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La prise en compte croissante du bien-être animal pousse les assureurs à faire évoluer leurs offres de soins et de couvertures. Lors de la 32e Conférence de la Commission animaux et droit du barreau de Paris, une courtière a toutefois mis en garde les propriétaires d’animaux contre les contrats trop larges et peu protecteurs.
Le bien-être animal, une aubaine
pour le secteur assurantiel ? C’est, en filigrane, l’enseignement tiré lors
la 32e Conférence de la Commission animaux et droit du barreau de
Paris dirigée par l’avocate Marie-Bénédicte Desvallon, mardi 7 février.
D’un côté, il y a ce progrès
indiscutable : le bien-être animal fait l’objet d’une préoccupation croissante
de la part de la société comme des pouvoirs publics. C’est même aujourd’hui une
des « priorités » du gouvernement, qui s’inscrit notamment dans
un « plan
national », publié le 22 mai 2024.
Une prise en compte accélérée
depuis que l’évolution du statut juridique de l’animal a été actée en 2015, via
l’introduction, dans le Code civil, de l’article 515-14, qui reconnait les animaux
comme des êtres « doués de sensibilité ».
De quoi bouleverser, en l’espace
de dix ans, les obligations qui pèsent aussi bien sur les propriétaires que sur
les acteurs du secteur assurantiel, souligne Géraldine Richshoffer, dirigeante
et fondatrice du cabinet de courtage Pegase Insurance, lors de la conférence.
Ce changement de paradigme a en
effet fait évoluer le cadre juridique des contrats d’assurances animales, qui ont
dû intégrer les obligations légales liées au respect du bien-être animal, ainsi
que leur typologie, avec une prise en charge des animaux de compagnie, de
travail ou d’assistance, tels que les chiens guides. Et, à la clef, une
nouvelle manne.
Géraldine Richshoffer alerte
donc : les propriétaires d’animaux doivent se montrer « vigilants »
face à la profusion d’assurances. D’autant que les assureurs peuvent choisir de
plafonner les indemnisations, exclure certains soins, voire limiter les
couvertures selon l’âge de l’animal.
La responsabilité civile de
l’animal, limitée
Les contrats en
responsabilité civile font figure d’exemple, car bien qu’ils aient rapidement
intégré une garantie couvrant les dommages causés par les animaux domestiques,
notamment dans les assurances multirisques habitation, certaines assurances
limitent la notion d’animal de compagnie et ne couvrent alors que les chiens et
les chats. Le caractère limitatif peut également s’appliquer sur le nombre
d’animaux couverts.
Il faut également être
attentif sur la partie responsabilité civile de l’animal domestique, laquelle
peut être une extension au contrat multirisques habitation - qui, de son côté, a
un autre objet principal de couverture, et limite alors la responsabilité
civile de l’animal au propriétaire seulement.
Autrement dit, « ne
sera pas retenu le cas où l’animal a été confié à quelqu’un, puisque, dans ce
cas de figure, c’est la responsabilité du gardien de l’animal qui est
mise en jeu », indique Géraldine Richshoffer.
À noter également que
l’assurance responsabilité civile pour animaux ne couvre pas les frais de santé
de l’animal, souligne la courtière.
Des plafonnements pour éviter
les contrats déséquilibrés
Par ailleurs, depuis le 1er
octobre 2022, les personnes souhaitant adopter un animal de compagnie doivent
délivrer un certificat d’engagement et de connaissance. De même pour les
particuliers qui souhaitent acquérir un cheval. Les professionnels quant à eux
doivent justifier d’une expérience au contact direct des équidés ou présenter
un diplôme.
Pour répondre à ce besoin, les
assureurs ont de leur côté fait évoluer leurs offres concernant la santé animale,
avec aujourd’hui « pléthore d’offres aux garanties diverses. Evidemment,
il faut faire le tri » précise là encore Géraldine Richshoffer. Cela
va de la couverture classique et peu chère aux assurances plus étoffées et
coûteuses.
« Aujourd’hui, les
propriétaires sont assez prompts à faire soigner leurs animaux pour tout et
rien. On pourrait donc vite se retrouver avec un contrat d’assurance
déséquilibré, et un volume de sinistres plus élevé que le volume de primes pour
les assureurs », pointe la courtière.
Ce qui amène donc ces
derniers à prévoir des franchises d’assurance, lesquelles se traduisent par une
augmentation du remboursement final et du coût du contrat.
« Les clients ne sont
pas toujours dans le bon tiroir »
Géraldine Richshoffer met en
garde contre la multiplication des options et sous-limitations dans les
plafonds d’indemnisation. Si ces dernières peuvent appâter les clients, elles comportent
des risques de litiges « fréquents »
« Les clients sont
classés dans des “tiroirs” précis, et lorsqu’ils ont des sinistres, ils ne sont
pas toujours dans le bon tiroir, et se voient refuser une prise en charge par
l’assurance », détaille la courtière. C’est pourquoi Géraldine
Richshoffer préconise de se diriger vers des typologies de contrats sans
limitations « dans tous les sens ».
Sa propre clientèle étant essentiellement
constituée de personnes propriétaires de chevaux, la courtière prend l’exemple
d’un cavalier qui voudrait castrer l’animal pour le rendre plus docile. Il
entre ici dans le champ de la castration de confort : « dans la
mesure où ce n’est pas une nécessité vétérinaire, on peut se retrouver dans un
refus de prise en charge par l’assureur », quand bien même le
propriétaire a souscrit à un contrat qui couvre les frais liés à la castration.
À l’inverse, la prise en charge sera effective dans le cas où un équidé
présente un problème de santé type hernie inguinale.
L’émergence de nouvelles
offres
Toujours du côté des équidés,
l’évolution de la place de l’animal a eu une incidence sur le prix des
assurances et les typologies : pour preuve, l’émergence d’une assurance incinération,
pour aider à supporter les coûts de crémation à la mort du cheval.
« De plus en plus les
propriétaires ont envie de faire incinérer leur cheval, or cela a un vrai coût ! »,
commente Géraldine Richshoffer : entre 1 500 et 1 700 euros,
dépendamment du poids de l’animal, sans compter le transport de l’animal,
puisque la règlementation interdit le transport d’un cheval mort. Le
propriétaire doit alors faire appel à un transporteur professionnel, ce qui vient
doubler le note initiale.
L’apparition de nouveaux
métiers type médecine douce pour les animaux pousse également les assureurs à
développer de plus en plus d’offres afin de couvrir la responsabilité civile
professionnelle des personnes qui pratiquent ces métiers.
À l’inverse, la place grandissante
accordée au bien-être animal conduit également des assureurs à se retirer de
certaines couvertures. Typiquement, pour les chevaux de consommation. « Le
secteur est régulièrement amené à assurer ces animaux qui partent au Japon pour
être mangés, témoigne Géraldine Richshoffer. Or, aujourd’hui, par peur
d’être assimilés à des entreprises qui soutiennent la consommation de viande
chevaline, il y a des assureurs qui refusent de continuer à assurer ce
transport ».
Allison Vaslin
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