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En cause, les nombreuses persécutions dans le pays envers les filles, les femmes ainsi que les personnes LGBT+, qui « se traduisent par de nombreuses privations graves des droits fondamentaux des victimes, en violation du droit international ».
Jeudi 23 janvier, le
procureur de la CPI a durci le ton. Karim Khan a en effet annoncé qu’il
déposerait « deux requêtes aux fins de délivrance de mandats d’arrêt
dans la situation en Afghanistan » auprès des juges de la Cour pénale
internationale.
« Il existe des
motifs raisonnables permettant de croire que la responsabilité pénale du chef
suprême des talibans, Haibatullah Akhundzada, et du président de la Cour
suprême de l’émirat islamique d’Afghanistan, Abdul Hakim Haqqani, est engagée
pour le crime contre l’humanité de persécution liée au genre, en vertu de
l’article 7-1-h du Statut de Rome », précise-t-il dans son allocution,
depuis transcrite.
A noter que l’Afghanistan a
adhéré au dit Statut de Rome, le traité international fondateur de la Cour, en
février 2003. La CPI a donc bien compétence à l'égard des crimes visés par le texte
qui sont commis sur le territoire afghan ou par des ressortissants afghans.
« De nombreuses
privations graves des droits fondamentaux »
Plus précisément, apprend-on,
la responsabilité pénale des deux responsables est engagée pour avoir « persécuté
des filles et des femmes afghanes, ainsi que des personnes qui ne
correspondaient pas à leurs conceptions idéologiques de l’identité et de
l’expression de genre et des personnes qu’ils considéraient comme les alliés
des filles et des femmes » - comprendre, des individus LGBT+. En
parallèle, « toute résistance ou opposition supposée au régime [est]
violemment réprimée ». Des traitements infligés « à partir du 15
août 2021 au moins », et « qui se poursuivent à l’heure
actuelle sur l’ensemble du territoire ».
Le 15 août 2021 correspond à
la date à laquelle les talibans sont entrés dans la capitale, Kaboul, et ont
pris le contrôle du pays. Depuis, ces derniers ont promulgué des dizaines de
textes qui restreignent les droits des femmes. Après leur avoir interdit d’accéder
à l’enseignement secondaire, de parler en public ou encore de se maquiller et
de se parfumer, samedi 29 décembre, via un décret, une nouvelle étape a été
franchie. Le chef des talibans a ainsi ordonné de ne plus construire de
fenêtres donnant sur des pièces occupées par des Afghanes, et d’obstruer les
ouvertures existantes pour empêcher de voir les femmes qui y vivent, afin d’empêcher
des « actes obscènes ».
Juridiquement, « [c]es
persécutions se traduisent par de nombreuses privations graves des droits
fondamentaux des victimes, en violation du droit international, y compris le
droit à l’intégrité physique et à l’autonomie corporelle, le droit à la liberté
de circulation et d’expression, à l’éducation, à une vie privée et familiale et
le droit de réunion », analyse le procureur.
Or, « l’interprétation
de la charia par les talibans ne saurait en aucun cas être invoquée pour
justifier la privation des droits humains fondamentaux », souligne le
procureur, qui dit s’en remettre aux juges de la CPI pour la suite. « S’[ils]
délivrent des mandats d’arrêt, mon Bureau travaillera en étroite collaboration
avec le greffier pour arrêter les personnes visées. Je prie les Etats parties
d’apporter leur pleine coopération à la Cour en l’aidant à exécuter toute
ordonnance judiciaire qui pourrait être prononcée ».
Les avocats afghans en
soutien
Dans la foulée, l’Association
Indépendante des Avocats d’Afghanistan en Exil a affirmé « soutenir »
les demandes de mandats d’arrêt portées par le procureur, « étape
essentielle et décisive vers la justice internationale et la fin de l’impunité
pour les auteurs de crimes de guerre en Afghanistan ».
Au fil d’une déclaration - partagée
par l’avocate afghane réfugiée en France Raana Habibi -, elle appelle en outre la
communauté internationale, les organisations de défense des droits de l’homme
et « les gouvernements soutenant la justice » à « appuyer
cette initiative et à accélérer les efforts pour traduire les auteurs en
justice ».
« Aucun individu ou
groupe, quelle que soit sa puissance politique ou militaire, ne devrait
échapper à la justice », ajoute l’association, qui estime que « rendre
justice aux victimes des crimes de guerre et des violences perpétrées par les talibans
est non seulement une étape vers la reconnaissance de leurs droits, mais aussi
un message clair à tous les violateurs des droits humains à travers le monde
que les crimes ne resteront pas impunis ».
Si ces demandes de mandats d’arrêt sont une première s’agissant de la situation en Afghanistan, Karim Khan indique qu’il ne tardera pas à en présenter d’autres à l’encontre des « hauts responsables des talibans ». Objectif : « afficher sa détermination à poursuivre les auteurs de crimes liés au genre et à en faire une priorité absolue ».
Bérengère Margaritelli
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