La Cour des comptes dresse un bilan « décourageant » des inégalités de genre à l’entrée dans le monde professionnel


dimanche 2 février 2025 à 14:294 min

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Si les femmes ont moins de chances d’être en emploi trois ans après leur sortie de formation initiale, les hommes travaillent dans des domaines plus rémunérateurs et « considérés ». Une conséquence des choix d’orientation scolaire des jeunes filles induits par les stéréotypes de genres.

Bien que plus diplômées que les hommes et de plus en plus présentes sur le marché du travail, les femmes accèdent pourtant moins aux métiers et aux postes les plus rémunérateurs et « considérés ». C’est le constat « paradoxal » dressé dans le rapport de la Cour des comptes intitulé « Les inégalités entre les femmes et les hommes, de l’école au marché du travail », rendu public le 27 janvier dernier.

La juridiction financière révèle en effet que les filles s’orientent majoritairement vers des métiers considérés comme féminins tels que ceux relatifs à l’éducation, l’action sociale ou la santé. Les garçons se tournent pour leur part davantage vers les métiers des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques. Des différences de parcours qui s’expliquent en partie par les stéréotypes de genre, pointe le rapport.

L’impact des stéréotypes de genre dans l’orientation

En effet, les stéréotypes de genre « jouent un rôle dans la construction de l’identité de chacun » et « renvoient à des croyances sociales fondées sur le sexe et les perceptions relatives aux aptitudes des femmes et des hommes », souvent bâties sur des idées reçues. Ils auraient ainsi « un impact particulièrement fort au moment de l’orientation des élèves ».

À partir du secondaire, les filles poursuivent le plus fréquemment leurs études dans un lycée général et technologique et sont globalement sous-représentées dans les spécialités telles que les mathématiques et les sciences. À l’inverse, les garçons choisissent peu les enseignements littéraires et se dirigent plutôt vers l’apprentissage ou le lycée professionnel. Fait notable toutefois mentionné dans le rapport : dès le CE1, les filles sont plus nombreuses à obtenir de meilleurs résultats que les garçons en français là où les garçons les devancent en mathématiques. Ceci explique cela ?

Par ailleurs, le rapport révèle que les filles sont moins confiantes que les garçons face à la réussite scolaire, ce tout au long de leur scolarité. Selon les chiffres du rapport, le pourcentage de filles qui pensent qu’elles ont réussi leur test de français est toujours inférieur à celui des garçons, qu’importe le niveau scolaire, alors même qu’il s’agit d’une matière dans laquelle elles sont censées être meilleures.

Ce pourcentage est même dégressif d’un niveau à l’autre. En sixième par exemple, elles sont 88 % à penser avoir réussi le test, puis 82 % en quatrième, 76 % en seconde professionnelle et 69 % en CAP. Une observation qui s’avère aussi chez les garçons, mais ces derniers restent majoritairement plus confiants. Pourtant, les filles sont plus nombreuses dans l’enseignement supérieur.

Des différences de choix professionnels sources d’inégalités

Toujours est-il qu’en sortie d’études, la vie professionnelle des femmes est marquée par le poids des orientations scolaire et universitaire, et pointent vers des métiers perçus comme plus féminins, entrainant une « ségrégation professionnelle ». Il est en effet constaté une faible mixité chez certains professionnels tels que les aides à domicile (métiers à prédominance féminine) ou les conducteurs de véhicules (à prédominance masculine), une première source d’inégalité.

Une autre inégalité réside dans l’évolution des hommes et des femmes dans leur métier : « Les hommes engagés dans des métiers considérés comme féminins connaissent un accélérateur de carrière ; à l’inverse, les femmes se voient opposer un “plafond de verre” », soulève le rapport. Pourtant, « les défis qui se posent de manière croissante dans les métiers des sciences, technologie, ingénierie et mathématiques ne permettent pas de se passer de la moitié des talents », avertit la Cour, qui précise également que promouvoir la mixité des métiers est économiquement efficace.

Aussi, comme le souligne le rapport, le bilan des inégalités de genre à l’entrée dans le monde professionnel est « décourageant ». Les femmes ont moins de chances que les hommes d’être en emploi trois ans après leur sortie de formation initiale. « Seul l’accès aux emplois peu qualifiés est plus facile pour les femmes que pour les hommes. » Le marché du travail gagnerait également à ce que des actions envers les hommes soient développer afin de les orienter davantage vers les professions « considérées comme féminines et ainsi conduire à des métiers moins genrés et in fine moins porteurs de stéréotypes de genre. »

Les ministères appelés à agir

La Cour nuance toutefois. Doucement mais sûrement, les inégalités entre les femmes et les hommes « sont en diminution ». Et pour poursuivre dans ce sens, la juridiction financière formule neuf recommandations qui nécessitent pour certaines l’implication des ministères, jugée « insuffisante » à ce jour.

Au titre de ces préconisations, il est notamment suggéré que le rôle du ministère du Travail et de l’emploi dans la négociation autour des classifications pour revaloriser les métiers majoritairement exercés par des femmes soit renforcé. Le ministère est également encouragé à mettre en œuvre un système de sanctions dès lors que les obligations en matière d’égalité professionnelle n’est pas respecté.

Des actions dans les milieux scolaires et universitaires sont également attendues. La Cour demande notamment au ministère de l’Éducation nationale de veiller à ce que les enseignants, personnels d’éducation et psychologues de l’Éducation nationale suivent un module de formation continue sous cinq ans, ce, afin de les « sensibiliser et les former à la pédagogie égalitaire, y compris dans les formations relatives aux fondamentaux, et au poids des stéréotypes de genre dans l’orientation des élèves ».

Côté ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, il est attendu qu’un plan de formation obligatoire à la question de l’égalité entre les femmes et les hommes pour les enseignants et autres personnels de l’enseignement supérieur soit mis en œuvre. Le développement d’actions qui visent à présenter des modèles féminins exerçant des métiers scientifiques vient compléter la liste des préconisations.

Allison Vaslin

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