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Si les femmes ont moins de chances d’être en emploi trois ans après leur sortie de formation initiale, les hommes travaillent dans des domaines plus rémunérateurs et « considérés ». Une conséquence des choix d’orientation scolaire des jeunes filles induits par les stéréotypes de genres.
Bien que plus diplômées que
les hommes et de plus en plus présentes sur le marché du travail, les femmes
accèdent pourtant moins aux métiers et aux postes les plus rémunérateurs et « considérés ».
C’est le constat « paradoxal » dressé dans le rapport de la
Cour des comptes intitulé « Les inégalités entre les femmes et les hommes,
de l’école au marché du travail », rendu public le 27 janvier dernier.
La juridiction financière
révèle en effet que les filles s’orientent majoritairement vers des métiers
considérés comme féminins tels que ceux relatifs à l’éducation, l’action
sociale ou la santé. Les garçons se tournent pour leur part davantage vers les
métiers des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques. Des
différences de parcours qui s’expliquent en partie par les stéréotypes de genre,
pointe le rapport.
L’impact des stéréotypes de
genre dans l’orientation
En effet, les stéréotypes de
genre « jouent un rôle dans la construction de l’identité de chacun »
et « renvoient à des croyances sociales fondées sur le sexe et les
perceptions relatives aux aptitudes des femmes et des hommes », souvent
bâties sur des idées reçues. Ils auraient ainsi « un impact
particulièrement fort au moment de l’orientation des élèves ».
À partir du secondaire, les
filles poursuivent le plus fréquemment leurs études dans un lycée général et
technologique et sont globalement sous-représentées dans les spécialités telles
que les mathématiques et les sciences. À l’inverse, les garçons choisissent peu
les enseignements littéraires et se dirigent plutôt vers l’apprentissage ou le
lycée professionnel. Fait notable toutefois mentionné dans le rapport :
dès le CE1, les filles sont plus nombreuses à obtenir de meilleurs résultats
que les garçons en français là où les garçons les devancent en mathématiques.
Ceci explique cela ?
Par ailleurs, le rapport
révèle que les filles sont moins confiantes que les garçons face à la réussite
scolaire, ce tout au long de leur scolarité. Selon les chiffres du rapport, le
pourcentage de filles qui pensent qu’elles ont réussi leur test de français est
toujours inférieur à celui des garçons, qu’importe le niveau scolaire, alors
même qu’il s’agit d’une matière dans laquelle elles sont censées être
meilleures.
Ce pourcentage est même
dégressif d’un niveau à l’autre. En sixième par exemple, elles sont 88 % à
penser avoir réussi le test, puis 82 % en quatrième, 76 % en seconde
professionnelle et 69 % en CAP. Une observation qui s’avère aussi chez les
garçons, mais ces derniers restent majoritairement plus confiants. Pourtant,
les filles sont plus nombreuses dans l’enseignement supérieur.
Des différences de choix
professionnels sources d’inégalités
Toujours est-il qu’en sortie
d’études, la vie professionnelle des femmes est marquée par le poids des
orientations scolaire et universitaire, et pointent vers des métiers perçus comme
plus féminins, entrainant une « ségrégation professionnelle ». Il est
en effet constaté une faible mixité chez certains professionnels tels que les
aides à domicile (métiers à prédominance féminine) ou les conducteurs de
véhicules (à prédominance masculine), une première source d’inégalité.
Une autre inégalité réside
dans l’évolution des hommes et des femmes dans leur métier : « Les
hommes engagés dans des métiers considérés comme féminins connaissent un
accélérateur de carrière ; à l’inverse, les femmes se voient opposer un “plafond
de verre” », soulève le rapport. Pourtant, « les défis qui se
posent de manière croissante dans les métiers des sciences, technologie,
ingénierie et mathématiques ne permettent pas de se passer de la moitié des
talents », avertit la Cour, qui précise également que promouvoir la
mixité des métiers est économiquement efficace.
Aussi, comme le souligne le
rapport, le bilan des inégalités de genre à l’entrée dans le monde
professionnel est « décourageant ». Les femmes ont moins de
chances que les hommes d’être en emploi trois ans après leur sortie de
formation initiale. « Seul l’accès aux emplois peu qualifiés est plus
facile pour les femmes que pour les hommes. » Le marché du travail
gagnerait également à ce que des actions envers les hommes soient développer
afin de les orienter davantage vers les professions « considérées comme
féminines et ainsi conduire à des métiers moins genrés et in fine moins
porteurs de stéréotypes de genre. »
Les ministères appelés à agir
La Cour nuance toutefois.
Doucement mais sûrement, les inégalités entre les femmes et les hommes « sont
en diminution ». Et pour poursuivre dans ce sens, la juridiction financière
formule neuf recommandations qui nécessitent pour certaines l’implication des ministères,
jugée « insuffisante » à ce jour.
Au titre de ces préconisations,
il est notamment suggéré que le rôle du ministère du Travail et de l’emploi
dans la négociation autour des classifications pour revaloriser les métiers
majoritairement exercés par des femmes soit renforcé. Le ministère est
également encouragé à mettre en œuvre un système de sanctions dès lors que les
obligations en matière d’égalité professionnelle n’est pas respecté.
Des actions dans les milieux
scolaires et universitaires sont également attendues. La Cour demande notamment
au ministère de l’Éducation nationale de veiller à ce que les enseignants,
personnels d’éducation et psychologues de l’Éducation nationale suivent un
module de formation continue sous cinq ans, ce, afin de les « sensibiliser
et les former à la pédagogie égalitaire, y compris dans les formations
relatives aux fondamentaux, et au poids des stéréotypes de genre dans
l’orientation des élèves ».
Côté ministère de l’Enseignement
supérieur et de la recherche, il est attendu qu’un plan de formation
obligatoire à la question de l’égalité entre les femmes et les hommes pour les
enseignants et autres personnels de l’enseignement supérieur soit mis en œuvre.
Le développement d’actions qui visent à présenter des modèles féminins exerçant
des métiers scientifiques vient compléter la liste des préconisations.
Allison Vaslin
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