute le SSMSI.
Violences intrafamiliales :
les dépôts de plaintes en plein boom
Autre tendance saillante
ressortant de cette étude, l’accroissement des coups et blessures volontaires enregistrés,
dans le cadre familial et en dehors.
Ainsi, en 2022, le nombre de
victimes s’est établi à 353 600 et a augmenté de 15 %, après avoir également
pris de l’ampleur en 2021. Au-delà, « les coups et blessures
volontaires enregistrés sont sur une tendance à la hausse depuis le début de
l’année 2017, concomitamment à la hausse de la part des violences
intrafamiliales », observe le SSMSI.
Ces violences intrafamiliales
ont progressé sur la quasi-totalité du territoire, démontre le bilan : leur
nombre est allé crescendo dans toutes les régions métropolitaines, moins dans
les territoires ultramarins. La part des violences intrafamiliales parmi les coups
et blessures volontaires recensés s’échelonne ainsi entre 29 % à Mayotte et 62
% en Dordogne.
Si le nombre de victimes de
violences intrafamiliales enregistrées s’est largement accru en 2022 (+17 %), après
des recrudescences très marquées les quatre années précédentes, cela
s’expliquerait notamment par un effet positif du Grenelle des violences
conjugales, reconduit tous les ans depuis 2019, estiment les rédacteurs de la
synthèse, cette initiative ayant selon eux « conduit à améliorer la politique
d’accueil des victimes par les services de sécurité et à inciter les victimes à
davantage déposer plainte ».
Précision : selon les
chiffres, 91 % des violences intrafamiliales ont eu lieu au sein du couple
entre des conjoints. Les auteurs présumés de ces coups et blessures volontaires
sont à 85 % des hommes. Sept mis en cause sur dix pour violences
intrafamiliales ont plus de 30 ans. Les violences conjugales augmentent en
proportion : en 2022, elles ont représenté 47 % de l’ensemble des coups et
blessures volontaires, contre 39 % en 2016.
Après une hausse de 9 %
observée en 2021, les autres coups et blessures volontaires enregistrés ont
quant à eux augmenté de l’ordre de 14 %, indique le bilan. En 2022, les
départements d’Outre-mer, ainsi que la Seine-Saint-Denis, Paris, le Nord, le
Pas-de-Calais et les Bouches-du-Rhône sont les départements qui présentent les
plus forts taux de coups et blessures volontaires répertoriés, avec plus de 6,5
victimes de 15 ans ou plus pour 1 000 habitants (contre 5,3 ‰ en moyenne
nationale).
À
lire aussi : Bilan 2022 de la DGCCRF : 60 % des contrôles ont
porté sur la protection économique du consommateur
A noter que six victimes sur
dix sont des femmes. Ces dernières sont deux fois plus exposées que les hommes
à ce type de violence à l’âge adulte (environ 17 victimes pour 1 000 femmes de
20 à 29 ans, contre 9 hommes du même âge), tandis que les jeunes hommes sont un
peu plus concernés que les jeunes femmes (9 jeunes hommes de 15 à 17 ans,
contre 7 jeunes femmes du même âge). Et si les femmes sont largement
majoritaires parmi les victimes de violences intrafamiliales enregistrées (83
%), la majorité des victimes de coups et blessures volontaires en dehors du
cadre familial sont des hommes (67 %).
Le SSMSI précise toutefois
que « toutes les victimes de CBV ne portent pas plainte ». En
effet, selon l’enquête Genese 2021, la majorité des victimes ne déclarent pas
les actes subis. En 2020, un peu plus d’un tiers des victimes de violences
physiques ont porté plainte dans un commissariat de police ou une brigade de
gendarmerie : 34 % quand il s’agit de violences conjugales et 37 % quand ces
violences ont été commises en dehors de la famille.
Les violences sexuelles
concernent toujours davantage les femmes et les mineurs
Côté violences sexuelles, ces
dernières continuent de prendre de l’ampleur et concernent « toujours
davantage les femmes et les mineurs », rapporte la synthèse.
Près de 85 000 personnes ont ainsi
été victimes de violences sexuelles en 2022, selon les chiffres des services de
police et de gendarmerie nationales : 45 % pour des viols ou tentatives de
viols, 55 % pour d’autres agressions sexuelles. Au total, une flambée de 11 %,
alors qu’une forte hausse avait été rapportée en 2021 (+33 %), après l’année
des deux confinements dus à la crise sanitaire.
Une partie de ces violences
sexuelles ont été commises dans le cercle familial, ajoute le document. En effet,
sur l’ensemble des victimes de violences sexuelles, 11 % sont victimes de leurs
conjoints, et 16 % d’un autre membre de la famille, pour un total de 27 % de
victimes de violences intrafamiliales.
En 2022, comme en 2021, la
très nette hausse des violences sexuelles recensées concerne autant les viols
et tentatives de viols (+12 %) que les autres agressions sexuelles y compris
harcèlement sexuel (+11 %).
Pour expliquer « l’augmentation
sensible des violences sexuelles enregistrées » ces dernières années,
le SSMSI évoque là encore le changement de comportement des victimes, plus
promptes à déposer plainte, à la fois dans le prolongement de l’affaire
Weinstein d’octobre 2017, des travaux de la Commission indépendante sur
l’inceste et les violences faites aux enfants installée en mars 2021 et des différents
mouvements sur les réseaux sociaux en faveur de la libération de la parole des victimes,
le tout, également, « dans un contexte d’amélioration des conditions
d’accueil des victimes par les services de sécurité ».
Ainsi, les victimes portent à
la connaissance de la police et de la gendarmerie davantage de faits de
violences sexuelles, « même s’ils ont eu lieu longtemps auparavant ».
En 2022, 19 % des victimes ont déposé plainte pour des faits datant de plus de
5 ans, et 13 % pour des faits datant de 2 à 5 ans contre respectivement 11 % et
11 % en 2016. Toutefois, « le nombre de victimes de violences sexuelles
enregistrées sous-estime encore largement la réalité des violences sexuelles
subies par la population », nuance le SSMSI : d’après l’enquête
Genese, en 2020, un peu plus d’une victime de violences sexuelles conjugales
sur sept (15 %), et un peu moins d’une victime de violences sexuelles hors cadre
familial sur 10 (9 %), a déposé plainte dans un commissariat ou une
gendarmerie.
Si la majorité des victimes
de violences sexuelles sont des femmes (87 %) et plus de la moitié des victimes
de violences sexuelles répertoriées sont des mineurs (56 % contre 21 % dans la
population), les mis en cause, pour leur part, restent « très
majoritairement » des hommes (97 %), et la moitié est âgée de 18 à 44
ans (51 %), met en évidence la synthèse, qui pointe toutefois : « Parmi
les auteurs présumés pour des faits de violences sexuelles (agressions
sexuelles et viols), 25 % sont mineurs ».
Cambriolages : des mis
en cause « très jeunes »… contrairement aux victimes
En matière de vols, les vols
sans violence contre des personnes, les cambriolages, les vols de véhicules, les
vols dans les véhicules et les vols d’accessoires sur véhicule, qui avaient
fortement reculé pendant la crise sanitaire, ont repris leur progression en
2022. « Néanmoins, tous ces indicateurs restent en dessous de leur
niveau d’avant-crise à l’exception des vols d’accessoires sur véhicules ».
Ainsi, les cambriolages de logements (+11 %) et les vols de véhicules (+9 %) se
sont intensifiés en 2022, après une stabilité en 2021 et une très forte baisse
en 2020, année marquée par la crise sanitaire.
En particulier, 211 800
infractions pour cambriolages de logements ont été répertoriées. Cela dit, « le
dépôt de plainte est loin d’être systématique », observent les
rédacteurs de l’étude. Ainsi, d’après une enquête CVS, sur les années 2017-2018
et 2020, 74 % des ménages victimes d’un cambriolage et 44 % des ménages
victimes d’une tentative de cambriolage ont fait le déplacement en gendarmerie
ou dans un commissariat de police.
Par ailleurs, le taux de
victimes « augmente avec l’âge », est-il écrit dans la
synthèse : 3,9 victimes pour 1 000 habitants pour les 30-34 ans, contre 4,4
victimes pour les 70-74 ans. Les auteurs présumés sont quant à eux souvent très
jeunes (le quart a moins de 18 ans) et près de 40 % sont de nationalités
étrangères. En outre, le nombre de cambriolages pour 1 000 logements grimpe
avec la taille des agglomérations.
L’agglomération parisienne
particulièrement touchée par les infractions aux stupéfiants
Le nombre de mis en cause
pour usage de stupéfiants poursuit lui aussi son ascension (+ 14 %), « après
avoir fortement augmenté (+ 38 %) en 2021 dans un contexte de mise en place des
amendes forfaitaires délictuelles », explique le SSMSI. Le trafic de
stupéfiants n’y échappe pas non plus : +5 % en 2022, après +13 % l’année
précédente. Au total, 287 000 personnes ont été mises en cause pour une ou
plusieurs infractions à la législation sur les stupéfiants, quelle que soit
l’infraction.
Les mis en cause pour sont
globalement jeunes : les trois-quarts des mis en cause pour usage de
stupéfiants (72 %), comme pour le trafic (75 %), ont moins de 30 ans, étrangers,
et sont principalement des hommes. En effet, les femmes représentent seulement
9 % des mis en cause pour trafic et 8 % pour usage. Ce fléau touche davantage les
très grandes agglomérations : dans l’agglomération parisienne par exemple,
le nombre de mis en cause par habitant s’est avéré deux fois plus élevé que la
moyenne nationale. « Il faut noter néanmoins qu’une grande partie des
infractions relatives à l’usage et au trafic de stupéfiants n’est pas
identifiée », précise l’étude.
Les escroqueries et abus de
confiance ont le vent en poupe
Dernier fait notable :
le nombre de victimes d’escroqueries enregistrées a bondi de 8 % en 2022, après
+14 % en 2021.
464 500 victimes ont ainsi
été recensées, dont 74 % pour escroquerie et abus de confiance et 21 % pour des
falsifications et usages de carte de crédit. Au niveau national, cela
représente 6 victimes physiques pour 1 000 habitants.
D’après le bilan, les
victimes personnes physiques sont « de tous âges », car contrairement
à d’autres formes de délinquance, les plus âgés sont eux aussi exposés à ces
infractions. Pour leur part, les auteurs présumés d’escroqueries sont quasiment
tous majeurs et majoritairement des hommes (69 %), « mais la proportion
de femmes y est très supérieure à celle observée pour d’autres types de
délinquance », souligne le SSMSI.
Le service indique d’ailleurs
que depuis l’an dernier, les victimes ayant déposé plainte sur la plateforme de
traitement harmonisé des enquêtes et signalements pour les e-escroqueries
(THESEE) sont intégrées dans les bases statistiques du SSMSI. Des plaintes en
ligne qui représentent 10 % du nombre total d’escroqueries.
Bérengère
Margaritelli
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