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La Commission a mis en cause les scanners utilisés par chaque employé, qui enregistrent des données d’activité. La durée de conservation trop longue de ces données est notamment pointée du doigt. L'entreprise a déclaré être « en profond désaccord » avec ces conclusions et se réserve le droit de faire appel de la sanction.
Mise à jour du 26/01 à 18h20 :
ajout de la réaction d’Amazon.
La Commission nationale de
l’informatique et des libertés (CNIL) a annoncé mardi 23 janvier avoir
sanctionné fin décembre 2023 la société Amazon France Logistique d’une amende
de 32 millions d’euros. La raison : l’entreprise gérant les entrepôts de
grande taille du groupe Amazon a mis en place un système de surveillance de
l’activité et des performances des salariés jugé « excessivement
intrusif » par l’autorité administrative.
« À la suite
d’articles de presse visant certaines pratiques mises en œuvre par la société
dans ses entrepôts, la CNIL a procédé à plusieurs missions de contrôles »,
a expliqué la CNIL dans un communiqué, précisant qu’elle a également reçu
plusieurs plaintes de salariés.
Dans tous les entrepôts
Amazon, chaque salarié préparateur de commande possède un scanner pour valider
le stockage ou le prélèvement d’un article dans l’entrepôt. À chaque scan, des
données sont enregistrées et mises à disposition des supérieurs, qui peuvent
connaître avec précision la productivité, la qualité du travail et les périodes
d’inactivité de chaque salarié.
C’est sur ce point précis du
temps d’inactivité, comptabilisé à partir de dix minutes d’interruption d’un
scanner, que la CNIL a notamment sévi, jugeant « illégale la mise en
place d’un système mesurant aussi précisément les interruptions d’activité et
conduisant le salarié à devoir potentiellement justifier de chaque pause ou
interruption ». En cela, l’entreprise a enfreint le règlement général
sur la protection des données (RGPD), a jugé la CNIL.
Des données conservées trop
longtemps
L’autorité a également
considéré que le système de mesure de la vitesse d’utilisation du scanner lors
du rangement des articles était « excessif ». La CNIL a
expliqué que, partant du principe que des articles scannés très vite
augmentaient le risque d’erreur, un indicateur mesurait si un objet avait été
scanné moins de 1,25 seconde après le précédent.
L’indicateur comptabilisant
les périodes d’interruption d’un scanner entre une et dix minutes, est lui
aussi pointé du doigt : « [Ce traitement] est disproportionné à
des fins de gestion des inventaires et commandes en temps réel, y compris afin
prodiguer un conseil ou un support à un salarié qui rencontrerait un problème
sur une tâche. »
Toutes ces données concernant
salariés et intérimaires recueillies par le scanner sont conservées durant 31
jours. « Excessif », a là aussi estimé la CNIL, expliquant néanmoins
ne pas avoir « remis en cause le fait que les contraintes très fortes
pesant sur l’activité d’Amazon, et les objectifs de performance élevée que
l’entreprise s’est fixés, peuvent justifier le dispositif de scanner ».
Pour l’autorité administrative, les statistiques agrégées sur la semaine
suffisent pour évaluer la maîtrise du poste par un salarié.
À
lire aussi : Utilisation d’adresses mails à des fins de
« communication politique » : la CNIL épingle deux ministères
Mais la faute réside dans les
traitements des données : ceux-ci « se distinguent des méthodes de
suivi d’activité classique en raison de l’échelle à laquelle ils étaient mis en
œuvre, tant au regard de leur exhaustivité que de leur permanence, et conduisent
à un suivi très resserré et détaillé du travail des salariés », faisant
peser à ces plusieurs milliers d’employés « une pression continue »,
a dénoncé la Commission.
Autre argument avancé par la
CNIL : cette surveillance de masse « participe directement aux
gains économiques de la société et lui permet de bénéficier d’un avantage
concurrentiel sur les autres entreprises du secteur de la vente en ligne ».
La vidéosurveillance
également épinglée
La CNIL a également relevé un
manquement à l’obligation d’information et de transparence au regard du RGPD concernant
les systèmes de vidéosurveillance. Les salariés et les visiteurs extérieurs
n’étaient pas correctement informés, « puisque certaines informations
exigées par l’article 13 du RGPD n’étaient fournies ni sur les panneaux
d’affichage, ni dans d’autres supports ou documents », a-t-elle
expliqué.
L’autorité a également relevé une sécurisation défaillante de l’accès au logiciel de vidéosurveillance, en raison d’un mot de passe insuffisamment complexe et d’un compte partagé entre plusieurs utilisateurs. « Ce cumul de défauts de sécurité rend la traçabilité des accès aux images vidéo, ainsi que l’identification de chaque personne ayant effectué des actions sur le logiciel, plus difficiles », a estimé la CNIL.
L’entreprise a réagi à propos
de cette décision dans un article publié
sur le site corporate français de la multinationale, déclarant être « en
profond désaccord avec les conclusions de la CNIL qui sont factuellement
incorrectes ». Selon Amazon, « l’utilisation de systèmes
de gestion d'entrepôt est une pratique courante du secteur : ils sont
nécessaires pour garantir la sécurité, la qualité et l'efficacité des
opérations et pour assurer le suivi des stocks et le traitement des colis dans
les délais et conformément aux attentes des clients ». L’entreprise a
assuré avoir « travaillé de manière constructive avec la CNIL tout au
long de la procédure pour répondre aux questions qu'elle a soulevées ».
Sur l’indicateur qui mesure
si un objet est scanné moins de 1,25 seconde après le précédent, Amazon a
assuré que l’objectif est « que chaque article soit correctement
inspecté avant d'être stocké, et ce afin de garantir que nos clients reçoivent
le produit qu'ils ont commandé dans l'état auquel ils s'attendent ».
Sur l’indicateur de temps
d’inactivité supérieur à 10 minutes, l’entreprise s’est justifiée en indiquant
qu’il permettait « d’identifier une défaillance continue et anormale dans
notre chaîne d'approvisionnement et de remédier à la situation ». Ce
délai va néanmoins passer de 10 à 30 minutes, dans le cadre des modifications proposées
par Amazon à la CNIL.
L’entreprise a annoncé qu’elle se réservait le droit de faire appel de cette sanction.
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