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La plus haute juridiction
administrative a estimé qu’une telle mesure ne devait être prise qu’au sein
d’un décret pris en Conseil d’État. Le ministère de l’Intérieur pourrait
réintégrer cette mesure prochainement.
Dans une décision du
mardi 25 juin, le Conseil d’État a imposé au ministère de
l’Intérieur et des Outre-mer de supprimer une disposition de l’arrêté du 5
septembre 2019 portant sur l’organisation relative au temps de travail dans les
services de la police nationale.
L’arrêté en question a
instauré une heure forfaitaire de déplacement valant aller-retour entre le
domicile et la résidence administrative d’un agent en cas de rappel sur
astreinte. C’était – avec d’autres mesures validées par le Conseil d’État – ce
forfait de déplacement qui avait été attaqué devant la plus haute juridiction
de l’ordre administratif par un gardien de la paix affecté au service de la
protection au sein de la direction générale de la police nationale.
Le requérant considérait que
cette disposition contredisait le décret de 2000 relatif à l'aménagement et à
la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'État et dans la
magistrature, qui dispose que « la durée du travail effectif s'entend
comme le temps pendant lequel les agents sont à la disposition de leur
employeur et doivent se conformer à ses directives sans pouvoir vaquer
librement à des occupations personnelles ». Un autre décret publié en
2002 relatif aux modalités de rémunération ou de compensation des astreintes
des personnels de la police nationale inclut le temps de déplacement aller et
retour entre le domicile et le lieu de service dans « les temps
d’intervention résultant d’un rappel sur astreinte ».
En novembre 2022, le gardien
de la paix avait envoyé un courrier au ministère de l’Intérieur lui demandant
d’abroger les dispositions qu’il conteste. Un courrier resté sans réponse et
qui a abouti à cette demande auprès du Conseil d’État d’annuler pour excès de
pouvoir la décision implicite de rejet.
Dans sa décision, la
juridiction a estimé que le ministre de l’Intérieur avait en effet la capacité « de
préciser, dans le respect de la réglementation applicable, les modalités
pratiques de mesure du temps de travail effectif des agents placés sous son
autorité, y compris […] s’agissant du temps de déplacement accompli en cas de
rappel sur astreinte ».
Néanmoins, dans le cas du
rappel sur l’astreinte, l’introduction d’un mode de calcul forfaitaire de la
durée du travail « présente un caractère statutaire et ne peut donc
être légalement édictée que par décret en Conseil d’État », a jugé
l’institution, concluant à ce titre qu’en prévoyant ce forfait, « le
ministre de l’Intérieur a incompétemment édicté une règle statutaire ».
L’absence de réponse auprès du requérant, considérée comme un refus
d’abrogation des dispositions invalidées, est en outre jugée illégale par le
Conseil d’État.
Contacté par le JSS,
le syndicat Alliance PN souhaite que cette heure forfaitaire aller-retour soit
maintenue. Éric Henry, délégué national assure que « ce système était
déjà en place lorsque l’IGOT (instruction générale relative à l’organisation du
travail dans la police nationale mise en place en 2002, ndlr) était en
application ». Rédigée par Nicolas Sarkozy lorsqu’il était ministre de
l’Intérieur, l’instruction précise en effet que « les temps
d’intervention résultant d’un rappel sur astreinte, incluant, dans la limite
d’une heure, les temps de déplacement aller et retour entre le domicile et le
lieu de service, sont considérés comme temps de travail effectif et ouvrent
droit à compensation à hauteur de 100% des heures supplémentaires réellement
effectuées ».
La disposition va-t-elle donc
revenir, cette fois sous forme de décret pris en Conseil d’État ? Contactés,
le ministère de l’Intérieur et la Police nationale n’ont pas donné suite à nos
sollicitations.
Alexis
Duvauchelle
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