Les arnaques financières représentent un préjudice annuel de 500 millions d’euros, alertent les autorités


vendredi 27 décembre 2024 à 11:406 min

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Lors d’une conférence de presse organisée au tribunal de Paris le 19 décembre 2024, la justice et les autorités financières ont révélé que 3 % de la population française aurait probablement déjà été victime d’une arnaque à l’investissement, soit près d’1,5 million de Français.

En France, les arnaques financières représentent un préjudice annuel de 500 millions d’euros. Ce chiffre a été dévoilé le 19 décembre 2024 lors d’une conférence de presse tenue au tribunal de Paris. Réunies pour l’occasion, Laure Beccuau, procureure de la République de Paris, Marie-Anne Barbat-Layani, présidente de l’Autorité des marchés financiers (AMF), Nathalie Aufauvre, secrétaire générale de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), et Sarah Lacoche, directrice générale de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), ont « fait le point sur l’évolution des arnaques financières et leur mobilisation pour lutter contre ce phénomène en forte hausse ».

Laure Beccuau a souligné l’urgence de cette rencontre, arguant que « la dernière conférence de ce type remonte à trop longtemps. Malgré les efforts de prévention, soutenus par les médias, les arnaques restent un problème massif et difficile à quantifier ». Selon une étude menée par BVA Xsight pour l’AMF (5 001 personnes interrogées en septembre 2024), le nombre de victimes probables d’arnaques financières a quasiment triplé en trois ans. Les escrocs s’adaptent de plus en plus à l’actualité et aux capacités des victimes à déceler leurs stratagèmes. Aujourd’hui, 3,2 % de la population française a probablement déjà été victime d’une arnaque à l’investissement, contre 1,2 % en 2021, soit plus d’1,5 million de personnes.

D’ailleurs, le profil-type des victimes se précise : il s’agit souvent de jeunes hommes de moins de 35 ans, qui représentent 45 % des cas. Leur sensibilité aux promesses d’enrichissement facile et rapide et aux alternatives aux placements traditionnels les rend particulièrement vulnérables.

Des arnaques de plus en plus difficiles à repérer

La situation est d’autant plus alarmante que les escrocs innovent constamment dans leurs méthodes de fraude. Parmi les techniques les plus répandues, l’usurpation d’identité. L’usurpation d’identité, en forte augmentation, cible aussi les salariés des entités usurpées, et elle touche même les autorités de régulation elles-mêmes : récemment, l’AMF avait alerté sur des escrocs prenant l'identité de ses agents au téléphone. Ces pratiques complexifient le travail des organismes de lutte contre les arnaques financières. « Il fut un temps où ces fraudes étaient facilement repérables. Aujourd’hui, elles se sont sophistiquées, reposant sur la mise en confiance des victimes, ce qui les rend bien plus difficiles à détecter », a expliqué Marie-Anne Barbat-Layani.

Le phénomène atteint un niveau inquiétant avec l’infiltration des fraudeurs dans les médias traditionnels et auprès d’influenceurs. Certains parviennent à communiquer sur internet et sur les réseaux sociaux, vantant des services fictifs et non déclarés. Un exemple criant : Zebrance, un faux assureur qui avait opéré sans aucun agrément en France ou en Europe.

Pour contrer ce fléau, l’AMF et l’ACPR ont intensifié leurs efforts, inscrivant environ 5 000 acteurs ou offres non autorisés sur leur liste noire depuis le 1er janvier 2022. Cependant, le défi reste immense. Si des kits d’escroquerie sont facilement accessibles sur le darknet, certaines affaires relèvent de réseaux sophistiqués relevant de la criminalité organisée, souligne Laure Beccuau.

« C’est facile, il n'y a pas de risques et ça rapporte beaucoup »

Plusieurs pratiques frauduleuses connaissent une croissance inquiétante parmi les arnaques financières. Parmi elles, les escroqueries liées aux cryptoactifs, au Forex (marché des devises) et au trading continuent de se multiplier. Une tendance qui se nourrit de l’attrait pour des placements alternatifs aux rendements annoncés comme élevés et sans risques apparents, comme l’a souligné Sarah Lacoche, directrice générale de la DGCCRF : « Certaines personnes délaissent les placements traditionnels jugés peu intéressants en raison de leurs faibles rendements, pour se laisser séduire par des discours promettant que "c’est facile, il n’y a pas de risques et ça rapporte beaucoup" ».

Autre méthode en vogue : le spoofing, lorsqu’un fraudeur, souvent sous l’identité d’un conseiller bancaire, emprunte un véritable numéro de téléphone pour crédibiliser son arnaque. Cette dernière figure aujourd’hui comme l’une des plus courantes.

Enfin, le deepfake, qui recourt à l’intelligence artificielle pour reproduire le visage ou la voix d’une personne, est également de plus en plus utilisé. Ce procédé a notamment été impliqué dans ce qui a été appelé « arnaque au président ». Ferrari en a été victime en juillet dernier, lorsqu’un cadre du constructeur automobile italien a reçu une série de messages sur WhatsApp, soi-disant envoyés par le directeur général Benedetto Vigna. Finalement, l’escroquerie a été déjouée avant qu’elle ne cause des dommages.

Les « arnaques au carré », la nouvelle méthode à la mode

Les représentantes des institutions financières ont également évoqué les « arnaques au carré », un procédé dans lequel une personne victime d’une fraude est ensuite contactée par les arnaqueurs, qui prétendent vouloir l’aider à récupérer sa perte, avant de l’entraîner dans une nouvelle arnaque.

Une autre variante consiste à appeler la victime pour lui annoncer que sa carte de paiement est défectueuse ou compromise par une fraude et doit être remplacée. Les escrocs envoient alors un faux coursier pour la récupérer à domicile, l’utilisant par la suite pour effectuer des paiements frauduleux. Dans ce contexte, les régulateurs et membres de la justice ont aussi pointé du doigt le rôle des réseaux sociaux, et plus particulièrement celui des influenceurs, souvent impliqués dans ces schémas de fraude, parfois qualifiés de « dérive sectaire » en raison de leur influence sur leurs communautés.

Plus de 2 300 signalements enregistrés sur la plateforme « SignalConso » en 2024

Un autre problème a été distingué : « la difficulté qu’ont les victimes d’arnaques de se manifester », explique la procureure de la République de Paris. Plusieurs raisons peuvent expliquer ces comportements. Certaines ont « honte de s’être fait avoir », quand d’autres estiment que leur argent est définitivement perdu. Parfois, elles ne connaissent tout simplement pas les recours possibles. Et lorsque les sommes en jeu ne sont pas considérables, beaucoup préfèrent abandonner. Pire encore, certaines victimes adoptent un comportement nocif, en tentant même de convaincre leurs proches d’investir à leur tour.

Un élément de satisfaction reste quand même à noter : plus de 2 300 signalements ont été enregistrés en 2024 sur la plateforme « SignalConso », dont 10 % concernent des produits d’épargne et d’investissement, et 20 % des escroqueries, annonce la DGCCRF. De plus, les épargnants continuent de jouer un rôle actif dans la lutte contre ces fraudes, avec plus de 18 000 signalements effectués auprès de l’AMF depuis le 1er janvier 2022 qui concernent des produits ou des acteurs non autorisés. Par ailleurs, l’intelligence artificielle se révèle être une alliée précieuse dans cette lutte : elle a permis à l’association SIGNAL SPAM de repérer et d'identifier plus de 120 000 spams liés à des campagnes d’hameçonnage (phishing) depuis 2022.

Dans leur bataille contre les fraudes, les autorités ont mis en place plusieurs mesures. La DGCCRF et la justice surveillent activement les influenceurs, identifiant ceux qui diffusent délibérément des informations trompeuses pouvant être considérées comme frauduleuses. Ces influenceurs s’exposent à des amendes ou à des sanctions pénales, à l’instar de TheKairi78, qui devra régler une amende de 45 000 euros pour « pratique commerciale trompeuse » vis-à-vis de ses abonnés sur YouTube, où il en compte près de 4 millions. De son côté, l’AMF mène des actions régulières de blocage de sites illicites, ayant déjà bloqué 350 sites depuis le début de l’année 2022. Enfin, la justice peut s'appuyer sur le service Tracfin, spécialisé dans les renseignements financiers, pour intervenir sur les circuits de blanchiment.

Romain Tardino

 

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