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Le texte reprend des dispositions déjà présentes dans d’autres textes encore en discussion au Parlement. Le bouclier qualité-prix pourrait être étendu aux services, et le name and shame mis en place pour les entreprises refusant de le mettre à disposition de leurs clients.
Le fléau de l’inflation dans
les territoires ultramarins sera-t-il enfin endigué ? Le ministère des
Outre-mer a présenté ce mercredi 30 juillet le projet de loi de lutte contre la
vie chère dans les outre-mer. Un texte promis en mars dernier aux Antilles par
le ministre des Outre-mer Manuel Valls et attendu avec impatience par les
ultramarins, alors que les différences de prix entre métropole et outre-mer sont
encore très importantes.
Le contraste est saisissant,
en particulier dans le secteur alimentaire, avec des prix de l’ordre de 42%
plus élevés en Guadeloupe (7 % pour l’ensemble des secteurs). Une situation qui,
selon l’entourage du ministre, continue de se dégrader. Elle avait provoqué une
crise en automne dernier dans les Antilles, particulièrement en Martinique, qui
avait abouti à la signature d’un protocole d’objectifs et de moyens entre la
grande distribution, les élus locaux et l’État, le 16 octobre 2024.
Avaient suivi des
concertations avec les élus locaux, les acteurs économiques et les
parlementaires, pour aboutir à une première version du texte, agrémentée de
plusieurs articles de propositions de loi déjà adoptés en première lecture ou
présentés au Parlement, à l’instar de celle de la sénatrice Micheline Jacques
sur l’adaptation du droit des outre-mer.
Des dispositions de la
proposition de loi socialiste visant à prendre des mesures d’urgence contre la
vie chère et à réguler la concentration des acteurs économiques dans les
territoires d’outre-mer, adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale en
janvier dernier, ont également été reprises.
Objectif du texte :
« S’attaquer de manière globale à la vie chère, en agissant sur des paramètres
qui, pris seuls, ne peuvent pas avoir un impact sur la vie chère mais qui pris
seuls peuvent être déterminants », a expliqué le ministère, citant la
concurrence, la transparence, l’amélioration du pouvoir d’achat et la
transformation économique des territoires.
Le bouclier qualité-prix
étendu aux services
Le projet de loi est divisé
en quatre axes d’action. Le premier vise à agir pour le pouvoir d’achat et
compenser les effets de l’éloignement des territoires de la métropole. « Ces
mesures auront l’effet le plus direct et le plus rapide possible sur les prix »,
a estimé l’entourage du ministre. L’article 1er tient compte du fait
qu’une partie de la vie chère est liée à l’éloignement des territoires
ultramarins, en permettant d’enlever les frais de transport des marchandises du
seuil de revente à perte.
De son côté, l’article 2
vient renforcer le bouclier qualité-prix (BQP) en lui donnant comme objectif
premier de réduire la différence des prix entre métropole et outre-mer. Le BQP concernera
d’ailleurs également les services, alors qu’il est jusqu’à maintenant centré
sur les denrées alimentaires. Le dispositif sera par ailleurs partiellement
contraignant, avec la mise en place d’un name and shame pour les entreprises
qui refusent de signer l’accord sur le BQP. Celles-ci devront l’afficher dans
leur commerce. Pour celles qui l’ont signé mais ne le respectent pas, des
sanctions seront mises en place.
Si l’article 3 donne la
possibilité aux présidents des observatoires des prix, des marges et des
revenus (OPMR) de saisir le préfet en cas de variations de prix excessives, l’article
4 met quant à lui en place à titre expérimental, uniquement en Martinique pour
l’heure, un service public de gestion logistique. Objectif : « Doper
le commerce, donc la concurrence, et donc faire baisser les prix », a
détaillé le ministère des Outre-mer.
Enfin, l’article 5 habilite
le gouvernement à légiférer par ordonnance pour mettre en œuvre un mécanisme de
péréquation des frais d’approche, soit l’ensemble des frais de logistique et
d’acheminement facturés aux importateurs, grossistes ou distributeurs établis
dans les collectivités ultramarines. Ces frais représentent 9 à 10 % des frais
totaux.
La DGCCRF bientôt plus
efficace en outre-mer
Un autre axe a pour objectif,
selon les proches du ministre des Outre-mer, de provoquer « un big-bang
de la transparence », avec le renforcement des prérogatives de la
direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression
des fraudes (DGCCRF), qui aura accès à plus d’informations lors de ses
contrôles. « La transparence peut avoir un vrai effet sur les prix, en
favorisant la redistribution de marges indues au consommateur et en favorisant
la concurrence », a promis le ministère.
Les fournisseurs devront
communiquer à l’organe de contrôle les montants des marges arrière,
c’est-à-dire des remises différées, accordées aux gros distributeurs. Ces
mesures ne concernent que les commerces alimentaires d’une surface de plus de
400 m². Une procédure de sanction sera aussi mise en place pour les
entreprises ultramarines qui ne respectent pas l’obligation de dépôt des
comptes.
À
lire aussi : Lutte contre les fraudes et
protection des consommateurs : le bilan 2024 de la DGCCRF
Le troisième pan du projet de
loi est consacré au renforcement de la concurrence, avec la remise au centre du
jeu de l’Autorité de la concurrence (ADLC), qui sera dotée d’un nouveau service
d’instruction des questions ultramarines. Deux places supplémentaires seront ajoutées
au collège de l’autorité, places qui seront réservées à des personnalités
choisies en raison de leur expertise en matière économique ou en matière de
concurrence dans les outre-mer. Le chiffre d’affaires minimum obligeant à la
notification lors d’une opération de concentration dans le commerce de détail sera
abaissé, de 5 à 3 millions d’euros.
Le dernier axe entend
soutenir le tissu économique ultramarin, en facilitant l’accès des petites
entreprises ultramarines à la commande publique, notamment par la réservation
de jusqu'à 20 % des marchés publics aux microentreprises, PME et artisans
locaux. Cette mesure, expérimentée sur cinq ans, permet de renforcer la
compétitivité des acteurs locaux en leur offrant des opportunités d’inclusion
dans les marchés publics dont la valeur est inférieure aux seuils européens.
Par ailleurs, un plan de
sous-traitance sera exigé des grandes entreprises pour garantir une
participation significative des entreprises locales, notamment pour les marchés
dépassant 500 000 euros. Ce dispositif vise à favoriser l’émergence de nouveaux
opérateurs locaux, tout en soutenant l’emploi et l’économie locale dans les
territoires ultramarins.
Ce projet de loi est « une
étape déterminante » dans la lutte contre la vie chère dans les
territoires ultramarins, a assuré le ministère. Et le gouvernement veut aller
vite, mais le pourra-t-il ? Le projet de loi sera examiné en séance publique
au Sénat les 29 et 30 septembre prochains. Pour l’Assemblée nationale, il
faudra attendre la fin de la discussion – probablement explosive – sur le
projet de loi de finances pour 2026. D’ici là, le Conseil d’État devrait
publier son avis consultatif sur le texte.
Alexis
Duvauchelle
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