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À quelques semaines du premier tour de l’élection
présidentielle, l’Association française des juristes d’entreprise
l’affirme : « le droit sera l’un des enjeux forts des cinq années
à venir ». Alors que la justice est en crise, l’AFJE entend bien
prendre part au débat en formulant cinq propositions pour les cinq années
composant le mandat du futur président de la République.
Le droit est partout, dit-on, et s’immisce même dans la campagne présidentielle. À quelques semaines de l’appel aux urnes, l’Association française des juristes d’entreprise (AFJE) a formulé cinq propositions à destination des candidats à l’élection présidentielle. Les citoyens sont d’ailleurs invités à participer en soumettant leurs réflexions et suggestions sur la plateforme contributive mise à disposition par l'AFJE.
En premier lieu,
l’association place la compétitivité du droit français en priorité, laquelle
passe inévitablement par la confidentialité des avis juridiques internes dans
les entreprises françaises. « Cette
évolution attendue par le monde économique aura pour conséquence de placer les
entreprises françaises sur un pied d’égalité avec leurs concurrentes »,
assure l’AFJE. Aujourd’hui, cette absence de confidentialité en interne « pénalise gravement l’activité et les
échanges souvent sensibles au sein des acteurs économiques dans un monde où le
droit a une place de plus en plus sensible, notamment dans la concurrence de
l’économie globalisée ». Elle explique également que cette reconnaissance,
sans aucun coût pour les finances publiques, précise l’association, tendrait à
appuyer la mise en œuvre des programmes de conformité prévus par la loi Sapin
II, tout en protégeant l’emploi et la compétitivité du droit français. Cette
confidentialité pourrait constituer la « première pierre vers la grande
profession du droit », espère-t-elle. Dans le prolongement, l’AFJE propose la
création d’une fonction d’Ambassadeur à la diplomatie juridique : « il s’agirait à l’instar de l’Ambassadeur à
la diplomatie numérique de développer les réseaux de l’intelligence juridique
pour considérer le droit comme un outil stratégique et diffuser la culture
juridique française sur un plan géopolitique et économique »,
explique-t-elle.
Autre projet porté par l’AFJE : la
création d’un Code européen des affaires. L’association considère que « l’idée
d’un droit des affaires unifié entre les 27 États membres de l’Union européenne
s’impose comme une évidence pour que le grand marché intérieur puisse permettre
aux entreprises, quelle que soit leur taille, de bénéficier d’un droit
simplifié, prévisible et lisible ». L’association propose à ce titre la
création du statut d’une société européenne simplifiée, « afin d’offrir aux entrepreneurs une sécurité juridique et un moindre
coût dans leur développement », détaille l’AFJE. « C’est également un facteur d’attractivité pour les acteurs des autres
continents », ajoute-t-elle.
La
troisième proposition de l’AFJE consiste en une réforme institutionnelle qui
favoriserait le mouvement de simplification et de dynamisation du droit venant
garantir « les principes de sécurité
juridique et de confiance légitime ».
« C’est un enjeu crucial pour l’attractivité de notre droit et de notre
économie », martèle-t-elle. À titre d’exemples, l’association présidée par
Marc Mossé appelle à un meilleur encadrement de la rétroactivité des lois
fiscales, à un renforcement de la qualité et les conséquences institutionnelles
des études d’impact et des évaluations ex-post dans le cadre de la procédure
législative et de l’exercice du pouvoir réglementaire, ou encore à un plus
grand investissement des citoyens dans la fabrique de la loi avec, par exemple,
la « désignation par tirage au sort sur
les listes électorales de 50 citoyens appelés ainsi à siéger au Sénat pour une
période de trois ans aux côtés des sénateurs élus », proposition que l’AFJE
défendait déjà en 2017.
Considérant qu’« une justice de qualité favorise
l’attractivité d’une place juridique », l’AFJE défend un service
public de la justice ambitieux. Dans le prolongement de l’appel des magistrats
et du personnel de greffe mobilisés le 15 décembre dernier, elle considère
qu’un effort budgétaire est indispensable, elle demande ainsi au futur
président de la République de rattraper le retard de la France, en atteignant a
minima la moyenne européenne de 21,4 juges pour 100 000 habitants (la France dénombre
aujourd’hui 10,9 juges pour 100 000 habitants). « Un vaste plan de
recrutement doit permettre d’atteindre la moyenne européenne en 2027. Cet
effort vaut aussi pour les greffiers », appuie-t-elle. À ce recrutement devrait également être associée une
« revalorisation significative » de la rémunération des magistrats
et greffiers.
Une proposition
qui semblerait avoir déjà trouvé partiellement écho auprès du ministère de la
Justice, qui a annoncé, le 3 mars dernier, l’augmentation indemnitaire des
greffiers et des directeurs des services de greffe, d’un montant de 21,15
millions d’euros. Une augmentation individuelle mensuelle de 125 euros brut
pour les greffiers et de 200 euros brut, en moyenne, pour les directeurs des
services de greffe, dont ils bénéficieront dès juin 2022.
En outre, l’AFJE appuie le renforcement des « moyens matériels afin de montrer, au-delà de la recherche d’efficacité, la fonction éminente de la justice (moyens logistiques, informatiques, personnels, rénovation des locaux) ». Elle appelle également de ses vœux le vote d’une loi constitutionnelle garantissant l’indépendance de la justice, en alignant les conditions de nominations des membres du parquet sur celles des juges du siège.
Les juristes
d’entreprise aspirent aussi à l’engagement d’une réflexion sur le plan de
carrière des magistrats avec des passerelles vers d’autres métiers du droit.
Ils soumettent ainsi l’idée de rendre l’accès à la fonction de magistrat à la
condition préalable de l’exercice d’une autre profession du droit (avocat,
juriste d’entreprise, notaire) pendant au moins trois ans.
En ce qui concerne
la justice commerciale consulaire, l’association attend là aussi plus de
moyens. Elle soumet l’idée d’instaurer un crédit d’heures annuel pour que les
juristes d’entreprises puissent se former et exercer le mandat de juge
consulaire, suggère de renommer le tribunal de commerce par « tribunal des affaires économiques » et
entend enrichir le recrutement des magistrats consulaires en mettant en place
une filière dédiée. Reconnaissant les atouts offerts par le numérique, l’AFJE
est à ce sujet force de propositions : dématérialisation des procédures,
règlement des petits litiges en ligne via développement d’une plateforme, en
lien avec les barreaux locaux, les représentants des juristes et les
universités, et création d’un portail unique pour l’ensemble des juridictions
sont des suggestions concrètes portées par l’association.
Alors que les
représentants des juristes d’entreprises, avocats, magistrats, greffiers et
universitaires doivent se réunir dès septembre 2022 pour établir une loi
de programmation des professions du droit de laquelle aboutira la création de
la grande profession du droit, l’AFJE a à cœur de s’intéresser à l’avenir des
professions juridiques et aux passerelles possibles tout au long des carrières,
avec notamment la question de la formation initiale et continue. Pour répondre
aux besoins de demain, elle considère ainsi que les études universitaires de
droit devraient désormais intégrer des enseignements de codage informatique,
d’intelligence artificielle et de déontologie générale, et ce dès le Master 1.
L’AFJE s’intéresse
également à la problématique de l’égalité et de la diversité dans ces
professions, en termes de genre, mais aussi d’origine sociale et géographique.
« La lutte contre l’inégalité des salaires hommes/femmes demeure notamment une
réalité inacceptable », précise-t-elle.
« Mais toutes ces
réformes ne porteront leurs fruits que si on parvient à replacer le droit au
cœur de la République », explique l’AFJE. Se basant sur le principe que le
droit est « le bien de toutes et tous et
pas seulement la chose des experts », l’association des juristes
d’entreprise défend l’idée que « toute
personne accédant au statut de citoyen à sa majorité doit connaître les
fondamentaux du droit et de l’organisation judiciaire et démocratique ».
Pour ce faire, l’association ambitionne de placer le renforcement de
l’éducation au droit dès le plus jeune âge comme priorité nationale. Aussi, dès
le stade de l’enseignement scolaire, l’AFJE porte la volonté de renforcer la
part de la compréhension de la grammaire et du langage du droit dans le cadre
de l’éducation civique à l’école primaire, au collège et au lycée avec, au
final, une épreuve obligatoire juridique intégrée dans le baccalauréat.
En-dehors du
cursus scolaire, des modules gratuits de formation pourraient également être
organisés pour tout citoyen déjà majeur qui le souhaite, en collaboration avec les
collectivités locales. Les étudiants des universités de droit, ainsi que les
organisations professionnelles des métiers du droit pourraient bénévolement
participer à cette mobilisation nationale, engagement déjà pris par l’AFJE
elle-même.
En attendant de
voir si ces propositions seront reprises par le président, rendez-vous les
10 et 24 avril prochains pour les 1er et 2nd tours de
l’élection présidentielle.
Constance Périn
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